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CRITIQUES DE CONCERTS 20 octobre 2019

Première au festival de Salzbourg 2012 de Carmen de Bizet dans la mise en scène d’Aletta Collins et sous la direction de Sir Simon Rattle.

Salzbourg 2012 (7) :
Rhapsodie espagnole

© Forster

Entre la Bohème avec Netrebko et Carmen avec Kaufmann, difficile de savoir quel est le plus gros coup médiatique. Mais cette dernière production semble l’emporter en qualité malgré un rôle-titre bien discutable et un français assez épouvantable, tant par une mise en scène pas révolutionnaire mais maîtrisée que par des Wiener Philharmoniker envoûtants.
 

GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
Le 19/08/2012
Thomas COUBRONNE
 



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  • Tout comme la Bohème, Carmen Ă  Salzbourg, bien que dĂ©jĂ  dirigĂ©e et mise en scène par Karajan dans deux productions, Ă©veille un soupçon de coup mĂ©diatique. Quand en plus la première image est celle d’une poursuite mettant en vedette l’entrĂ©e de Sir Simon Rattle dans la fosse, on redoute un excès de poudre aux yeux.

    Il n’en est heureusement rien, et dès l’ouverture, le ton est donné : ravélien à l’orchestre, d’une continuité dramatique et d’un travail de textures tout à fait exemplaires, qui propulsent l’opéra peut-être le plus galvaudé du répertoire dans une étonnante modernité.

    Cordes enchanteresses, plans sonores debussystes, vents et percussion d’une précision infinitésimale, on est loin des espagnolades à quatre sous ou du grand symphonisme exotique mille fois entendus dans un ouvrage qui y gagne la dignité signalée par Nietzsche.

    On n’énumérera pas les pages ainsi transfigurées, mais à peu près tous les clichés sont évités avec un goût de l’excentricité qu’on a souvent pu reprocher au maestro, mais qui ici fait mouche, au détriment il est vrai du naturel du rubato, sans doute pas très français, et de quelques épisodes virtuoses décalés avec les chœurs.

    N’importe, Rattle parvient même à rendre possible la Carmen tout ensemble exsangue et maniérée de Kožená, timbre hybride, expressivité d’effets, fantomatique et hagarde, qui semble un personnage de Maeterlinck égaré dans le mauvais théâtre, tant il obtient de légèreté et de nuances impalpables d’un Philharmonique de Vienne qui dans ces conditions prend toute son utilité.

    Multipliant les roulements d’yeux et les contorsions vocales, la mezzo campe une séductrice factice, fragile – c’est en cela seulement qu’elle s’avère touchante – et sans magnétisme. Le timbre, caméléon et androgyne, n’a pas la sensualité immédiate qu’elle essaie d’insuffler au personnage par l’engagement et le mouvement – les castagnettes du II –, le corps et la danse étant dans ce monde machiste les seuls atouts d’une femme en quête de liberté.

    Face à la voix trop légère et dans le grave et dans l’aigu de la bohémienne rousse aux yeux clairs, la Micaëla de Genia Kühmeier est pure innocence, un de ces timbres allemands angéliques qui certes n’ont pas la matérialité des voix italiennes ou l’immédiateté des voix françaises, mais une radiance céleste, tout à fait à la mesure des exigences vocales du rôle – tessiture et nuances – et exprimant les vertus simples du personnage par la seule pureté sonore.

    Le Don JosĂ© blessĂ© de Jonas Kaufmann, Ă©videmment souverain dans les Ă©clats du rĂ´le, commet tout de mĂŞme quelques sons bouchĂ©s – « ma mère, je la vois Â» – et se dĂ©patouille difficilement de la version originale avec textes parlĂ©s en français, dans une sorte de parodie maladroite d’Offenbach. Le personnage est touchant, l’énergie sans faille, mais demeure un chant engorgĂ© pas du tout dans le style français.

    De ce point de vue, l’Escamillo slave de Kostas Smoriginas détient la palme, émission noire très en arrière et intelligibilité proche de zéro, dans un contexte où, comme on pouvait s’y attendre, seul Jean-Paul Fouchécourt tire son épingle du jeu en Remendado ironique, d’autant plus dans les dialogues.

    Si Aletta Collins ne révolutionne ni la mise en scène d’opéra ni l’œuvre, elle a au moins le mérite, en bonne chorégraphe, de trouver une occupation dynamique de l’espace du Großes Festspielhaus, et de structurer sa narration avec une grande efficacité visuelle. Les nombreux mouvements de foule sont à la fois lisibles et vivants, réglés par un travail précis de direction des chœurs et des figurants.

    Les danseuses de flamenco illustrent sobrement la fatalité et la logique vengeresse de l’opéra, tandis que la scénographie transpose sans en rajouter l’intrigue dans l’Espagne du XXe siècle avec ici ou là de très belles images – la prison à la fin du I, l’arrêt sur image de la fin du II, la place désertée où se retrouvent les anciens amants au dernier tableau.

    Si le français bien malmenĂ© laisse un arrière-goĂ»t amer, et si la Carmen de KoĹľená ne surnage que grâce Ă  un accompagnement sur mesure concoctĂ© par son compagnon depuis la fosse, le spectacle se tient pourtant plutĂ´t bien, et la lecture d’orchestre, un brin exotique, captive tant elle ouvre sur l’avenir, sur Ravel bien sĂ»r, parfois mĂŞme sur Janáček.




    GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
    Le 19/08/2012
    Thomas COUBRONNE

    Première au festival de Salzbourg 2012 de Carmen de Bizet dans la mise en scène d’Aletta Collins et sous la direction de Sir Simon Rattle.
    Georges Bizet (1838-1875)
    Carmen, opéra en trois actes et quatre tableaux (1875)
    Livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy d’après la nouvelle de Prosper Mérimée

    Salzburger Festspiele und Theater Kinderchor
    Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
    Wiener Philharmoniker
    direction : Sir Simon Rattle
    mise en scène : Aletta Collins
    décors : Miriam Buether
    costumes : Gabrielle Dalton
    Ă©clairages : Andreas Fuchs
    préparation des chœurs : Ernst Raffelsberger & Wolfgang Götz

    Avec :
    Magdalena Kožená (Carmen), Jonas Kaufmann (Don José), Kostas Smoriginas (Escamillo), Genia Kühmeier (Micaëla), Christian Van Horn (Zuniga), Andrè Schuen (Moralès), Christina Landshamer (Frasquita), Rachel Frenkel (Mercédès), Simone Del Savio (le Dancaïre), Jean-Paul Fouchécourt (Le Remendado), Barbara Spitz (Lillas Pastia).

     



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