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CRITIQUES DE CONCERTS 17 aoűt 2019

Nouvelle production de Tannhäuser de Wagner dans une mise en scène de Keith Warner et sous la direction de Constantin Trinks à l’Opéra national du Rhin.

Tannhäuser en roue libre
© Alain Kaiser

Bien loin de son Lohengrin resté dans les annales de Bayreuth, Keith Warner déçoit dans un Tannhäuser strasbourgeois desservi par une direction d’acteur en roue libre. Une production de surcroît bien médiocrement chantée, dont on se souviendra pour la confirmation d’une excellente baguette d’outre-Rhin, pourtant peu aidée par un orchestre à la dérive.
 

Opéra du Rhin, Strasbourg
Le 30/03/2013
Yannick MILLON
 



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  • Son Lohengrin futuriste façon OdyssĂ©e de l’espace avait fait les belles heures du Bayreuth du dĂ©but des annĂ©es 2000, malgrĂ© un certain traditionalisme de conception qui n’empĂŞchait pas une rĂ©elle discipline dans la direction d’acteurs. C’est exactement le contraire qui se produit dans ce Tannhäuser conçu pour l’OpĂ©ra de Strasbourg.

    Keith Warner y prend nettement plus de libertés avec la lettre, mais se contente paradoxalement des stéréotypes du jeu de scène opératique, gestes outrés et déplacements inutiles, ne parvenant jamais à canaliser un couple Vénus-Tannhäuser en roue libre, lui surtout, téléphonant, exagérant chaque attitude.

    Pourtant, la scénographie était riche de promesses, bordel chic Belle Époque pour le Venusberg, tournoi de chanteurs dans le même décor transformé en petit théâtre, dernier acte dans ses ruines. Mais Warner affuble sans grande réussite la déesse tentatrice d’un enfant conçu on ne sait avec le troubadour ou le Landgrave, et transforme ses soldats-pèlerins en gueules cassées de la Grande Guerre au retour de Rome.

    Tout du long, une espèce de cage métallique occupe avec anachronisme le centre de la scène depuis les cintres. Elisabeth, après s’être pendue à l’issue de sa prière désespérée, y réapparaîtra au final tête en bas, les bras tendus vers son héros pour lui offrir l’absolution refusée par le Pape, dans une image pas vraiment heureuse.

    On sait la partition – mélange habituel des versions de Dresde et Paris – ingrate pour les chanteurs, et notamment le rôle-titre, confié ici à Scott MacAllister, voix vraiment trop ouverte et manières peu élégantes, attaques rugueuses ou débraillées. Avec sa typologie à la Gerhard Stolze, l’Américain, qui ne tient en outre pas la distance, passant ses aigus les plus athlétiques en falsetto, serait plutôt un Mime idéal.

    L’Elisabeth de Barbara Haveman, trop opulente, en rien soprano blond, n’est pas plus convaincante, et malgré quelques nuances ne parvient pas à se dépêtrer d’un vibrato lâche. Jochen Kupfer développe un format généreux, à l’émission très typée, entre rondeur et métal, à la Thomas Quasthoff, qui ne manque pas de qualités, mais on le sent à l’étroit en Wolfram, apanage des grands schubertiens.

    Béatrice Uria-Monzon, qui produit du beau son, s’avère trop peu attentive aux mots pour faire passer le poison tentateur de Vénus, et commence à accuser une sérieuse instabilité de l’aigu, d’autant plus flagrante aux côtés du Pâtre idéal de tendresse enfantine, sans une once de vibrato parasite, de la toute jeune Odile Hinderer.

    Le vétéran Kristinn Sigmundsson, un peu à la peine dans un aigu rattrapé par les ans, possède toujours une déclamation d’authentique wagnérien qui s’impose d’emblée en Hermann, autant que Gijs Van der Linden fait souffler un vent d’amour courtois sur les couplets rétablis de Walther.

    Mais cette soirée était surtout l’occasion de réentendre, après sa prestation remarquée dans la Fiancée vendue au Palais Garnier, une baguette que s’arrachent les scènes d’outre-Rhin, celle de Constantin Trinks, déjà salué dans ces colonnes pour un Chevalier à la rose dresdois.

    Est-ce le fait d’avoir été assistant de Thielemann à Bayreuth en 2002, déjà pour Tannhäuser ? Toujours est-il que le jeune maestro propose une lecture très contrastée, usant de tout le pouvoir expressif du rubato, avec une incroyable souplesse et un art de la relance du tempo, des suspensions expressives ne brisant jamais la continuité.

    Et pourtant, il n’est pas aidé par un Orchestre philharmonique de Strasbourg évoluant sur des œufs, jusqu’à un prélude de III cafouilleux d’attaques des vents. À l’inverse, même si les voix féminines n’ont pas l’homogénéité de celles des hommes, on ne peut que saluer le travail du Chœur de l’Opéra du Rhin, magnifique de présence et de densité sonore.




    Opéra du Rhin, Strasbourg
    Le 30/03/2013
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Tannhäuser de Wagner dans une mise en scène de Keith Warner et sous la direction de Constantin Trinks à l’Opéra national du Rhin.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Tannhäuser oder der Sängerkrieg auf Wartburg, grand opéra romantique en trois actes (1845)
    Livret du compositeur
    MĂ©lange des versions de Dresde et Paris

    Chœurs de l’Opéra national du Rhin
    Orchestre philharmonique de Strasbourg
    direction : Constantin Trinks
    mise en scène : Keith Warner
    décors : Boris Kudlicka
    costumes : Kaspar Glarner
    Ă©clairages : John Bishop
    préparation des chœurs : Michel Capperon

    Avec :
    Scott MacAllister (Tannhäuser), Barbara Haveman (Elisabeth), Béatrice Uria-Monzon (Vénus), Jochen Kupfer (Wolfram von Eschenbach), Kristinn Sigmundsson (Hermann), Gijs Van der Linden (Walther von der Vogelweide), Roger Padullés (Heinrich der Schreiber), Raimund Nolte (Biterolf), Ugo Rabec (Reinmar von Zweter), Odile Hinderer (un Pâtre).

     



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