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CRITIQUES DE CONCERTS 20 mai 2018

Première à Angers Nantes Opéra de l’Enlèvement au sérail de Mozart dans la mise en scène d’Alfredo Arias, sous la direction de Sascha Goetzel.

Un sérail inexploité
© Jef Rabillon

Coproduit avec l’Opéra de Montpellier, l’Enlèvement au sérail présenté au Théâtre Graslin hésite entre l’onirisme philosophique de la scénographie de Roberto Platé, l’épure wilsonienne des costumes d’Adeline André et la direction d’acteurs nonchalante d’Alfredo Arias. La baguette de Sascha Goetzel n’oriente pas davantage un plateau au potentiel vocal inégalement épanoui.
 

Théâtre Graslin, Nantes
Le 15/03/2013
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Pour son retour supposé attendu sur la scène lyrique après huit ans d’absence, Alfredo Arias n’aura donc joué ni la carte de la turquerie, il est vrai tombée en désuétude, ni même celle du Pays de Tendre – sinon pour sombrer dans le lac d’Indifférence. Roberto Platé a pourtant imaginé pour cet Enlèvement au sérail coproduit par l’Opéra de Montpellier, où il a été créé le mois dernier, et Angers Nantes Opéra, un joli décor de palais renversé – et partant suffisamment énigmatique pour ouvrir le champ des possibles.

    Le pacha Selim serait-il à ce point muré en lui-même qu’il ait voulu, pour se donner ainsi qu’à ses captifs l’illusion de la liberté, enfermer dans sa demeure aux portes et fenêtres grandes ouvertes le ciel, la mer et l’horizon même ? Mais rien dans la mise en scène ne relaie cette interprétation peut-être un peu contournée. Au contraire, l’Argentin accumule les poses et clichés d’opéra avec une ingénuité qui confine à la nonchalance de la part d’un homme de théâtre réputé turbulent.

    L’hiatus est complet avec l’épure pastel des costumes d’Adeline André, tout droit sortis d’un spectacle de Robert Wilson, et d’ailleurs trop ostensiblement signés par cette figure de l’ancienne avant-garde de la haute couture pour répondre à une quelconque nécessité dramaturgique. Ils ne sont dès lors qu’un élément de plus dans cette production hétéroclite, qui juxtapose les talents sans véritablement les exploiter.

    À commencer par celui du comédien Markus Merz, Selim invisible ou muet, troublé et troublant, dont l’explosion finale semble par conséquent incongrue. Même François Piolino, ailleurs si naturellement acteur, fait sans plus de conviction ce qu’on lui demande, c’est-à-dire le pitre, alors que son ténor franc et net, mais assoupli par la sérénade du III, s’avère un peu court pour les élans batailleurs de Pedrillo.

    De même, Osmin est réduit à chercher les rires faciles, voire gras, sans que le zèle homicide qui soudain se retourne contre son maître n’enrichisse son personnage, autour duquel la mise en scène est d’ailleurs censée tourner. Le menton contre la poitrine, Jan Stava se fabrique une basse certes légère, mais crédible, et même non sans beauté – car s’il atteint des profondeurs insondables, le gardien du sérail n’est pas non plus Fafner.

    Blonde idiomatique, Beate Ritter a le piquant indispensable pour résister à une fosse qui jamais ne pétille. C’est qu’à force de tenter de creuser le galbe de la phrase, Sascha Goetzel perd la vitalité de la pulsation mozartienne. À moins que le chef autrichien ne se complaise dans ces rallentandi qui, notamment dans les passages notés ad libitum de l’introduction de Martern aller Arten, virent au maniérisme. Il n’en trouve pas moins le mouvement juste dans le quatuor final du II, qui n’en paraît que plus miraculeux.

    Reste qu’en dépit d’un certain soin porté à la couleur, l’Orchestre national des Pays de la Loire achoppe une nouvelle fois sur les exigences du répertoire classique, notamment en terme de cohésion des attaques – étaient-ce les mêmes musiciens qui dans Falstaff faisaient preuve d’une infaillible réactivité rythmique ?

    Dans la production de Lucio Silla présentée sur la scène du Théâtre Graslin en mars 2010, ces mêmes réserves étaient balayées par la Giunia prodigieuse de Jane Archibald. On ne peut malheureusement pas en écrire autant de la Konstanze d’Elena Gorshunova. Cueilli à froid par Ach, ich liebte, le timbre encore crispé de la soprano russe peine à moduler les larmes de Traurigkeit. Aigu en place et vocalise fluide, Martern aller Arten impressionne sans le moindre doute, mais dans les limites d’un air de concours, et sans que cette voix longue et prometteuse y atteigne son plein épanouissement.

    À l’instar du pacha Selim, mais assurément pas pour les mêmes raisons, c’est face à Belmonte qu’il convient finalement de rendre les armes. Car par la grâce virile de l’instrument, l’aigu aisé et lumineux, et peut-être plus encore cette ligne longue et frémissante, Frédéric Antoun incarne un certain idéal du ténor mozartien.




    Théâtre Graslin, Nantes
    Le 15/03/2013
    Mehdi MAHDAVI

    Première à Angers Nantes Opéra de l’Enlèvement au sérail de Mozart dans la mise en scène d’Alfredo Arias, sous la direction de Sascha Goetzel.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Die Entführung aus dem Serail, Singspiel en deux actes (1782)
    Livret de Gottlieb Stephanie Jr. D’après Bretzner

    Chœurs d’Angers Nantes Opéra
    Orchestre National des Pays de la Loire
    direction : Sascha Goetzel
    mise en scène : Alfredo Arias
    décors : Roberto Platé
    costumes : Adeline André
    éclairages : Jacques Rouveyrollis

    Avec :
    Elena Gorshunova (Konstanze), Frédéric Antoun (Belmonte), Beate Ritter (Blonde), François Piolino (Pedrillo), Jan Stava (Osmin), Markus Merz (Pacha Selim).

     



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