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CRITIQUES DE CONCERTS 20 août 2018

Nouvelle production de Lady Macbeth de Chostakovitch dans une mise en scène d’Andreas Homoki et sous la direction de Teodor Currentzis à l’Opéra de Zurich.

Chostakovitch électrisé

Alors qu’Andreas Homoki traque toutes les pistes du grotesque dans sa mise en scène drôle et cruelle, le jeune chef sibérien Teodor Currentzis transcende la Lady Macbeth de Chostakovitch par une lecture survoltée, en zébrures, gerbes de violence et noirceur exacerbée, à la tête de forces zurichoises qu’on n’avait jamais connues aussi engagées.
 

Opernhaus, Zürich
Le 17/04/2013
Yannick MILLON
 



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  • Une remarque préliminaire. Coincé pendant près de deux heures entre l’entrée de Zurich et l’Opéra dans des embouteillages abominables qui sont, paraît-il, monnaie courante alors que les travaux pharaoniques sur les infrastructures routières des abords de la ville sont terminés, nous avons raté les dix premières minutes du spectacle, avant d’être aimablement placés en salle.

    La mise en scène d’Andreas Homoki jouant d’un décor unique, on suppose n’avoir pas raté d’information fondamentale. On retiendra avant tout du spectacle une volonté de débusquer du grotesque à chaque coin de la dramaturgie, alors qu’il est généralement cantonné aux scènes du Pope et des policiers. Couleurs bariolées, grand charivari chromatique des costumes, l’action se déroule dans une espèce d’arène de cirque, flanquée d’un énorme conteneur rouillé faisant office de lieu de vie, et d’enfermement, pour Katerina.

    L’idée de placer les musiciens de l’orchestre de cuivres supplémentaire au cœur de la mise en scène, en gros clowns guidés par un balourd miteux à mi-chemin entre le Joker de Batman et Alex DeLarge d’Orange mécanique, fonctionne, comme certains traits de cruauté rajoutés de manière a priori badine à une histoire déjà bien sordide.

    Ainsi, pendant les coups de fouet de l’odieux Boris à l’amant de sa bru, ses forces lui faisant défaut pour les coups de cravache, le vieillard tyrannique besognera la pauvre Katerina bien en rythme sur un muret, et le Pope finira lui aussi au bagne, sous les traits du Vieux bagnard du livret.

    Reste qu’au final, trop d’ironie tue l’ironie, et si le principe, répondant plutôt bien à la musique déglinguée de l’opéra, fonctionne jusqu’à l’acte III, le dernier tableau, où le visuel jure constamment avec la détresse et la solitude suicidaire de l’héroïne, ne fonctionne vraiment pas, au point de devoir fermer les yeux pour en éprouver la gravité.

    Et pourtant, ce drame de toutes les cruautés était porté à son acmé par la prestation de fosse de Teodor Currentzis. Avouons d’ailleurs que c’est avant tout pour le jeune trublion greco-russe installé en Sibérie que l’on avait fait le déplacement, sachant qu’il est l’un des rares chefs de notre époque à savoir encore incendier à ce point une représentation lyrique.

    Jamais ainsi on avait entendu l’Orchestre de l’Opéra de Zurich, rebaptisé récemment Philharmonia Zürich, jouer avec une telle concentration, une telle énergie dans des coups d’archet tranchants comme de l’acier, avec une intensité folle et un engagement physique permanent. Impossible de ne pas être plongé au cœur de l’enfer de Katerina devant un tel relief des attaques, une telle intuition dans l’appui cruel sur les dissonances, l’élaboration d’atmosphères mahlériennes – la scène nocturne du I –, des climats d’attente distillés au couteau, des accents creusés, des timbres pleins – des contrebasses au nombre de cinq et pourtant gigantesques.

    On en oublierait presque la distribution et la mise en scène, tant l’œil s’attarde sur la fosse. Devant des options musicales aussi musclées, il fallait à l’évidence des voix de poids. Gun Brit-Barkmin parvient à ne jamais disparaître dans la masse orchestrale, au prix de considérables verdeurs défigurant le rôle-titre, et malgré une réelle tenue dans la nuance piano, qui s’évanouit dès lors que la voix se développe.

    Brandon Jovanovich est l’archétype du grand lyrique toutes vannes ouvertes, Sergeï juste assez arrogant juste assez veule, belle grande gueule qui en jette d’emblée, avant que l’on comprenne chemin faisant sa dramatique inconstance. Benjamin Bernheim, pas raté avec ses chaussettes jusqu’aux genoux, ses lunettes façon ex-RDA et sa raie plaquée sur le front, affiche une insolence presque trop belle pour l’impuissant Zinoviy.

    En Boris, Kurt Rydl joue de toute la panoplie du méchant classique, y compris dans un jeu de scène un peu tartignole qu’il ressert partout peu importent les emplois, et avec son énorme voix à la puissance brute, au vibrato dantesque, passant nettement plus en force qu’en intentions pernicieuses.

    Dans les rôles secondaires, on notera en Julia Riley la première Sonietka qu’on ait entendu posséder un beau matériau justifiant l’infidélité de Sergeï, le Pope typiquement russe, heurté, cahoteux mais d’impact fort, de Pavel Daniluk, et l’Officier de Police de Tomasz Slavinski, belle synthèse de l’esprit vicieux des fonctionnaires corrompus.




    Opernhaus, Zürich
    Le 17/04/2013
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Lady Macbeth de Chostakovitch dans une mise en scène d’Andreas Homoki et sous la direction de Teodor Currentzis à l’Opéra de Zurich.
    Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
    Lady Macbeth du district de Mzensk, opéra en quatre actes (1936)
    Livret d’Alexander Preis et du compositeur d’après Leskov

    Chor der Oper Zürich
    Philharmonia Zürich
    direction : Teodor Currentzis
    mise en scène : Andreas Homoki
    décors : Hartmut Meyer
    costumes : Mechthild Seipel
    éclairages : Franck Evin
    préparation des chœurs : Ernst Raffelsberger

    Avec :
    Gun-Brit Barkmin (Katerina Ismailova), Kurt Rydl (Boris), Benjamin Bernheim (Zinoviy), Brandon Jovanovich (Sergeï), Kismara Pessatti (Aksinia), Julia Riley (Sonietka), Michael Laurenz (le Balourd miteux), Valeriy Murga (un policier), Pavel Daniluk (un Pope / un vieux bagnard), Tomasz Slavinski (Chef de la police / un surveillant).

     



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