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CRITIQUES DE CONCERTS 20 février 2020

La Belle Maguelone de Brahms par Michael Volle, Thomas Quasthoff et Helmut Deutsch au festival de Salzbourg 2012.

Salzbourg 2012 (6) :
Dialogue de l’ombre double

Contraint à mettre un terme à sa carrière de chanteur, Thomas Quasthoff montre en récitant dans cette Belle Maguelone les mêmes qualités qu’on lui connaît par ailleurs, tandis que Michael Volle, venu au secours du concert, s’expose à une comparaison risquée, sous les doigts veloutés d’Helmut Deutsch. Au final, c’est sans doute l’œuvre qui y gagne le plus.
 

Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
Le 18/08/2012
Thomas COUBRONNE
 



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  • Les Romances op. 33 de Brahms, inspirĂ©es de l’Histoire d’amour de la belle Maguelone et du Comte Pierre de Provence de Ludwig Tieck, sont une Ĺ“uvre Ă  part dans le rĂ©pertoire du Lied. Elles questionnent la problĂ©matique du cycle de Lieder d’une manière très caractĂ©ristique de leur auteur : loin d’une Ĺ“uvre homogène et nourrie de sa propre dramaturgie, elles sont la mise en musique de quinze des dix-huit chansons apparaissant dans le rĂ©cit de Tieck.

    Interprétées d’une traite, elles illustrent les préoccupations musicales de Brahms davantage qu’une logique littéraire – on est très loin à cet égard de Schumann, dont la séduisante épouse Clara est une vraisemblable inspiratrice de Maguelone –, d’autant plus que le roman, familier aux auditeurs de l’époque, est plus ou moins tombé dans l’oubli.

    Le compositeur lui-même s’opposa un temps à une version enchaînée, avant d’envisager une introduction au contexte des poèmes, preuve qu’il s’agissait au départ plus d’une sorte de musique de scène que d’un pur cycle de Lieder.

    Thomas Quasthoff se charge donc ce soir d’établir le lien entre les poèmes dans une présentation mise au point par Brigitte Fassbaender, rien que ça. Et il faut bien reconnaître qu’il y excelle, tant l’intelligence, la sincérité, la simplicité font mouche, adjointes à un timbre dont le grain reste sans égal.

    Les interventions de ce Sprecher tout droit sorti de chez Sarastro reconstituent le fil d’une action totalement disparate dans les seuls Lieder, et le cycle y gagne une évidence unitaire passionnante. En même temps, il faut bien reconnaître que cela décentre quelque peu la musique formelle et autosuffisante de Brahms vers une narration où prime le texte.

    Côté musique, justement, le piano d’Helmut Deutsch est souverain dans l’équilibre de la nuance, et sait toujours, dans cette écriture pourtant chargée – le grave demanderait un piano moins gras que les désespérants Steinway de concert –, se cantonner à un rôle d’accompagnement. Le moelleux et la sobriété campent un décor concentré sur l’essentiel, avec des contrastes modérés, surtout en première partie, dont s’exhale un climat amoureux des plus courtois.

    D’un timbre finalement assez jumeau de celui de Quasthoff, Michael Volle met le beau creux de son grave et l’humanité lumineuse de son aigu au service de ce conte où l’amour naïf a pourtant une vraie grâce. On n’aurait pu trouver une meilleure équipe tant la voix parlée et la voix chantée semblent issues de la même personne.

    Il n’en demeure pas moins quelques réserves sur le chant de Volle, intelligent, phrasé, élégant, mais qui ne dispose ni du velouté à peine palpable et saturé de sentiment que l’on connaît à son récitant, ni de l’agilité souvent requise, de la précision technique nécessaire pour maîtriser une diction parfaitement limpide – les r pas roulés sont un choix légitime mais qui se paie en intelligibilité et en legato, les consonnes fréquemment sous pression bousculent la ligne.

    Ne boudons pas notre plaisir : quelques gruppetti heurtés, quelques mots perdus et une fragilité un rien contenue ne ruinent pas ce beau moment de Lied. Saluons Brigitte Fassbaender pour une intelligence qui ne se dément pas même quand elle ne chante pas en personne, car cette version de Maguelone tire une musique trop souvent jouée comme une suite d’airs de concert vers le Parnasse schumannien.




    Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
    Le 18/08/2012
    Thomas COUBRONNE

    La Belle Maguelone de Brahms par Michael Volle, Thomas Quasthoff et Helmut Deutsch au festival de Salzbourg 2012.
    Johannes Brahms (1833-1897)
    Die schöne Magelone, romanzen op. 33
    Michael Volle, baryton
    Thomas Quasthoff, récitant
    Helmut Deutsch, piano

     


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