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CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2018

Version de concert de la Damnation de Faust de Berlioz sous la direction de Tugan Sokhiev à la salle Pleyel, Paris.

Damnée Marguerite

Olga Borodina n’aura cette fois pas abandonné la tournée du Capitole de Toulouse. Mais peut-elle encore chanter Marguerite de la Damnation de Faust ? Sous la baguette d’un Tugan Sokhiev aux prises avec le génial patchwork berliozien, la mezzo russe écrase sans convaincre des partenaires au format forcément plus modeste, laissant l’orchestre seul se couvrir de gloire.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 11/02/2013
Mehdi MAHDAVI
 



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  • En mai 2011, c’est au complet, chœur et orchestre donc, que le Capitole de Toulouse avait fait le voyage à Paris pour une version de concert de Samson et Dalila. Mais Olga Borodina leur avait alors fait défaut, comme à Ben Heppner les aigus du héros d’Israël. Prélude à une tournée européenne, la Damnation de Faust de Berlioz dirigée à la salle Pleyel par Tugan Sokhiev n’a pas été loin de subir le même sort, privée du docteur de Paul Groves et du Méphisto de John Relyea. Quant au Chœur du Capitole, il n’a pu, pour des raisons de planning, prendre part à l’aventure, cédant la place à l’Orfeón Donostiarra, ample et beau de son, mais fatalement moins idiomatique.

    Sans atteindre toutefois le degré d’exotisme d’Olga Borodina, qui ne pouvait encore une fois manquer son rendez-vous avec le public parisien. Depuis quand d’ailleurs n’avions-nous plus entendu la mezzo russe ? Dix, douze ans peut-être, qui pèsent inexorablement sur une carrière de plus d’un quart de siècle. Pourtant, si l’aigu, qui déjà dans ses Eboli à la Bastille manquait d’aisance, paraît écourté, parfois même rêche, et surtout rétif à l’allègement, le médium a conservé son étoffe somptueuse, et le grave, sépulcral, fait toujours trembler les murs. Son et style cependant ne s’accordent guère, et la ligne, hier souple, même presque agile, s’est empâtée.

    Tant et si bien que cette Marguerite frise le hors sujet dès une entrée qui multiplie au-delà du concevable le volume jusqu’alors modeste du chant – « Que l’air est étouffant ! J’ai peur comme une enfant ! » Qui y croirait ? Empêtrée dans des changements de registres désormais pires que laborieux, sa Chanson gothique passe à côté du détachement rêveur d’une rythmique hypnotique, qui plus est lestée par une accentuation totalement anarchique du français. Et dans le duo puis le trio, la propension de cette ogresse à ne faire qu’une bouchée de Faust et Méphisto tourne à la plaisanterie.

    Pas étonnant que Bryan Hymel trébuche sur son premier contre-ut dièse – qu’il rattrape en négociant habilement, voire élégamment le second. Passé relativement inaperçu dans les Troyens à Covent Garden en juin dernier – mais il est vrai que la planète lyrique y attendait Jonas Kaufmann comme le Messie –, le ténor américain y a depuis fait sensation dans le rôle-titre de Robert le Diable, avant de remplacer l’Énée de Marcello Giordani au Met et en HD dans les cinémas du monde entier.

    Malgré les très estimables atouts d’une diction châtiée et d’une tessiture égale, son Faust ne mérite ni l’un ni l’autre, comme estompé par un timbre aussi peu projeté que disgracieux et un souffle si admirablement serein que la ligne en perd tout possibilité de relief – tant pis pour l’Invocation à la nature, tout sauf « immense, impénétrable et fière. » Persistant à jouer du tuba plutôt que de se couler dans les galbes frémissants du cor anglais de Gabrielle Zaneboni, la Borodina l’avait précédé dans une Romance au phrasé définitivement chaotique.

    Diable d’opérette – Méphisto ne l’est-il pas au fond ? –, Alastair Miles ne peut surmonter une couleur uniformément grisonnante, mais sait au moins ce qu’il chante, et surtout dans quelle langue, souvent mordante – celle de René Schirrer le serait plus encore si l’orchestre laissait ne serait-ce qu’une chance à Brander de se faire entendre.

    Pas plus que dans Samson et Dalila, Tugan Sokhiev ne parvient à nous convaincre qu’il parle la musique française sans accent. Au point que l’on finit par se demander si le choix de la Damnation de Faust découle d’affinités artistiques profondes ou de la capacité de la partition à exhiber l’orchestre sous son jour le plus virtuose, dans un répertoire qui lui reste indéfectiblement associé.

    Sous cette baguette qui ne trouve qu’à tâtons la juste pulsation de chaque numéro, et du même coup échoue à percer le mystère de l’unité d’une légende dramatique en forme de génial patchwork, le Capitole joue dès lors avec l’ostentation d’une phalange en tournée. Sans doute une plus grande précision des réglages acoustiques commandés par le passage de la Halle aux grains à la salle Pleyel aurait-elle permis d’atténuer les déséquilibres d’une dynamique davantage portée sur l’éclat que sur la subtilité. Mais enfin quelles couleurs. Et quelle santé !




    Salle Pleyel, Paris
    Le 11/02/2013
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert de la Damnation de Faust de Berlioz sous la direction de Tugan Sokhiev à la salle Pleyel, Paris.
    Hector Berlioz (1803-1869)
    La Damnation de Faust, légende dramatique en quatre parties (1846)
    Livret du compositeur et d’Almire Gandonnière d’après le Premier Faust de Goethe dans la traduction de Gérard de Nerval
    Olga Borodina (Marguerite)
    Bryan Hymel (Faust)
    Alastair Miles (Méphistophélès)
    René Schirrer (Brander)
    Orfeón Donostiarra
    chef de chœur : José Antonio Sainz Alfaro
    La Lauzeta, chœur d’enfants de Toulouse
    chef de chœur : François Terrieux
    Orchestre National du Capitole de Toulouse
    direction : Tugan Sokhiev

     


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