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CRITIQUES DE CONCERTS 18 novembre 2018

Nouvelle production de la Bohème de Puccini dans une mise en scène de Damiano Michieletto et sous la direction de Daniele Gatti au festival de Salzbourg 2012.

Salzbourg 2012 (2) :
C’est quoi un jeune ?

© Silvia Lelli

Anna Netrebko (Mimì)

Si la Bohème de Salzbourg avec la diva Netrebko promet d’être plus que rentable, elle se borne à un jeunisme superficiel qui ne fera fuir personne mais n’apporte aucun éclairage dramaturgique significatif, alors que l’ouvrage en aurait besoin. Un spectacle dont on devrait bien vite oublier l’exécution musicale seulement honnête.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 07/08/2012
Thomas COUBRONNE
 



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  • On n’a pas fini de gloser sur le pourquoi d’une Bohème à Salzbourg, et les mauvaises langues de monter en épingle la programmation financièrement très rentable d’un opéra parmi les plus populaires du répertoire dans cette manifestation a priori dévolue à de tous autres ouvrages.

    Pour qui a Hofmannstal et Strauss, les prestigieux créateurs du festival, à l’esprit, la dramaturgie singulière de la Bohème peut sembler bien délicate à défendre, tant elle est brusque – le coup de foudre, l’annonce de la mort – et archétypale – on s’aime de toute son âme ou on se sépare sans lendemain.

    C’est là que les déclarations d’intention du metteur en scène nous intéressent : cette histoire célèbre la jeunesse, nous dit-on. D’où des sentiments entiers, des réactions épidermiques, des choix égocentriques. Malheureusement, il ne suffit pas de lorgner vers les parisianismes bien connus de Laurent Pelly pour exalter la sève juvénile de cette histoire qui sans cela exige rien moins qu’un Pavarotti et une Freni pour faire mouche.

    Damiano Michieletto compose plutôt une transposition douteuse entre auberge espagnole – l’ambiance en moins –, jeunisme pour vieux – le saxophone de Schaunard pas franchement impertinent –, apolitisme revendiqué – l’expropriation par un sympathique agent de police qui salue poliment les prostituées sur le périph’ – et une certaine beaufitude de nos traîne-savates d’artistes.

    Il faut beaucoup de bonne volonté pour compatir au destin de ces quatre mousquetaires plutôt issus de Vingt ans après et passablement défraîchis ; faute de sympathie pour la bande, c’est sur Mimì, qui affiche des manières un peu gauches et un rire gras, et presque plus sur Musette, poule de luxe assumée avec au fond une humanité plus mûre, que peut se reporter le spectateur en mal d’identification.

    © Silvia Lelli

    Dans ces conditions, les beautés du Philharmonique de Vienne ne suffisent pas, ni les textures enchanteresses de ses bois, ni sa ductilité lorsque Daniele Gatti se fait cursif, ni son efficacité rythmique – sauf les corone souvent dans le décor –, ni le pathos s’accumulant à l’approche du dénouement. Pour ne rien dire d’un niveau sonore excessif, soulignant les limites d’un plateau seulement honnête.

    Car de Pavarotti et Freni, on est loin. On s’en contenterait bien volontiers si les personnages existaient assez pour captiver, mais comment ne pas trouver Carlo Colombara (Colline) plein de faconde, faiseur de son qui s’écoute prêcher, comment ne pas haïr ce Marcello sans tact, Massimo Cavalletti ne connaissant que le rugissement comme mode d’expression, comment le panache d’Alessio Arduini (Schaunard) pourrait à lui seul irriguer d’un peu de jeunesse et de texte un groupe sans fraîcheur ?

    Peut-être Piotr Beczala aurait-il changé la donne, mais après Jonas Kaufmann, Marcello Giordani le remplace ce soir sans charme ni fragilité. Si l’on perçoit bien ce qu’il y a de funambule dans sa prestation, c’est uniquement en terme de voix – quelques aigus au taquet, voix mixte pas toujours épanouie, couacs –, mais jamais de sentiment. Autoritaire, pétri de certitudes, goguenard et superficiel, il assure les notes et les nuances, pas plus.

    Il n’est touchant qu’à la toute fin, quand Musette – qui porte vraiment la scène, fausse grande dame insensible – instille le tragique de la mort palpable dans cette bande de copains égoïstes et immatures. Nino Machaidze, justement, est plutôt en mal d’italianità, voix cinglante et pourtant en arrière, mais a au moins l’abattage, l’humour, le piquant, et propose un personnage.

    Quant à Anna Netrebko, son émission slave assure une volupté, une homogénéité, une rondeur sur lesquelles il n’y a rien à redire, mais que d’artifice chez cette Mimì tout sauf italienne, sans soleil, sans texte et dont quelques beaux pianissimi vraiment risqués sont écrasés par l’orchestre !

    Sans doute cette Bohème n’était-elle vraiment pas une bonne idée, peut-être qu’avec un vrai raz-de-marée juvénile, on aurait pu tout renverser ; mais en l’état, on reste plus près d’une publicité pour les jeunes de la BNP de Saint-Germain-des-Prés – laquelle agence apparaît sur le plan de métro du décor – que de la moindre subversion.




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 07/08/2012
    Thomas COUBRONNE

    Nouvelle production de la Bohème de Puccini dans une mise en scène de Damiano Michieletto et sous la direction de Daniele Gatti au festival de Salzbourg 2012.
    Giacomo Puccini (1858-1924)
    La Bohème, opéra en quatre actes (1896)
    Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après Scènes de la vie de Bohème d’Henri Murger

    Salzburger Festspiele und Theater Kinderchor
    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Angelika Prokopp Sommerakademie
    Wiener Philharmoniker
    direction : Daniele Gatti
    mise en scène : Damiano Michieletto
    décors : Paolo Fantin
    costumes : Carla Teti
    éclairages : Martin Gebhardt
    préparation des chœurs : Ernst Raffelsberger & Wolfgang Götz

    Avec :
    Marcello Giordani (Rodolfo), Anna Netrebko (Mimì), Massimo Cavaletti (Marcello), Nino Machaidze (Musetta), Alessio Arduini (Schaunard), Carlo Colombara (Colline), Davide Fersini (Benoît), Peter Kálmán (Alcindoro), Paul Schweinester (Parpignol).

     



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