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CRITIQUES DE CONCERTS 26 octobre 2014

Récital du pianiste Evgeni Kissin à la salle Pleyel, Paris.

Magistral Evgeni Kissin

Evgeni Kissin dédiait ce concert à la mémoire de son père récemment décédé. Mais même dans la tristesse, il reste un pianiste rayonnant du bonheur de jouer. Avec un public dans sa majorité fanatique quelles que soient les œuvres à son programme, l’échange se conclut en ovations d’une salle archicomble levée d’un bloc la dernière note jouée.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 02/03/2013
Claude HELLEU
 



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  • Ce plaisir de jouer, Evgeni Kissin en rayonne dès les premières notes de la Sonate n° 59 de Haydn. La précision déliée du pianiste en privilégie le dynamisme sur l’intimisme que peut avoir l’œuvre. Le legato de l’Adagio chante une joie souriante et le Finale la prolonge en élans contagieux. Nous nous laissons irrésistiblement emmener dans leur humeur heureuse.

    Suit l’Opus 111. Contraste absolu, attaque saisissante. Kissin empoigne le destin. À nous deux !, semble dire Beethoven par la voix de son interprète, Qui commande ? La lutte épique assume magnifiquement ses tumultes. L’audace du pianiste rejoint celle du compositeur, l’exalte, la porte à ses paroxysmes.

    Dynamique furieusement contrastée, héroïsme des rythmes pointés, basses impressionnantes, point d’orgue… tentative de conciliation aussitôt balayée, octaves époustouflantes, accords syncopés affirmés, déferlements éblouissants imposent l’affrontement. Beethoven n’est pas un homme de demi-mesures. À son image, Kissin ose, tempête, défie et gagne. Sans la moindre concession, sans la moindre dureté du jeu maître de ce combat grandiose.

    Après la colère, le recueillement. Apaisé, le pianiste entre dans le mystère de l’Arietta. Habite l’immense phrasé de ce mouvement vers l’infini. Au cœur de ses interrogations, l’espérance triomphe. Fi de la désolation. La main gauche rassure, la droite proteste, leurs voix se mêlent dans une polyphonie au souffle inépuisable.

    Entre elles le rythme se resserre, s’intensifie, s’accélère, s’allège dans un trille en diminuendo, là-haut, dans une spiritualité éthérée, la main gauche affirmée dans ses profondeurs cinq octaves plus bas, sans une pause se transfigure pour atteindre l’ampleur orchestrale de son expressivité. Force et élévation épurées mais inflexibles conquièrent la sérénité.

    À quarante ans, Kissin pénètre le parcours de la dernière sonate de Beethoven dans une inspiration sublimée – l’événement de ce récital. Moins évidente est l’interprétation de quatre Impromptus de Schubert, si brillante soit-elle. Personnalisés parfois au détriment de leur spontanéité, ils sont là pièces magistrales chargées d’intentions intensément réfléchies.

    L’autorité prend le pas sur la nostalgie du premier et dramatisme son lyrisme, certes superbement passionné. La fraîcheur du deuxième s’alourdit, quelque peu maniérée, sous l’insistance fiévreuse de ses agitations, accents martelés impératifs.

    Caractérisation recherchée et vivacité des variations du troisième se confrontent, danses décidées ornées de guirlandes éblouissantes, mélancolie devenue réflexion. La fougue du quatrième, sauvage, haut en couleurs, fulgurant, conclut l’interprétation puissante ainsi voulue par un pianiste riche de tous les moyens pour l’imposer.

    Cette technique sans faille s’épanouit dans les feux d’artifice de la dernière œuvre au programme, la Douzième Rhapsodie hongroise de Liszt. Kissin peut techniquement tout se permettre, et ne s’en prive pas. L’excitation de relever les défis d’une virtuosité diabolique les transcende. L’ampleur orchestrale du piano reprend ses droits, somptueuse.

    Vertiges grisants, grondements hallucinés des basses, accords majestueux ou en rafales, les prouesses se multiplient, lave d’un volcan en fantastique éruption. Salué d’une salle debout et hurlante dès la dernière note de ce stupéfiant engagement. Tout à ce bonheur partagé, Kissin le prolonge en enchaînant bis sur bis sans la moindre fatigue.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 02/03/2013
    Claude HELLEU

    Récital du pianiste Evgeni Kissin à la salle Pleyel, Paris.
    Joseph Haydn (1732-1809)
    Sonate n° 59
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate n° 32 en ut mineur op. 111
    Franz Schubert (1797-1828)
    Impromptu en fa mineur op. 142 n° 1
    Impromptu en si majeur op. 142 n° 3
    Impromptu en solb majeur op. 90 n° 3
    Impromptu en lab majeur op. 90 n° 4
    Franz Liszt (1811-1886)
    Rhapsodie hongroise n° 12
    Evgeni Kissin, piano

     


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