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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Récital du pianiste Denis Matsuev à la salle Pleyel, Paris.

Une force de la nature

L’énergie légendaire du pianiste né à Irkoutsk était évidemment au rendez-vous de son dernier récital à Paris. Denis Matsuev y a survolté son public dans un programme entièrement russe. Où Moussorgski, Rachmaninov et Tchaïkovski se sont imposés de main d’airain. Uniformisés par la même perfection d’une interprétation sans surprise.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 19/04/2013
Claude HELLEU
 



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  • Conquise par les hivers à -40°c de sa Sibérie natale, l’énergie le possède. Denis Matsuev en témoigne pour le meilleur de ses engagements : deux cents concerts par an, quarante-cinq concertos à son répertoire, vingt-trois programmes de récitals différents. Exclusivement russe, le dernier promettait monts et merveilles de ces affinités électives, à commencer par les Tableaux d’une exposition de Moussorgski.

    Promenade y entre d’un pas assuré et pesant. Pourquoi pas ? À chacun son gabarit. Mais cette pesanteur demeure au fil des scènes, soulignant leurs contrastes à traits appuyés. La violence de l’éclairage uniformise forte surpuissants et traits pianissimo, notes piqués et silences implacables. La perfection technique assène sa vérité, imperméable aux surprises de la partition. D’accords noirs n’apparaît aucune lumière.

    Avec une somptueuse assurance, Matsuev charge ou délave les dessins de Hartmann à l’origine de l’inspiration de Moussorgski. Les trépignements de Gnomus ne varient guère les Promenade. Sur la basse lancinante du Vieux Château, la détermination de la main droite empêche tout envoûtement.

    La marche lourde, ici idéalement, de Bydlo, tranche à peine sur l’humeur guère légère et le staccato brillantissime de Tuileries. Les accords, les mordants et les trilles évidemment admirables du Ballet des poussins dans leurs coques en occultent l’humour. Samuel Goldenberg et Schmuyle échappent à leur caricature. Le Marché de Limoges foisonne de prouesses virtuoses au détriment de son entrain.

    L’articulation infaillible atteint le paroxysme de sa force dans le trait triomphalement martelé aux deux mains, superbe, qui nous plonge dans des Catacombes dont les harmonies violemment retentissantes ou banalement voilées résonnent hors toute atmosphère de sépulcre.

    Quant à la Cabane sur des pattes de poule, ses avalanches de sonorités, ses arrachements saisissants percutent l’écoute sans qu’au second plan s’esquisse la fantasmagorie recréée par d’autres – telle Alice Sara Ott, frêle jeune femme pourtant, qui donne de ces Tableaux une succession d’évocations dont les audaces ciselées se concluent sous l’apothéose des cloches de la Grande porte de Kiev où Denis Matsuev nous laisse abasourdis.

    Ce tempérament hors norme ne connait aucune faiblesse. Droit dans ses bottes, le pianiste suit son chemin dépourvu d’embûches dans deux préludes, deux études-Tableaux, la Fugue en ré mineur (1891) de Rachmaninov. Les accords battus de l’opus 23 n° 5 le sont ô combien, l’occasion est trop belle de taper un clavier qui ne se laisse pas pénétrer.

    L’opus 32 n° 12 prouve les capacités de délicatesse d’un toucher hélas monochrome. Après un opus 39 n° 2 sagement désolé, les gammes chromatiques de l’opus 39 n° 6 permettent les déferlements les plus fantastiques à défaut de sauvagerie maléfique. Quant à la fugue aux allures de toccata, récemment découverte et intéressante surtout à ce titre, elle bénéficie des mêmes qualités d’une telle détermination et souffre moins de ses manques.

    De la Dumka de Tchaïkovski, insérée avant la Sonate n° 2 de Rachmaninov, exubérance et mélancolie s’expriment encore et toujours au premier degré, comme il en ira de la sonate. Fulgurant arpège descendant ou martèlements d’accords massifs défient la virtuosité. Vertigineuse dans sa fougue spectaculaire, frustrante quand se calme son caractère épique, la sonate ignore toute interrogation.

    Denis Matsuev affirme, frappe, tétanise, mais nous épargne les aléas d’une intériorité superflue. Rafales de notes coupées de jolies phrases, légèreté exemplaire privée d’un deuxième sens exaltent une rigoureuse vigueur. Imposant son lyrisme, elle mène à des sommets rarement atteints cette interprétation magnifiquement péremptoire.

    La rituelle succession de bis chère à la générosité de Denis Matsuev complète et surenchérit l’enthousiasme du public.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 19/04/2013
    Claude HELLEU

    Récital du pianiste Denis Matsuev à la salle Pleyel, Paris.
    Modeste Moussorgski (1839-1881)
    Tableaux d’une exposition
    Serguei Rachmaninov (1873-1943)
    Prélude op. 23 n° 15
    Prélude op. 32, n° 12
    Étude-Tableau op. 39 n° 2
    Étude-Tableau op. 39 n° 6
    Fugue en ré mineur (1891)
    Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Dumka op. 59
    Serguei Rachmaninov
    Sonate n° 2 op. 36
    Deuxième édition
    Denis Matsuev, piano

     


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