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CRITIQUES DE CONCERTS 17 novembre 2018

Medea de Dusapin dans la mise en scène de Sasha Waltz et sous la direction de Marcus Creed au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

La fureur d’une descente aux Enfers
© Sebastian Bolesch

Rarement osmose entre musique, texte, chant, danse et mise en scène aura été imbriquée avec autant d’intensité : Medea de Dusapin donne tout son sens au genre opéra. Depuis sa création en 1992 à la Monnaie de Bruxelles, cette œuvre a subi de nombreuses péripéties, transformations et peaufinages. Elle devient chef-d’œuvre au Théâtre des Champs-Élysées.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 09/11/2012
Nicole DUAULT
 



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  • Avec ses trois Médée successives, celle de Marc-Antoine Charpentier, celle de Pascal Dusapin puis, dans quelques semaines, celle de Luigi Cherubini, le directeur du Théâtre des Champs-Élysées, Michel Frank, dresse un panorama opératique passionnant. D’autant que chaque œuvre est mise en correspondance avec de puissants créateurs contemporains.

    D’abord l’audace de l’enfant terrible de la peinture allemande, le fantasque Jonathan Meese, qui a visuellement déstructuré l’opéra de Charpentier. Avant la virulente mise en scène promise par Warlikowski pour celui de Cherubini, c’est la percutante chorégraphe berlinoise Sasha Waltz qui s’est emparée de l’œuvre de Dusapin. Et voici une heure dix de fébrilité frissonnante et d’énergie brutale où voisinent l’amour et la détestation, la tendresse et la fureur.

    Tout commence par le silence, rompu par le gigantesque rideau rouge voilant la scène qui tombe de tout son poids sur le plateau vide. Au fond rampent dans l’obscurité des danseurs qui peu à peu, se roulant sur eux mêmes, investissent l’espace, forment un cercle qui se brise. On découvre alors dans la lumière tamisée, un bas-relief antique qui s’anime peu à peu. Puis Médée paraît.

    Majestueuse et enfantine, voire boudeuse (magnifique soprano Caroline Stein dont la voix va de l’extrême grave à l’extrême aigu avec une facilité déconcertante), elle confie à sa nourrice (sa voix est préenregistrée) son amour pour Jason. Elle a tout sacrifié pour lui y compris sa famille. Lui, la délaissant ainsi que ses enfants, est parti avec une autre, plus jeune.

    Anéantie, Médée, femme aimante, mère magicienne et guérisseuse qui n’était que douceur, est peu à peu rongée par la jalousie et la douleur. Elle divague, elle sombre dans la folie vengeresse. Elle assassine la nouvelle femme de Jason en lui offrant une robe empoisonnée. Puis, pour punir l’infidèle, elle tue ses propres enfants. Autour d’elle, les danseurs interprètent tout ce qui se passe dans la tête de Médée, ses hésitations, ses troubles, ses doutes, tandis que sa propre pensée fragmentée est chantée par quatre voix.

    À l’origine de cet opéra, une commande du directeur de la Monnaie de Bruxelles pour accompagner Didon et Énée de Purcell et associer deux mondes d’expression musicale que séparent trois siècles. Dusapin choisit un texte du romancier et poète allemand Heiner Müller. Cette Médée est chantée dans cette langue. Outre le texte magnifique de Müller, la beauté cruelle des images est impressionnante.

    Ainsi, la rivale de Médée, Creüse, interprétée par une danseuse, est vêtue de la robe empoisonnée et d’un collier de grosses boules étincelantes. Elle est portée par des danseurs qui l’entourent, la cajolent, jouent avec elle, l’enserrent contre eux jusqu’à ce que la robe se transforme en un linceul ensanglanté. Autre image forte de cette violence digne de la tragédie antique : sur les côtés de la scène, des ventilateurs déchaînent un cataclysme dont le souffle plaque les interprètes au sol.

    L’orchestre choisi par Dusapin est une formation baroque avec des cordes, un orgue, un clavecin et un chœur mixte. S’en dégagent une fluidité, une sensualité et une fulgurance qui sont les caractéristiques habituelles de sa musique. Une musique contemporaine très écoutable. La formation Akademie für Alte Musik Berlin, dirigée par Marcus Creed, distille la noirceur et la terreur dans une tension sans le moindre relâchement.

    Sans doute cette Medea constitue-t-elle l’une des œuvres majeures du compositeur !




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 09/11/2012
    Nicole DUAULT

    Medea de Dusapin dans la mise en scène de Sasha Waltz et sous la direction de Marcus Creed au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Pascal Dusapin (*1955)
    Medea, (2007) d’après l’opéra Medeamaterial (1992)
    Livret d’après Heiner Müller

    Vocalconsort Berlin
    Akademie für Alte Musik Berlin
    direction : Marcus Creed
    chorégraphie & mise en scène, Sasha Waltz

    Avec :
    Caroline Stein (Medea), Claudia Bertz, Ulrike Barth (sopranos), Anne-Kristin Zschunke (mezzo-soprano) et Kerstin Stöker (alto), et les danseurs de la compagnie Sasha Waltz & Guests

     



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