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CRITIQUES DE CONCERTS 21 octobre 2018

Récital de la pianiste Yuja Wang dans le cadre de Piano**** à la salle Pleyel, Paris.

Persistance du mystère Wang
© Aline Paley

Ce nouveau récital de Yuja Wang salle Pleyel ne dissipe en rien les questions soulevées par ses précédents concerts. Pourquoi cette jeune personne hyper douée et si musicienne continue-elle à privilégier un piano purement athlétique et racoleur à celui, tellement plus raffiné et intéressant qu’elle sait proposer par instants ? Le mystère reste entier.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 22/01/2013
Gérard MANNONI
 



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  • On aimerait vraiment pouvoir varier ses commentaires et trouver du nouveau à raconter sur l’art de Yuja Wang. Par exemple, dire qu’elle a enfin décidé de mettre en valeur sa merveilleuse musicalité, sa délicatesse de toucher (quand elle veut) et l’instinct qui lui permet d’aborder des compositeurs très différents, plutôt que la technique vertigineuse qu’elle possède et qui, c’est vrai, est une sorte de phénomène fascinant, y compris dans une génération où tout le monde rivalise en la matière.

    D’ailleurs, tout avait bien commencé mardi soir. Pour le piano de Debussy est un enchantement de sonorités irisées, de nuances subtiles, avec un toucher de rêve, un son magique, une lumière totalement pure. Qu’il s’agisse de Prélude, de Sarabande ou de Toccata, on plane dans un bien-être sonore et sensible absolu. On se dit : nous y voilà ! Elle se décide enfin à utiliser cette maîtrise quasi inhumaine de l’instrument à des fins exclusivement musicales.

    Notre joie sera hélas de courte durée. Après une Sixième Sonate de Scriabine assez indifférente, nous avons droit à une Valse de Ravel version piano dans un tempo infernal, le plus étrange étant que dans ce déferlement torrentiel de notes, l’essentiel des accents parviennent à ressortir. Mais du bal maléfique au climat mortifère de l’œuvre originale ne reste qu’une tonitruante course poursuite contre la montre. En trois quarts d’heure, la première partie du programme était bouclée.

    Après l’entracte, nouvelle robe, révélant très généreusement des jambes ravissantes perchées sur des stilettos dont on s’étonne qu’ils ne perturbent pas le jeu de pédales de l’interprète. Mais non. Le contrôle des pieds est aussi parfait que celui des mains qui, dans un programme à dominante Rachmaninov, continuent à être partout à la fois sur le clavier à une allure supersonique, avec de trop rares accalmies comme l’Élégie op. 3 n° 1.

    La transcription du Scherzo du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, le Moment musical op. 16 n° 4 et la Sonate n° 2 permettent à la pianiste de montrer une fois encore que ses doigts peuvent défier toutes les vitesses et ses bras toutes les intensité, en souplesse, avec des ruissellement quasi orchestraux, pas toujours désagréables à entendre d’ailleurs, mais finissant par ne plus raconter grand chose.

    Ce n’est pas le Gargoyles op. 29 du compositeur américain Lowell Liebermann, autre démonstration de haute voltige pianistique accumulant entre autres des dégringolades d’accords à donner le tournis, qui vient troubler ce climat dominé par l’obsession de démontrer que Yuja Wang peut jouer plus vite que son ombre. Et à 21h 45, ce lourd programme était bouclé.

    Reconnaissons qu’ici et là, dans ce tumulte permanent, surgissent quelques instants où l’on retrouve les très fines qualités musicales que cette interprète inclassable sait montrer, et donc qu’elle possède. Mais quelle frustration d’ensemble et quel goût pour l’exhibition, car le public marche !

    Plus ça va vite, plus il crie lui aussi, comme pour les chanteurs. Plus c’est fort, plus on applaudit. Malgré tout, on reste convaincu du potentiel profond et rare que possède Yuja Wang et l’on attend avec patience qu’elle veuille bien s’y tenir, maintenant que l’on sait qu’elle est la pianiste la plus rapide de l’Ouest…et de l’Est.

    Un test la révèlera certainement sous un tout autre jour : elle joue le 26 janvier avec les solistes du Philharmonique de Berlin le Trio pour piano et cordes n° 3 de Brahms dans l’intégrale de l’œuvre de chambre du compositeur programmée par Piano****.

    Solidement encadrée, elle ne devrait pas y trouver la possibilité de s’y livrer à ses folies digitales et ne devrait y montrer que le meilleur d’elle-même.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 22/01/2013
    Gérard MANNONI

    Récital de la pianiste Yuja Wang dans le cadre de Piano**** à la salle Pleyel, Paris.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Pour le piano
    Alexander Scriabine (1872-1915)
    Sonate n° 6 en sol majeur op. 62
    Maurice Ravel (1875-1937)
    La Valse
    Sergei Rachmaninov (1873-1943)
    Élégie en fa# mineur op. 3
    Felix Mendelssohn-Bartholdy
    Scherzo du Songe d’une nuit d’été op. 61
    Transcription de Rachmaninov
    Sergei Rachmaninov
    Moment musical op. 16 n° 4 en mi mineur
    Lowell Liebermann (*1961)
    Gargoyles op. 29
    Sergei Rachmaninov
    Sonate n° 2 en sib mineur op. 36
    Yuja Wang, piano

     


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