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CRITIQUES DE CONCERTS 15 octobre 2018

Récital de mélodies de la mezzo-soprano Karine Deshayes accompagnée au piano par Philippe Cassard à l’Auditorium du Musée d’Orsay, Paris.

Ailleurs, peut-être…

Debussy, Ravel, Duparc Roussel et quelques autres : un programme exigeant de mélodies françaises démontrant que la poésie tisse des liens serrés avec la musique, souvent difficiles à rendre. Un récital de Karine Deshayes et Philippe Cassard à l’Auditorium du Musée d’Orsay qui a reçu une ovation méritée mais difficile à conquérir.
 

Auditorium du Musée d'Orsay, Paris
Le 18/04/2013
Olivier BERNAGER
 



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  • Nous avions aimé sa simplicité et sa présence dans la Carmen de l’Opéra en décembre dernier et l’attendions donc dans le répertoire plus intime de la mélodie française qui ne laisse aucun détail à l’abandon.

    Lors de ce récital, Karine Deshayes a mis du temps à trouver le caractère nécessairement tempéré dans ce répertoire pour sa voix qui aime projeter, grandir, voire rugir. Bizet (Les adieux de l’hôtesse arabe), Gounod (Boléro) et Delibes (Les filles de Cadix) qui ouvraient le récital, ont fait les frais d’une recherche de couleur adéquate pouvant convenir à la sinistre salle du Musée d’Orsay, à sa sècheresse et à sa petite taille pour une telle voix.

    Vaillante, la cantatrice s’est battue pour faire le grand écart entre des graves pianissimo et des notes projetées à la limite de l’audible. La compréhension du texte, si importante dans la mélodie française, a pâti de cette difficulté qu’elle semble être enfin parvenue à dompter lorsque une mélodie en italien est arrivée : Cantu di Malinconia d’Henri Tomasi, toute en demi-teintes. La virtuose mélodie de Roussel qui suivait, rapide et pleine de ruptures, Le bachelier de Salamanque, bénéficiait de ce retour bienvenu à l’équilibre, et augurait positivement de ce qui allait suivre.

    On le savait, Philippe Cassard est un fascinant pianiste, un homme qui pense la musique en même temps qu’il la joue. Le cycle Shéhérazade de Ravel est un régal. Les nuances de timbre du piano sont répliquées par la chanteuse dans un jeu à deux sans équivoque. La voix parvient enfin à être ensorcelante, à suggérer le « merveilleux ailleurs » rappelé dans la subtile notice du programme signée de Corinne Schneider.

    Cassard se fait visiblement plaisir, écoute les mots, le grain de la voix, et déjoue les difficultés d’une partition dont nous avons tous les sonorités orchestrales dans l’oreille. Quel accompagnateur ! Entracte dans le foyer sans âme du sous-sol d’Orsay et voici Henri Duparc dans cette alliance miraculeusement simple de sa musique avec la poésie de Baudelaire.

    Cette fois, les mots chantent, Karine Deshayes trouve la bonne mesure, sa diction est plus claire, elle écoute plus le piano. Cassard joue l’harmonie, fait entendre les passages secrets d’une tonalité à l’autre dans l’Invitation au Voyage, et donne un côté tragique à La Vie antérieure.

    Le philtre fonctionne, et la troisième mélodie de Duparc, Phydilé sur le beau poème de Leconte de Lisle, achève ce moment de grâce dans la sérénité du mot repose que Deshayes entraînée par le timbre suave du piano de Cassard parvient à susurrer.

    Les Trois chansons de Bilitis de Debussy qui suivent déçoivent un peu : Pierre Louÿs a écrit des textes érotiques, que diable ! Pourquoi tant de distance ? Certes le piano doit être rigoureux, et Cassard l’a été, proposant une pulsation impeccable et des couleurs splendides, mais le frisson ? Bien sûr, tout est allusif : la chevelure, les yeux baissés, mais c’est une musique qui parle de la chaleur du désir et non du désenchantement.

    Enfin, ce récital, se termine avec des mélodies de Rossini comme pour s’excuser de tant subtilité : une charmante canzonette Nizza sans grand intérêt, et une impressionnante Canzonetta spagnuola, modèle de crescendo rossinien basé sur l’accélération et se terminant, comme il se doit par une cascade d’applaudissements.

    La salle est chaude. Les deux bis : Una voce poco fa du Barbier et la Sévillane de Carmen, la réchaufferont encore. Le bel canto a finalement gagné à l’applaudimètre mais ne fera pas oublier Ravel.




    Auditorium du Musée d'Orsay, Paris
    Le 18/04/2013
    Olivier BERNAGER

    Récital de mélodies de la mezzo-soprano Karine Deshayes accompagnée au piano par Philippe Cassard à l’Auditorium du Musée d’Orsay, Paris.
    Bizet, Gounod, Delibes, Tomasi, Ravel, Duparc, Debussy, Rossini
    Karine Deshayes, mezzo-soprano
    Philippe Cassard, piano

     


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