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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Concert du Brussels Philharmonic sous la direction de Michel Tabachnik à la Cité de la musique, Paris.

Sur la terre comme au ciel

Un concert d’anthologie : l’originalité visionnaire de l’enchaînement des œuvres de Wagner et de Xenakis choisies par Michel Tabachnik s’impose dans leur splendeur orchestrale au cours d’une soirée inoubliable à la Cité de la musique, dont l’espace, modulé selon le souci de Xenakis, servait aussi l’acoustique recherchée par Wagner.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 17/11/2012
Claude HELLEU
 



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  • Prodigieux enchaînement d’À Colone sur la fin de la Mort d’Isolde. Sans la moindre rupture, l’œuvre de Iannis Xenakis semble naître de celle de Richard Wagner. C’est stupéfiant, magnifique – étonnement naturel !

    Les musiciens du Brussels Philharmonic, répartis dans le public autour de Michel Tabachnik au centre de la salle de concerts, lui seul légèrement surélevé sur une petite estrade, gardent le si qui ouvre À Colone ou demeurent immobiles. Seul geste, sans cesser de diriger le chef chausse rapidement des lunettes qu’il ne portait pas pour la partition de Wagner.

    Avant cette surprise, la disposition de l’orchestre d’emblée éclaté pour tout le concert selon les préoccupations spatiales de Xenakis pour Nomos Gamma en seconde partie, révèle une écoute différente, plus chambriste, du prélude de Tristan et Isolde. Pupitres dispersés, chaque instrumentiste se retrouve soliste.

    D’où l’aération des sonorités et des nuances au grand bonheur des auditeurs voisins qui d’un cor et d’un violoncelle, qui d’un hautbois et d’une contrebasse, par exemple, assis parmi eux, tous et chacun remarquables.

    Sous la direction calme, ample et coulée de Michel Tabachnik, la tension n’en monte pas moins irrésistiblement dans le cercle humain ainsi fondu entre les officiants et les fidèles, avant que la Mort d’Isolde – la soprano Cécile de Boever ne s’y montre pas la plus émouvante, la voix marquée d’un léger vibrato – ne nous mène à la poésie d’A Colone, comme engendrée de son extase.

    Au balcon, le Chœur de l’Armée française se fait face et sa clarté répond à la sobriété des cinq cors, trois trombones, six violoncelles et trois contrebasses qui évoquent l’ultime tragédie de Sophocle, Œdipe à Colone.

    Transparence et hiératisme de l’œuvre sont au rendez-vous. La pièce de Xenakis impose son climat à la gloire de Poséidon. Fluidité de l’articulation, suggestions et visions d’un texte limpide, fécondité de la musique qui l’épouse : l’intimité de Michel Tabachnik avec le répertoire de Xenakis rayonne d’aisance. Mais c’est après l’entracte que ce concert hors normes atteint son apogée.

    Pris dans la masse sonore aux individualités multiples qu’a voulue Xenakis, quatre-vingt-dix-huit musiciens disséminés dont huit percussions en couronne – cet instrument dont Xenakis sait comme nul autre exalter les beautés sauvages –, nous nous fondons littéralement à la polyphonie de Nomos Gamma.

    S’oublie la théorie des ensembles, ensembles de modes de jeu, de timbres, de structures aux paramètres organisés par un compositeur féru de mathématiques, s’oublie toute analyse tant la richesse instrumentale, la puissance vitale et la sensualité de cette musique envahissent l’espace et ceux qui l’habitent.

    Bois, cuivres, bois, cordes et percussions fusionnels par-dessus les têtes et tour à tour privilégiés, pizzicati, glissandi, trémolos, ensembles d’intensité parallèlement impressionnants exaltent une force cosmique irrésistiblement suffocante.

    Nous voici au cœur du volcan, submergés de sa lave. Grêle d’éclats, pointes de feu, déferlement de timbres, de rythmes, grondement de fin du monde, chaos orgiaque, tourbillon planétaire, engloutissement d’où émerge sur un ultime lab, celui du prélude de Parsifal.

    Mort et transfiguration. Miracle musical. Parcours initiatique inattendu, atemporel, vers la spiritualité. Mysticisme, mystère et rédemption. Après le tremblement de terre, le ciel. La puissance orchestrale, l’errance harmonique subjuguent et enchantent, les chœurs des Chevaliers nous entraînent, le Graal dévoilé nous laisse émerveillés.

    Avant que, sous le sourire rayonnant de Michel Tabachnik, les musiciens du Brussels Philharmonic levés parmi nous pour saluer nous ramènent à la joie plus simple d’un succès partagé.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 17/11/2012
    Claude HELLEU

    Concert du Brussels Philharmonic sous la direction de Michel Tabachnik à la Cité de la musique, Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tristan et Isolde : Prélude et Mort d’Isolde
    Cécile de Boever, soprano
    Iannis Xenakis (1922-2001)
    À Colone
    Nomos Gamma
    Richard Wagner
    Parsifal : Prélude de l’acte 1 – Prélude de l’acte 3 – Extrait de l’acte 3 Geleiten wir im bergenden Schrein
    Chœur de l’Armée française
    préparation : Émilie Fleury
    Brussels Philharmonic
    direction : Michel Tabachnik

     


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