altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 11 juillet 2020

Création de l'Amour de loin de Kaija Saariaho au Festival de Salzbourg

Un penchant si français
© Marie-NoĂ«lle Robert

© Marie-Noëlle Robert

Le premier opéra de la compositrice finnoise Kaija Saariaho constituait le véritable événement du festival de Salzbourg cette année. Bien que réunissant des personnalités très cosmopolites, le spectacle s'est révélé un hymne imprévu à la langue française.

 

Felsenreitschule, Salzburg
Le 15/08/2000
Antoine Livio (1931-2001)
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • RĂ©ouverture

  • Des tĂ©nèbres Ă  la lumière

  • RĂ©chauffement climatique

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • En situant son premier opĂ©ra Ă  l'âge des troubadours, Kaija Saariaho a optĂ© pour un univers proche du symbolisme idĂ©aliste, avec ce thème de la femme inaccessible et pure, dont l'amour est nimbĂ© de mystère et d'une certaine mystique, dans cette quĂŞte de la sĂ©rĂ©nitĂ©, oĂą se retrouvent Odilon Redon, Henri Martin et Gustave Moreau. Mais cet Amour de loin peut aussi paraĂ®tre le symbole de cette musique de France Ă  laquelle rĂŞvait la compositrice finlandaise, avant qu'elle ne s'installe Ă  Paris, en 1982, pour parfaire ses Ă©tudes Ă  l'Ircam. Car c'est bien de musique française qu'il s'agit, d'un hĂ©ritage de couleurs foisonnantes qui embrasse d'un mĂŞme souffle les troubadours et Ravel, Messiaen et les expĂ©riences des musiques spectrales. Kent Nagano, Ă  la tĂŞte de l'Orchestre de la Radio de Baden-Baden et Fribourg (en Brisgau), a perçu ces divers courants, a su les fondre en un discours cohĂ©rent, pour en obtenir une spatialisation, avec l'aide discrète des ingĂ©nieurs de l'Ircam.

    Mais l'histoire véridique du prince-troubadour Jaufré Rudel, Kaija Saariaho l'a confiée à l'écrivain libanais, Amin Maalouf, qui s'en est saisi pour l'habiller de sentiments profonds, en un verbe d'une grande beauté. Le prince de Blaye, troubadour refusant la volupté de son siècle, chante une femme lointaine à laquelle il rêve. Lorsqu'il apprend d'un pèlerin que cette femme existe, puis qu'elle connaît ses chants, il se croise et part pour Tripoli rencontrer son Amour de loin. Suite aux fatigues de la traversée, il mourra aux pieds de la comtesse Clémence.

    Le texte de Maalouf, qui s'enrichit de certaines références aux vers de Rudel, offre à la compositrice un apport rythmique non négligeable. Car le français étant une des rares langues à ignorer l'accentuation syllabique - ce qui le rend si périlleux pour le chant – c'est à l'audace des images poétiques de Maalouf que répond la fantaisie de la compositrice, laquelle fait chanter les mots avec une aisance rare.

    Cela explique que les trois interprètes, dont aucun n'est de langue française, aient pu rendre le texte intelligible : on suit l'histoire, d'autant plus que Peter Sellars l'éclaire d'une mise en scène simple mais éloquente, trop inspiré par l'Orient pour ne pas avoir saisi le pouvoir de cette gestique dépourvue de toute préciosité. La scénographie, stylisée au maximum par George Tzypin, montre une tour toulousaine à jardin et l'équivalent d'un minaret à cour. Entre eux la mer, sur laquelle une barque (celle de Tristan ou d'Isis, celle de la mort !) lentement conduit Rudel vers la comtesse Clémence. Tantôt rapide, tantôt lente, l'action se déroule en deux heures, sans monotonie, l'orchestre étant à la fois décor et confidence du non-dit, entre ces deux êtres qui ne se parlent que par le truchement d'un pèlerin mystérieux, auquel Dagmar Peskova prête sa voix profonde et l'intelligence de son jeu.

    Dwayne Croft est un prince de Blaye qui chante comme d'autres parlent, avec intériorité et charisme. Face à lui, Dawn Upshaw crée cette beauté, dont la musique la pare, avec son chant, avec ses gestes, avec cette façon d'attendre, montant et descendant l'escalier de sa tour, comme on s'élève, pour ensuite mieux descendre en soi-même. Et les choeurs si présents dans l'ouvrage, Sellars les a placés hors de l'action comme pour conserver leur solitude entière aux protagonistes, dans leur lente approche, l'un vers l'autre.




    Felsenreitschule, Salzburg
    Le 15/08/2000
    Antoine Livio (1931-2001)

    Création de l'Amour de loin de Kaija Saariaho au Festival de Salzbourg
    L'amour de loin de Kaija Saariaho
    Sur un livret d'Amin Maalouf
    SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg
    Choeur Arnold Schoenberg
    Son : IRCAM.

    Direction musicale : Kent Nagano
    Mise en scène : Peter Sellars
    DĂ©cor : George Tzypin
    Costumes : Martin Pakledinaz
    Dramaturgie : Alain Patrick Olivier

    Avec Dawn Upshaw (Clémence, Comtesse de Tripoli), Dagmar Peskova (le Pèlerin), Dwayne Croft (Jauffré Rudel, Prince de Blaye et Troubadour).

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com