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CRITIQUES DE CONCERTS 16 août 2018

Version de concert des Contes d’Hoffmann d’Offenbach sous la direction de Marc Minkowski à la salle Pleyel, Paris.

Minkowski refait ses Contes
© Philippe Gontier

Enfin Paris entend les Contes d’Hoffmann tels qu’Offenbach les a rêvés, grand opéra fantastique avec une seule interprète dans les trois rôles féminins. Pour Marc Minkowski, le défi était de taille, qui avait jusqu’alors défendu la version avec dialogues parlés, mais sait trouver le ton juste à la tête de ses Musiciens du Louvre et d’une distribution idiomatique.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 22/11/2012
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Que ce soit sous la forme d’un opéra-comique ou d’un grand opéra fantastique, il aura fallu attendre plus d’un siècle pour que la partition des Contes d’Hoffmann soit purifiée des nombreux ajouts et coupures qui dès leur création posthume à la salle Favart le 10 février 1881 altéraient les intentions d’Offenbach.

    Pour les deux concerts achevant en apothéose le Domaine privé que lui consacrait la Cité de la musique, Marc Minkowski a préféré renoncer aux dialogues parlés, dont il avait défendu l’usage dans la production créée à l’Opéra de Lausanne en février 2003, au profit des récitatifs chantés, composés et orchestrés par Ernest Guiraud à partir des esquisses, de moins en moins nombreuses au fil des actes, laissées par le compositeur en vue des représentations prévues à Vienne et Londres.

    Basée sur l’édition de Jean-Christophe Keck, qui tantôt réfute, tantôt prolonge les travaux de Michael Kaye, et dont la parution prévue de longue date chez Schott-Boosey & Hawkes n’en finit plus de se faire attendre, cette version durchkomponiert a pour mérite de donner à entendre l’intégralité des numéros pensés par le compositeur, dont certains dans leur état initial ou intermédiaire – ainsi de la Chanson de Dapertutto, pour laquelle Répands tes feux dans l’air a été préféré à Tourne, tourne, miroir, transformé en J’ai des yeux chez Spalanzani par la même tradition qui le remplaça par le grandiloquent et apocryphe Scintille, diamant

    L’acte de Venise y gagne assurément en substance, à l’instar du V, d’où le duetto d’Hoffmann et Stella, reconstitué par Jean-Christophe Keck à partir d’esquisses d’Offenbach et joué à Lausanne, a été écarté. Trois femmes dans une même femme, le défi était d’ailleurs suffisamment grand pour n’en pas rajouter une quatrième.

    Remplaçant Natalie Dessay, qui en 2003 déjà avait déclaré forfait, Sonya Yoncheva le relève avec le brio propre à l’insouciance de sa jeunesse surdouée. Peut-être Olympia n’a-t-elle pas dans les variations et le suraigu, qui vont généralement de pair, la liberté fantasque d’un rossignol sans âme. Et Giulietta, qui chante sa Chanson dont la version abaissée et épurée, avant d’être purement et simplement supprimée, pour ménager Adèle Isaac, valeureuse et colorature sans doute, mais néanmoins humaine, manque parfois d’assise dans une tessiture sans cesse hésitante, et si peu gratifiante.

    Mais quel instinct, théâtral et musical – quel français aussi, d’un naturel, d’une clarté qu’on pensait l’avantage des natifs –, et quelle chair souple et lumineuse, qui dans Antonia ont l’évidence des mots – et maux – fatals diagnostiqués par le Docteur Miracle : « La grâce, la beauté, le talent, don sacré ! 

    Sourire en coin et regard perçant, Laurent Naouri refait ses quatre diables, toujours irrésistiblement noirs et cauteleux sous ses airs séducteurs, même si le timbre n’est plus qu’une ombre dès que la ligne se tend – qui plus est confronté à la basse rocailleuse de Laurent Alvaro, qui en Luther et Crespel se prend pour Fasolt et Fafner. Mais les valets de Jean-Paul Fouchécourt sont égaux à eux-mêmes, c’est-à-dire au-delà de la préciosité, quadruple incarnation d’un art du chant et du dire en voie d’extinction.

    Plus intelligible qu’en Médée de Charpentier – question d’accoutumance stylistique –, Michèle Losier n’en devrait pas moins méditer la leçon, Muse et Nicklausse trop bien élevés pour rivaliser avec le souvenir impertinent et gouailleur de Stéphanie d’Oustrac. Plus ténor, et souvent musicien, que poète alcoolique et névrotique, l’Hoffmann de John Osborn tient la distance avec davantage d’aplomb certes que de charme ténébreux – qu’importe dès lors ce suraigu hasardeux lancé telle une bravade en fin de parcours.

    D’autant qu’en enchaînant les trois premiers actes, Marc Minkowski ne lui laisse que peu de répit. Mais telle est la partition. Et pour cette raison même, le temps semble avoir manqué pour parfaire une interprétation qui ne retrouve plus, à partir du III, cette infinité d’accents qui animaient la Taverne de Luther et l’acte d’Olympia comme jamais. Venise en paraît bancal, succession de numéros enfin rendus à leur ordre musicologiquement correct plutôt qu’ensemble dramatiquement cohérent.

    Reste l’élan général d’une battue qui peut s’appuyer sur des Musiciens du Louvre Grenoble sémillants, un Ensemble vocal Aedes d’une infaillible limpidité, et une pléiade de seconds rôles emmenée par le Spalanzani illuminé d’Éric Huchet pour restituer la variété des climats, mieux encore, l’esprit trop longtemps malmené des Contes d’Hoffmann.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 22/11/2012
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert des Contes d’Hoffmann d’Offenbach sous la direction de Marc Minkowski à la salle Pleyel, Paris.
    Jacques Offenbach (1819-1880)
    Les Contes d'Hoffmann, opéra fantastique en cinq actes
    Livret de Jules Barbier d'après le drame de Jules Barbier et Michel Carré
    Édition critique de Michel Kaye et Jean-Christophe Keck (Schott – OEK Boosey & Hawkes, 2012)
    John Osborn (Hoffmann)
    Michèle Losier (La Muse / Nicklausse)
    Laurent Naouri (Lindorf / Coppélius / Docteur Miracle / Capitaine Dapertutto)
    Jean-Paul Fouchécourt (Andrès / Cochenille / Frantz / Pitichinaccio)
    Sonya Yoncheva (Olympia / Antonia / Giulietta)
    Sylvie Brunet (voix de la Mère)
    Laurent Alvaro (Luther / Crespel)
    Marc Mauillon (Hermann / Schlémil)
    Éric Huchet (Spalanzani)
    Julien Behr (Nathanaël)
    Ensemble vocal Aedes
    préparation du chœur : Mathieu Romano
    Les Musiciens du Louvre Grenoble
    direction : Marc Minkowski

     


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