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CRITIQUES DE CONCERTS 20 août 2018

Création mondiale de Stradella de Franck dans une mise en scène de Jaco Van Dormaer et sous la direction de Paolo Arrivabeni à l’Opéra royal de Liège.

Renaissance aquatique
© Jacques Croisier

Pour sa réouverture, le Théâtre royal de Liège affiche la création de Stradella, premier opéra resté sans orchestration d’un César Franck de 19 ans. Orchestré par Luc Van Hove, l’ouvrage bénéficie d’une production décalée, onirique et aquatique du réalisateur Jaco Van Dormael, qui signe sa première mise en scène lyrique.
 

Théâtre royal, Liège
Le 25/09/2012
Monique BARICHELLA
 



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  • Pour l’essentiel, l’audace a payé. Il n’était guère évident d’oser la création d’un opéra composé en 1841 par un César Franck de 19 ans aspirant au Prix de Rome. Forcé par son père à poursuivre sa carrière de pianiste, le jeune compositeur renonça contre son gré à concourir, laissant Stradella à l’état de particelle.

    Pourtant, le 22 mai 1985, une lecture publique de la partition, dans un arrangement pour deux pianos et voix eut lieu salle Favart, à Paris, révélant les qualités indéniables de l’ouvrage. On ne peut que saluer l’initiative de Stefano Mazzonis di Pralafera, le directeur de l’Opéra royal de Wallonie d’avoir permis la naissance à part entière de Stradella, dans la ville natale de César Franck, à l’occasion de la réouverture de son théâtre rénové après deux ans et demi de travaux.

    Il en a confié l’orchestration au compositeur anversois Luc Van Hove, avec un résultat positif dans la mesure où l’orchestre sonne bien et avec un excellent rapport entre les voix et les instruments : ainsi, on ne pourrait soupçonner que le compositeur originel n’a pas achevé son ouvrage lui-même.

    Certes, on ne saurait non plus déceler la pâte du futur auteur de la Symphonie en ré mineur, mais le savoir-faire est étonnant pour un si jeune musicien qui a assimilé avec dextérité le style des grands compositeurs d’opéra de son temps (Rossini, Donizetti et surtout Meyerbeer).

    D’évidence, Franck sait écrire pour les voix et n’ignore rien du bel canto. Enfin, il accorde une place prépondérante aux chœurs, particulièrement mis en valeur, autant d’exigences qui permettent à toutes les forces de la maison, le chœur comme l’orchestre, de faire la preuve de leur qualité et de leur cohésion sous la direction épatante de Paolo Arrivabeni.

    © Jacques Croisier

    Le plateau est solide et homogène, trois des quatre rôles essentiels étant confiés à des chanteurs belges. Marc Laho défend avec conviction et une robuste efficacité le rôle-titre dans lequel on souhaiterait peut-être un chant plus raffiné. Werner van Mechelen et notre compatriote Philippe Rouillon incarnent avec aplomb et un naturel redoutable les deux méchants de service.

    En revanche, malgré son engagement et ses grands moyens, Isabelle Kabatu n’est pas vraiment convaincante. Non seulement elle n’est pas toujours à l’aise dans la tessiture de son rôle et le chant belcantiste qu’il exige, mais on ne comprend quasiment rien de son texte, tant le français de cette artiste née pourtant à Montignies-sur-Sambre est exotique !

    Librement inspiré de la vie du compositeur et célèbre chanteur Alessandro Stradella (1639-1682), assassiné pour avoir enlevé la maîtresse d’un sénateur vénitien, le livret d’Émile Deschamps et Émilien Pacini a d’abord servir pour un opéra de Niedermeyer créé en 1837. César Franck s’est servi de ce même livret avec happy end.

    Un dénouement modifié ici par le metteur en scène Jaco Van Dormael, désireux de respecter une vérité historique en accord avec sa vision personnelle, sombre, tourmentée et totalement irréaliste d’un drame non dénué d’humour. Le réalisateur de Toto le héros, le Huitième jour et Mr Nobody installe l’ouvrage dans un univers onirique et décalé, une atmosphère nocturne, lugubre et totalement aquatique.

    Quels que soient les lieux de l’action – même le dernier acte qui se passe à Rome –, la scène est en grande partie recouverte d’eau et les malheureux chanteurs pataugent en permanence, parfois jusqu’à la taille, dans l’acqua alta de cette lagune envahissante. Une lecture certes poétique et hautement symbolique, esthétisante aussi, dont la signification n’est guère évidente, comme les ballons attachés au dos du méchant Duc.

    Mais les images sont souvent d’une beauté fascinante : jeux de miroirs reflétant les protagonistes ou la salle, éclairages lunaires, ou la vision finale des amants morts réunis dans les fonds marins. Quant au charmant poisson rouge géant téléguidé qui traverse l’espace, comme un clin d’œil à un improbable happy end, il semble sorti d’un film en 3D et met la salle en joie.

    À tous égards, le spectacle permet aussi d’apprécier les nouvelles ressources techniques du plateau et des éclairages. Une création qui ne devrait pas être sans lendemain.




    Théâtre royal, Liège
    Le 25/09/2012
    Monique BARICHELLA

    Création mondiale de Stradella de Franck dans une mise en scène de Jaco Van Dormaer et sous la direction de Paolo Arrivabeni à l’Opéra royal de Liège.
    César Franck (1822-1890)
    Stradella, opéra en trois actes (1841)
    Livret d’Émile Deschamps et Émilien Pacini

    Création mondiale, dans l’orchestration de Luc Van Hove

    Maîtrise, Chœur et Orchestre de l’Opéra royal de Wallonie
    direction : Paolo Arrivabeni
    mise en scène : Jaco Van Dormael
    décors : Vincent Lemaire
    costumes : Olivier Beriot
    éclairages : Nicolas Olivier
    préparation des chœurs : Marcel Seminara

    Avec :
    Marc Laho (Stradella), Isabelle Kabatu (Léonore), Werner van Mechelen (Spadoni), Philippe Rouillon (le Duc), Xavier Rouillon (Pietro), Roger Joakim (un officier), Giovanni Iovino (Michael), Patrick Mignon (Beppo).

     



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