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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Nouvelle production d’Artaserse de Vinci dans une mise en scène de Silviu Purcarete et sous la direction de Diego Fasolis à l’Opéra national de Lorraine.

L’âge d’or des contre-ténors

Impossible, il y a encore dix ans, d’imaginer cinq contre-ténors capables de rendre justice à une vocalité aussi virtuose que celle de l’Artaserse de Vinci. À l’origine de cette folie, Max Emanuel Cencic a tenu son pari de ressusciter les fastes de l’opéra métastasien. Sur la scène de l’Opéra national de Lorraine, la joute tourne à l’avantage du phénoménal Franco Fagioli.
 

Opéra de Lorraine, Nancy
Le 08/11/2012
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Bien plus que chez Haendel et Vivaldi, génies trop farouchement indépendants pour se soumettre au canons du genre, la vérité musicale de l’opera seria, conforme donc au modèle métastasien – du nom du plus fameux librettiste du Settecento –, est à chercher chez les compositeurs issus de l’école napolitaine, récemment tirée d’un oubli légendaire par l’engouement pour le répertoire des castrats.

    À en croire le Président de Brosses, Leonardo Vinci était, parmi Leonardo Leo, Johann Adolph Hasse et autres épigones sur lesquels il ne tarit pas d’éloges dans ses Lettres d’Italie, « le vrai dieu de la musique. » Et Artaserse, son ultime dramma per musica créé le 4 février 1730 au Teatro delle Dame de Rome, trois mois avant une mort romanesque autant que prématurée, et « son plus bel ouvrage », en même temps qu’« une des meilleurs pièces du Métastase. »

    Mais du livret, que le poète impérial de la cour de Vienne considérait comme « le plus heureux de ses enfants », Silviu Purcarete n’a visiblement cure, qui se pose en archéologue pour mettre en scène une vision fantasmée, et fantasmatique, des joutes auxquelles se livraient les chanteurs de l’âge d’or du bel canto.

    Énième mise en abyme révélant, en un jeu moins érudit que parodique poussé jusqu’à son comble par une débauche de plumes digne de la Cage aux folles, les excès dénoncés dès 1720 par Benedetto Marcello dans son pamphlet satirique Il teatro alla moda. Mais qu’importe l’absence d’enjeu dramatique, puisqu’au-delà de décors dont l’envers reflète la structure spéculaire de l’aria da capo et sa vocalité labyrinthique, cette production met au jour cette part essentielle de la fascination exercée par les castrats qui réside dans la palpabilité d’un exploit vocal défiant les lois de la nature.

    Grâces soient rendues à Max Emanuel Cencic, non seulement interprète mais aussi directeur artistique du projet, d’avoir tenu le pari de réunir une distribution fidèle à celle de la création, et donc à l’ordonnance papale interdisant aux femmes de se produire sur les scènes romaines jusqu’en 1798. Avec ses huit contre-ténors, le Sant’Alessio de Landi monté par William Christie et Benjamin Lazar avait certes créé un précédent, mais la partition d’Artaserse est d’une toute autre exigence, dont le respect témoigne de la spectaculaire évolution technique des falsettistes, désormais capables de rivaliser avec leurs consœurs les plus virtuoses, voire même de les surpasser.

    Fer de lance de cette génération décomplexée, Max Emanuel Cencic troque ainsi la cuirasse du primo uomo pour les robes et pâmoisons de Mandane, assumant la féminité d’une émission généreusement vibrée, au clair-obscur envoûtant. Seconda donna à la silhouette élancée, Valer Barna Sabadus déploie dans une tessiture plus élevée mais préservée des stridences habituelles aux sopranistes, la souplesse ornementale d’un instrument évanescent, à la personnalité sans doute moins affirmée.

    Si Megabise n’a que peu d’occasions de briller, le chant ample et musclé de Yuriy Mynenko produit un contraste prégnant, et devrait s’épanouir à l’avenir dans un héroïsme haendélien souvent en mal de robustesse. Seule voix naturelle du plateau, Juan Sancho distille le venin d’Artabano de son ténor franc et sombre, dont le suraigu, rien moins qu’indispensable pour prouver sa valeur, pèche par excès d’audace.

    À tout seigneur tout honneur, le rôle-titre revient à Philippe Jaroussky, dont cet emploi de monarque en proie au doute flatte la musicalité raffinée autant qu’un timbre égal et une projection à la vigueur nouvellement acquise.

    Son astre cependant pâlit devant la performance époustouflante de Franco Fagioli. Cela tient non seulement à la partie d’Arbace, composée pour Carestini, et qui concentre en cinq airs et un duo le meilleur du langage mélodique séduisant et énergique de Vinci, mais aussi à ce troublant mimétisme que le contre-ténor cultive avec l’art, le timbre même de Cecilia Bartoli, qui trouve en lui son plus sérieux rival à ce jour, tant dans le canto di sbalzo que spianato, et sur une étendue absolument inouïe.

    En dépit de ce don phénoménal, le chanteur ne succombe pas à la tentation de se griser de ses propres effets, car fort d’une intense musicalité, il parvient à doser au plus juste une ornementation toujours électrisante, mais qui jamais ne sombre dans une vaine démonstration de virtuosité.

    À cet égard, il convient de louer la capacité de Diego Fasolis à entretenir l’illusion d’une continuité dramatique. Par son geste félin, le chef suisse obtient de Concert Köln, ensemble à la réactivité rythmique infaillible mais au métal trop uniment clinquant, une sidérante variété de couleurs et de phrasés en sculptant à mains nues une matière sonore en perpétuelle ébullition.




    Prochaines représentations en version de concert :
    Opéra de Lausanne, 23 et 25 novembre ; Théâtre des Champs-Élysées, Paris, 11 et 13 décembre




    Opéra de Lorraine, Nancy
    Le 08/11/2012
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production d’Artaserse de Vinci dans une mise en scène de Silviu Purcarete et sous la direction de Diego Fasolis à l’Opéra national de Lorraine.
    Leonardo Vinci (1696 ?-1730)
    Artaserse, dramma per musica en trois actes (1730)
    Livret de Pietro Metastasio

    Concerto Köln
    direction : Diego Fasolis
    mise en scène : Silviu Purcarete
    décors et costumes : Helmut Stürmer
    éclairages : Jerry Skelton
    coiffes : Cécile Kretschmar

    Avec :
    Philippe Jaroussky (Artaserse), Max Emanuel Cencic (Mandane), Juan Sancho (Artabano), Franco Fagioli (Arbace), Valer Barna Sabadus (Semira), Yriy Mynenko (Megabise).

     



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