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CRITIQUES DE CONCERTS 24 octobre 2020

Concert des Wiener Philharmoniker sous la direction de Bernard Haitink, avec la participation du pianiste Murray Perahia au festival de Salzbourg 2012.

Salzbourg 2012 (10) :
Et le temps devient espace

© Wolfgang Lienbacher

Intense émotion à l’issue du dernier programme symphonique des Wiener cet été à Salzbourg, transcendé par Bernard Haitink à la fois dans un Beethoven lumineux, impalpable et caressé du bout des doigts par Murray Perahia, et dans une Neuvième de Bruckner très étirée, à la tristesse insondable, à la résignation fruit d’une vie de réflexion.
 

GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
Le 25/08/2012
Yannick MILLON
 



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  • Un certain nombre d’yeux humides accompagnaient les applaudissements de ce concert de fin de festival de Salzbourg 2012 oĂą Bernard Haitink, du haut de ses 83 ans, aura servi Beethoven et Bruckner avec une foi intacte et la modestie des plus grands, Ă  la tĂŞte de Wiener Philharmoniker littĂ©ralement suspendus Ă  sa baguette.

    Beethoven d’abord, versant mélancolique, avec le Quatrième Concerto pour piano, le plus intime, dont le climat très voisin de la Symphonie Pastorale bénéficie ici des couleurs de septembre sur les coteaux de Heiligenstadt d’un Philharmonique de Vienne à la douceur ineffable, répondant à merveille au piano tout amour et délicatesse de Murray Perahia, murmuré du bout des phalanges, sans une note dure ou délivrée mécaniquement.

    De la poésie à l’état pur, et un premier mouvement passant comme un songe, à travers le sourire d’un cor, l’état d’âme d’un hautbois, dans la tiédeur sonore d’une fin d’été mélancolique. Climat d’une insondable tristesse ensuite dans un mouvement central affligé, sans les interrogations crispées habituelles, tout en acceptation résignée.

    Inutile d’attendre après cela un Rondo pétaradant, jouant à l’inverse les petites touches et la bonhomie, dans une optique bien plus associée à l’image traditionnelle du chef néerlandais qu’à celle de ses récents Beethoven réinventés avec le London Symphony. Mais qu’importe, face à une exécution d’une maturité artistique totale, parfaitement en phase avec un toucher pianistique d’orfèvre.

    Malgré les rappels, Perahia quittera la scène sans bis, avec la même modestie qu’à son entrée trois quarts d’heure auparavant. Et c’est de la même démarche olympienne, portant encore beau, que Haitink gagnera après la pause le pupitre pour l’ultime symphonie brucknérienne.

    Au terme d’une exécution testamentaire, lentissime, à laquelle il aura consacré la plus ardente concentration, dirigeant comme toujours avec la partition figée sur la première page de chaque mouvement, le maestro apparaîtra bien fatigué, mais fort du sentiment du devoir accompli, et de la complicité d’instrumentistes qui donneraient leur chemise pour lui.

    Le portique introductif donne la mesure de l’ampleur de la battue, cosmique, à perdre les repères temporels dans les vastes répétitions et modulations. Mais on est surtout étreint par l’infinie tristesse, véritable adieu à la vie, du troisième groupe thématique, pleurant le paradis perdu avec le plus beau legato de cordes du monde, et des cuivres graves d’une grandeur inouïe. Loin d’accuser les ruptures, Haitink n’en fait monter la tension que plus progressivement vers une coda rappelant Giulini avec les mêmes Viennois ; excusez du peu !

    Dans ces conditions, le Scherzo fera office de parenthèse, sans la vision infernale habituelle en cris et notes répétées forcenées, mais plutôt en sentiment de vanité de la lutte. L’Adagio n’en retrouvera que mieux le climat éploré du mouvement initial, le premier lamento des violons y atteignant une dimension de lente crucifixion, sans extériorisation de la souffrance.

    Chaque élément de la forme sonate intégré dans le grand tout, en une continuité magistrale, et un art des jonctions plein de sfumato, de ralentis organiques d’une absolue musicalité. Une confession qui semble celle du maître, au soir de sa vie, douloureusement résigné face à la mort.

    Un moment de musique bouleversant, où temps et espace semblent se confondre dans l’élévation finale des flûtes et des cors au plus haut des cieux.




    GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
    Le 25/08/2012
    Yannick MILLON

    Concert des Wiener Philharmoniker sous la direction de Bernard Haitink, avec la participation du pianiste Murray Perahia au festival de Salzbourg 2012.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Concerto pour piano n° 4 en sol majeur op. 58 (1808)
    Murray Perahia, piano
    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n° 9 en ré mineur (1903)
    Wiener Philharmoniker
    direction : Bernard Haitink

     


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