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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mai 2019

Nouvelle production de Jenůfa de Janáček dans une mise en scène de Dmitri Tcherniakov et sous la direction de Fabio Luisi à l’Opéra de Zurich.

La honte en héritage
© Monika Rittershaus

Lecture diablement stimulante que cette nouvelle Jenůfa de Zurich confiée aux manipulations généalogiques d’un Dmitri Tcherniakov actualisant avec un total succès le livret le plus classique de Janáček. Direction peu idoine, à la main lourde, et plateau d’excellente facture complètent une ouverture de saison pour le moins prometteuse.
 

Opernhaus, Zürich
Le 04/10/2012
Yannick MILLON
 



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  • Les opéras de Janáček requièrent une bonne gestion de l’appareil orchestral si génialement ciselé par le maître de Brno, et Jenůfa, son premier grand ouvrage lyrique, ne fait en rien exception à la règle, nécessitant comme les opus plus tardifs une attention au timbre de tous les instants.

    Sur ce point, la nouvelle production de l’Opéra de Zurich n’est pas entièrement convaincante, la main un peu lourde de Fabio Luisi ne rendant que partiellement justice à une orchestration parmi les plus grisantes du répertoire. Ce large geste à l’allemande, avec de somptueux effluves de cordes, des bassons et clarinettes très en dehors mais en rien acidulés, reste en marge des couleurs saturées de la partition.

    Car de saturation, on ne retiendra ici que le volume constamment excessif émergeant de la fosse, ne débordant heureusement jamais le plateau en raison de la largeur de voix de très beau calibre. Encore qu’en soi, le timbre de Kristīne Opolais soit souvent dépourvu de grâce, altéré par de l’air dans le piano, parfois grêle dans la pleine voix. Mais au moins un personnage existe, ardent, brûlant les planches.

    Michaela Martens n’a pas non plus un matériau de belle qualité, mais sa Sacristine dispose de l’éclat nécessaire d’un troisième registre bien dardé, et d’une réelle autorité vocale tout entière concentrée sur l’inflexible. Loin des spectres vocaux, Hanna Schwarz campe quant à elle une Burya encore jeune, à la classe intacte, à l’impact sidérant eu égard à la longueur d’une carrière vénérable.

    Carton plein également chez les deux frangins, tant le Števa frimeur et veule d’un Pavol Breslik idéal de jeunesse imbécile que le Laca en authentique poids lourd vocal d’un Christopher Ventris aux élans de lyrisme déchirants, à la projection ample et claire. Parmi les petits rôles, ce sont les sopranos qui volent la vedette, notamment la Barena vif-argent de Herdis Anna Jónasdóttir et la Karolka d’Ivana Rusko.

    © Monika Rittershaus

    La réussite de l’ensemble tient toutefois bien autant à la relecture fascinante de Dmitri Tcherniakov, décidément l’un des metteurs en scène les plus captivants du moment. On connaît sa manie de la généalogie, lui ayant inspiré jusqu’à une réécriture familiale saugrenue dans Don Giovanni.

    Rien d’aussi excentrique ici, mais une volonté de crédibiliser aux yeux du public contemporain la honte pour Jenůfa d’avoir, selon l’expression populaire, fêté Pâques avant les Rameaux, et la réaction radicale de la Sacristine.

    La morale religieuse de l’opéra n’ayant plus guère d’écho dans le monde laïque d’aujourd’hui, Tcherniakov mise donc sur la reproduction des conflits familiaux au sein d’une lignée féminine rajeunie : une Burya grande bourgeoise passant sa vie à jouer les coquettes héberge ainsi une Kostelnička quadragénaire elle aussi traumatisée par sa propre inconséquence de naguère.

    De la même manière, loin des héroïnes innocentes et éplorées à qui arrivent tous les malheurs du monde, une Jenůfa adolescente et capricieuse justifie d’autant mieux l’incongruité apparente de son inclination pour ce pleutre beauf de Števa, beau gosse écervelé abhorrant plus que tout les contraintes.

    Non moins pertinente est la scénographie, vaste triplex vert-anis que le spectateur visite d’étage en étage, jusqu’à la trappe de cette mansarde où une Burya perdant petit à petit les pédales découvrira le berceau qui semble aimanter les femmes de la famille. Détournement constamment réussi d’une dramaturgie n’ayant jamais semblé aussi accrocheuse et contemporaine.




    Opernhaus, Zürich
    Le 04/10/2012
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Jenůfa de Janáček dans une mise en scène de Dmitri Tcherniakov et sous la direction de Fabio Luisi à l’Opéra de Zurich.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    Jenůfa, opéra en trois actes (1904)
    Livret du compositeur d’après Její pastorkyňa de Gabriela Preissová

    Chor der Oper Zürich
    Philharmonia Zürich
    direction : Fabio Luisi
    mise en scène & décors : Dmitri Tcherniakov
    costumes : Elena Zaytseva
    éclairages : Gleb Filshtinsky
    préparation des chœurs : Ernst Raffelsberger

    Avec :
    Kristīne Opolais (Jenůfa), Michaela Martens (Kostelnička), Hanna Schwarz (Stařenka Burjovka), Christopher Ventris (Laca Klemeň), Pavol Breslik (Števa Buryja), Cheyne Davidson (Stárek), Pavel Daniluk (Rychtář), Irène Friedli (Rychtářka), Ivana Rusko (Karolka), Chloé Chavanon (Pastuchyňa), Herdis Anna Jónasdóttir (Barena), Susanne Grosssteiner (Jano).

     



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