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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Première au Théâtre des Champs-Élysées de Paris de la Médée de Cherubini mise en scène par Krzysztof Warlikowski, sous la direction de Christophe Rousset.

La cruelle chez les ploucs
© Vincent Pontet

Sans surenchère dans l’hystérie ni torrents d’hémoglobine, la lecture au scalpel du scénographe polonais Krzysztof Warlikowski fait de Médée l’une de nos semblables, victime et complice d’une société impitoyable, et réactive la violence stylisée par Luigi Cherubini, malgré une Nadja Michael à la vocalité quasi impossible dans le rôle-titre.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 14/12/2012
Olivier ROUVIERE
 



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  • Produite par la Monnaie en 2008, d’ores et déjà parue en DVD (BelAir), cette Médée a eu droit à son petit scandale le soir de la première au Théâtre des Champs-Élysées. L’ire du public conservateur s’étant tarie, cette avant-dernière représentation n’essuie qu’une faible houle de sifflets, bien difficiles à comprendre tant nous sommes loin des provocations de l’Iphigénie en Tauride signée par le même Warlikowski au Palais Garnier.

    Certes, l’univers du dramaturge polonais n’a rien de bien aimable. Mais devrait-il l’être ? C’est plutôt le caractère plausible de cet univers qui a dû gêner le public. Nous ne les connaissons que trop, cette piteuse salle polyvalente, éclairée au néon et couverte de tags, ce gymnase sordide, hanté d’hommes de main ventripotents, ces festivités tristes, ces discours convenus, ces moments de solitude dans la grisaille des centres commerciaux, cette glaciation des affects et de l’érotisme.

    Warlikowski évite pourtant l’anecdote : on ne saurait dire si sa Corinthe a été transposée dans un sinistre pays de l’Est (que semble annoncer le prologue filmé, une tristounette vidéo de mariage), au Texas ou dans la banlieue parisienne. Quoi qu’il en soit, notre quotidien ou les séries télévisées nous ont assez familiarisés avec les figures qu’il convoque pour que nous les reconnaissions aussitôt.

    Jason (prononciation à l’américaine), c’est ce surfer ou ce musicien rasta au sourire Colgate et aux dreadlocks faussement rebelles ; Créon, ce parvenu bling-bling, vaguement mafieux, qui veille comme un vautour sur sa fille ; Dircé, une pauvre Barbie aux yeux écarquillés par l’anorexie.

    Médée, elle aussi, est issue de ce milieu inculte, pourri par l’argent, privé de valeurs comme d’idéal ; mais, un jour, elle a rêvé d’ailleurs, d’art ou de beauté ; c’est une artiste, une ex-chanteuse, abîmée par la frustration, l’alcool et les sentiments non partagés – Warlikowski en fait un clone d’Amy Winehouse, tatouages, eye-liner, perruques et robe en latex inclus. Elle n’est ni meilleure, ni plus saine que ses adversaires – mais elle (y) croit encore, et cela suffit à l’ostraciser.

    La façon dont le dramaturge monte en épingle sa solitude est magnifique – que ce soit lors du second Finale (dont elle est exclue par la musique comme par le dispositif scénique) ou dans ses rapports avec ses enfants, petits monstres inconséquents, vite séduits par une paire de sun glasses.

    Avec un sens du détail qui fait mouche (la bouteille d’eau minérale de Créon) mais ne recule pas devant l’outrance type Actors Studio (après son infanticide, Médée revient, enceinte… des pyjamas ensanglantés de ses fils), le Polonais ne se contente pas d’actualiser le mythe : il nous rappelle, de façon finalement discrète, que nous le côtoyons tous les jours.

    Une telle lecture pourrait entrer en dichotomie avec le livret d’Hoffmann – car c’est heureusement l’opéra-comique en français, la version originale de 1797, si rarement donnée, qui a été choisie. On en a donc retranché les dialogues en alexandrins pour les remplacer par des échanges plus concis, volontairement triviaux, qui, en dépit d’une sonorisation indiscrète, ont pour mérite d’homogénéiser le propos, d’abolir la distance entre public d’aujourd’hui et esthétique d’hier.

    La superbe interprétation de Christophe Rousset entre aussi parfaitement en résonnance avec le parti pris théâtral : incisive, nerveuse, colorée, elle réussit à évoquer les fantômes de la rhétorique baroque (le jeu des ostinatos), à annoncer les puissantes harmonies beethovéniennes tout en restant extrêmement contemporaine, dans son expressivité crue. Elle se heurte hélas aux limites d’un orchestre trop rêche, peu souple, aux cuivres redoutables (les cors naturels), compensées par la bonne prestation du Chœur de Radio France.

    Côté solistes, le Jason à la voix mince mais bien projetée et musicale de John Tessier est au diapason, dans son évocation de la haute-contre à la française, comme la Dircé fraîche et fruitée d’Elodie Kimmel, hélas trop peu aguerrie pour rendre justice à sa redoutable aria. Dans le flatteur Ah nos peines, Varduhi Abrahamyan, timbre chaud et ligne ferme, délivre une vraie leçon de legato – tandis que le Créon engorgé de Vincent Le Texier se réfugie dans le parlando et que les deux Servantes s’avèrent incompréhensibles.

    Le gros point noir de cette production reste toutefois la Médée vociférante de Nadja Michael, qui rend indispensable le recours aux surtitres. Certes, l’interprète se montre scéniquement crédible, engagée, et possède un organe puissant, aux bas registre charnu, mais quelle bouillie sonore ! Quel festival de notes fausses, grossies, couvertes, rugies ! Les cris de cette Médée nous font excuser tous les Jason…




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 14/12/2012
    Olivier ROUVIERE

    Première au Théâtre des Champs-Élysées de Paris de la Médée de Cherubini mise en scène par Krzysztof Warlikowski, sous la direction de Christophe Rousset.
    Luigi Cherubini (1760-1842)
    Médée, opéra en trois actes (1797)
    Livret de François Benoît Hoffmann
    Version initiale de 1797

    Chœur de Radio France
    Les Talens Lyriques
    direction : Christophe Rousset
    mise en scène : Krzysztof Warlikowski
    décors et costumes : Malgorzata Szczesniak
    éclairages : Felice Ross
    conception vidéo : Denis Guéguin

    Avec :
    Nadja Michael (Médée), John Tessier (Jason), Elodie Kimmel (Dircé), Vincent Le Texier (Créon), Varduhi Abrahamyan (Néris), Ekaterina Isachenko (Première Servante), Anne-Fleur Inizan (Seconde Servante).

     



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