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CRITIQUES DE CONCERTS 15 août 2018

Nouvelle production de Turandot de Puccini dans une mise en scène de Charles Roubaud et sous la direction de Michel Plasson aux Chorégies d’Orange 2012.

Orange 2012 :
Le raffinement de Turandot


Lise Lindstrom (Turandot)

Plus que les défaillances de Roberto Alagna affrontant son premier Calaf, on retiendra de cette Turandot des Chorégies 2012 l’élégante efficacité de la production exemplaire de Charles Roubaud et le raffinement de la direction musicale de Michel Plasson, ovationné par le public. Sans oublier un plateau quasi irréprochable.
Addendum sur la télédiffusion du 31 juillet

 

Théâtre antique, Orange
Le 28/07/2012
Monique BARICHELLA
 



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  • Cela aurait pu, cela aurait dû, cela a failli être une de ces soirées magiques dont Orange a le secret quand tous les éléments artistiques et météorologiques sont réunis. Un plateau de rêve si on considère que Turandot ne nécessite pas forcément des décibels mais un chant lyrique et nuancé en totale adéquation avec la subtilité de la direction quasi chambriste de Michel Plasson préférant lui aussi la délicatesse aux effets tonitruants.

    De son côté, pour sa seconde mise en scène de l’ultime opéra de Puccini in loco après l’immense succès de sa production richement colorée de 1997, Charles Roubaud offre avec la complicité des élégants costumes, majoritairement noirs, de Katia Duflot, un grand spectacle virtuose où la sobriété générale conforte le nécessaire grandiose exigé par le lieu.

    À tous les niveaux, scénographie de Dominique Lebourges respectant le décor naturel, éclairages et vidéos permettant de transformer le mur grâce à des projections symboliques et poétiques, mouvements de foule réglés avec dextérité et significatifs, costumes aux lignes épurées, le spectacle de cette Chine austère, loin de tout cliché folklorique, s’illustre par une classe inouïe.

    On apprécie l’arrivée de la princesse de glace en habits de deuil, enfermée dans une cage sphérique, sorte de bulle dorée où elle vit recluse par peur des hommes et du monde. Autre trouvaille, la bibliothèque où les trois mandarins puisent leur savoir et leurs réflexions. Le public applaudit l’étourdissant départ du trio en pousse-pousse humain, unique rappel de la précédente production.

    Les chœurs se distinguent autant par leur cohésion vocale que par leur implication scénique. Parfaitement homogène, le plateau comporte un trio vedette a priori idéalement accordé quant à la musicalité et l’art du chant, et des seconds rôles impeccables : Marco Spotti (Timur), Marc Barrard, Jean-François Borras et Florian Laconi (Ping, Pang, Pong), tous accomplis et Chris Merritt, Altoum de luxe.

    Maria Luigia Borsi est une Liù délicate et sans mièvrerie, au timbre séduisant et détaillant Signore ascolta avec un art irrésistible. Pour ses débuts en France, la soprano américaine Lise Lindstrom impose une Turandot plus lyrique que la plupart des titulaires mais aux aigus percutants, projetés avec insolence. Qui plus est, cette princesse fragile habitée par la peur force la sympathie.

    Quant à Roberto Alagna, fringant dans son beau costume, il a fière allure avec sa queue de cheval au vent. Dans un premier temps, on est séduit par l’élégance de son chant dans un emploi le plus souvent assuré par des voix moins raffinées.

    À partir de la scène des énigmes, il commence à prendre des libertés avec la partition, se dispensant des aigus les plus exposés. Après l’entracte, une annonce du maître des lieux, Raymond Duffaut, nous apprend que notre ténor national souffre d’une « mycose laryngée » et demande l’indulgence du public au cas où il faillirait.

    C’est malheureusement ce qui arrive à la fin du Nessun Dorma tant attendu, où le si aigu de Vincero se refuse à sortir. Malgré ce craquage, les fans applaudissent chaleureusement la star mais, jusqu’à la fin de l’opéra, Alagna ne retrouvera jamais sa voix, se contentant de marquer certains passages et restant le plus souvent inaudible dans le duo final avec Turandot.

    Après les problèmes plus ou moins récents de Villazón, Kaufmann, Dessay et même Netrebko, cet incident met en évidence la fragilité des grands chanteurs qui ne sont pas des machines. Alagna est certes un battant, jusqu’au-boutiste, pugnace, qui déteste s’avouer vaincu. Pour autant, a-t-il raison de se mettre inutilement en danger, non seulement devant le public des Chorégies mais devant des millions de téléspectateurs et d’auditeurs ?

    La représentation du 31 juillet étant retransmise en direct sur France 3 et France Musique, est-ce vraiment raisonnable de maintenir sa participation à tout prix alors que Vladimir Galouzine est disposé à assurer la relève ? Roberto Alagna aurait d’autres occasions de prouver qu’il peut vaincre sans problème la tessiture si particulière de Calaf. Réponse dans quelques heures…







    Audace gagnante

    L’audace a payé ! Contre toute attente, Roberto Alagna seul contre tous a, in fine, eu raison de suivre son instinct et de relever le défi en maintenant sa participation à la seconde Turandot des Chorégies d’Orange. Il a préféré ne pas attendre pour prouver aux incrédules qu’il pouvait, sans problème majeur, affronter Calaf et son Vincero… qu’il a effectivement vaincu bravement cette fois, soulevant l’enthousiasme du public.

    C’est même dans la seconde partie de l’opéra, celle où il avait failli le 28 juillet, que le ténor – que l’on peut néanmoins préférer dans d’autres rôles – s’est montré le plus convainquant après un contre-ut serré dans la scène des énigmes. D’évidence, les heureux spectateurs qui ont assisté à la représentation du 31 juillet ont eu droit à une de ces soirées d’exception qui rend Orange unique parmi tous les lieux musicaux de plein air. D’autant que face à un partenaire ayant retrouvé ses moyens, Lise Lindstrom, très télégénique, a semblé encore plus assurée qu’à la première où elle avait dû affronter quasiment seule le duo final.

    Remarquablement filmé, le spectacle s’est avéré tout aussi réussi à la télévision. Certes, rien ne remplace l’acoustique et l’atmosphère du lieu, mais il est rare qu’une représentation lyrique passe aussi bien sur le petit écran. Grâce aux plans rapprochés, on a découvert bien des détails invisibles des gradins : la finesse de la direction d’acteurs, y compris chez les chœurs où chacun semblait participer au drame par son jeu expressif.

    Surtout, on a pu admirer tous les détails des costumes raffinés de Katia Duflot, la délicatesse de leurs coloris et l’étendue d’une palette beaucoup plus diversifiée que la vision que l’on en avait des gradins. Enfin, les prises de vue du haut de l’amphithéâtre permettent aussi au téléspectateur une vue plongeante sur le plateau tout entier, avec l’ensemble des projections transformant le mur d’Orange en celui de la Cité Interdite. À la télé aussi, une très grande soirée !


    Monique BARICHELLA





    Théâtre antique, Orange
    Le 28/07/2012
    Monique BARICHELLA

    Nouvelle production de Turandot de Puccini dans une mise en scène de Charles Roubaud et sous la direction de Michel Plasson aux Chorégies d’Orange 2012.
    Giacomo Puccini (1858-1924)
    Turandot, opéra en trois actes (1926)
    Livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni d’après Gozzi

    Maîtrise des Bouches-du-Rhône
    Chœurs de l’Opéra-Théâtre d’Avignon, de l’Opéra de Nice, de l’Opéra de Toulon Provence-Méditerranée, de l’Opéra de Tours et de l’Ensemble Vocal des Chorégies d’Orange
    Orchestre national de France
    direction : Michel Plasson
    mise en scène : Charles Roubaud
    scénographie : Dominique Lebourges
    costumes : Katia Duflot
    éclairages : Avi Yona Bueno

    Avec :
    Lise Lindstrom (Turandot), Maria Luigia Borsi (Liù), Roberto Alagna (Calaf), Marco Spotti (Timur), Chris Merritt (Imperator Altoum), Marc Barrard (Ping), Jean-François Borras (Pang), Florian Laconi (Pong), Luc Bertin-Hugault (Un mandarino).

     



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