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CRITIQUES DE CONCERTS 20 février 2018

Récital du pianiste Radu Lupu dans le cadre de Piano**** à la salle Pleyel, Paris.

La densité du silence
© Fred Toulet

Un récital de Radu Lupu ne ressemble à aucun autre : le pianiste roumain (67 ans) échappe aux classifications. Dans ses interprétations, il respecte, ose et surprend. Face au public, cet hypersensible incarne l’humilité, l’intégrité et la générosité comme ce mardi à Piano**** dans sa poétique vision de Schubert, Franck et Debussy.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 09/10/2012
Nicole DUAULT
 



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  • C’est dans l’éphémère du concert que Radu Lupu s’épanouit le mieux. Il fuit les micros et n’est jamais satisfait de ses enregistrements, même si son ami le chef et pianiste Daniel Barenboïm l’a si souvent conforté. Avec sa démarche massive et nonchalante, sa barbe blanche et sa chevelure poivre et sel, Lupu s’approche de son piano à petits pas, comme s’il voulait savourer longuement la soif de musique que le public de Pleyel, archi comble, manifeste par une longue ovation.

    Le pianiste s’installe sur une chaise, refusant les tabourets traditionnels qui ne conviennent pas à son mal de dos. Aujourd’hui, il est, paraît-il, un peu souffrant. Il n’en laisse rien paraître et s’investit dans la perfection, si souvent louée, des Quatre Impromptus op. 142 (1827) de Schubert.

    De ces bagatelles murmurantes et bruissantes, il souligne la mélodie caressante, la tendresse romantique, l’expressionnisme sauvage et le lyrisme raffiné. La salle Pleyel est sous le charme. Elle l’est encore pour le triptyque Prélude, choral et fugue de César Franck. Classique et grave, le pianiste se fait virtuose et méditatif dans une œuvre encore aujourd’hui mal appréciée.

    Évidemment, le public était venu avant tout pour la lecture du second livre des Préludes de Debussy, pièces d’une absolue maîtrise. Là encore, Lupu s’investit autant dans les notes que dans la mélodie. Des Brouillards, la première pièce, émerge une vapeur de sonorités qui peu à peu se déchirent dans des couleurs arc-en-ciel.

    Dans ses Feuilles mortes, Lupu souligne la « pourriture douce » dont parlait à ce propos Marguerite Long. Il est passionné dans la Puerta del sol, drolatique dans les évanescentes Fées. C’est dans l’humour et la pochade qu’il emballe l’histoire d’un jongleur alors à la mode (Edvard Le Vigne qui jouait du piano avec ses orteils) ainsi que dans l’hommage au héros de Dickens, Samuel Pickwick.

    Lupu est en empathie, sinon que chaque note sonne d’une manière imprévisible : on est en permanence en alerte. Pas question de somnoler comme on le voit si souvent dans les salles de concert. Tout simplement parce qu’entre la gravité caustique, les étourdissantes et désinvoltes entourloupes puis les gerbes pyrotechniques, il s’imprègne de ce tournoiement magique, festif et si souvent étincelant de Debussy.

    Pleyel est en apesanteur. On se souvient que dans les affolements du cœur et les intermittences de l’esprit, le pianiste et musicologue Philippe Cassard disait de Radu Lupu qu’il parlait de « silence ». Dans le jaillissement éclatant des sonorités novatrices et mélancoliques de Debussy, le pianiste roumain donne en effet la plus intime et la plus forte densité au silence.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 09/10/2012
    Nicole DUAULT

    Récital du pianiste Radu Lupu dans le cadre de Piano**** à la salle Pleyel, Paris.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Impromptus op. 142
    César Franck (1822-1887)
    Prélude, choral et fugue
    Claude Debussy (1862-1918)
    Préludes, livre II
    Radu Lupu, piano

     


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