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CRITIQUES DE CONCERTS 19 décembre 2018

Concert Stravinski du London Symphony Orchestra sous la direction de Sir John Eliot Gardiner à la salle Pleyel, Paris.

Stravinski aux deux visages

Apollon Musagète et Oedipus Rex à la salle Pleyel par Sir John Eliot Gardiner et le London Symphony Orchestra : deux œuvres de 1928 pour se souvenir que Stravinski a humé l’air du temps dans ce rappel à l’ordre néoclassique prôné par Cocteau qui n’a pas donné que des chefs d’œuvres. La preuve, même si l’oratorio reste de loin la meilleure des deux partitions.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 23/04/2013
Olivier BERNAGER
 



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  • Créé en 1928 pour une chorégraphie de Georges Balanchine, le ballet Apollon Musagète n’a pas d’argument solide : il traite de loin les badinages d’Apollon avec trois des neuf muses. Stravinski, qui a choisi lui-même son sujet, en profite pour écrire une musique aux antipodes de ce qui a fait son succès : la richesse des timbres et la vigueur rythmique. Voici donc un orchestre à cordes pour accompagner les danseurs, et une musique à la limite de l’étouffement.

    Beaucoup s’accordent pour juger cet Apollon Musagète comme la plus mauvaise partition de Stravinski. Au mieux, pense-t-on, est-elle l’implosion du style néoclassique, mieux servi par des auteurs moins importants comme Alfredo Casella, ou par Stravinski lui-même avec son Pulcinella (1920). Certes, la science d’écriture est au mieux mais elle sert un discours soporifique.

    Gardiner n’a pas pu tirer cette œuvre de son ennui sui generis et pourtant, les cordes du London Symphony Orchestra ont un son magnifique et leur quasi absence de vibrato, signature du chef, confère au contrepoint compliqué de Stravinski une lisibilité parfaite. La précision rythmique est là, la mécanique fonctionne sous la baguette de Gardiner, mais elle ne parvient pas à réveiller l’émotion. Musique sérieuse à l’excès pour un sujet volage, cela tourne en rond : dommage pour un ballet !

    Avec Oedipus Rex, le compositeur est beaucoup plus probant. Son attrait pour l’antique s’exprime dans tous les détails : chœur d’homme hiératique comme dans la tragédie, trois personnages principaux et une récitante. Le langage est violemment primitif, la musique souvent modale, la psalmodie recto-tono, les rythmes massifs.

    Le style général est cependant ampoulé et souvent trop lourd. On est loin de la recherche de timbres et de la division de l’orchestre en unités de couleurs du Sacre du printemps ou de l’Oiseau de feu. C’est beaucoup moins léger, somme toute, et un peu pompier, il faut tout de même le dire. Cette libre interprétation de la pièce de Sophocle est chantée d’après un livret de Cocteau traduit en latin par Jean Daniélou, ce qui lui donne un aspect archaïque et solennel.

    Gardiner donne toute la précision requise à cette partition touffue et parvient heureusement à alléger une œuvre trop lourdement chargée qui apparaît sous sa direction fluide comme une carte postale du mythe antique. Il laisse les chanteurs librement chanter tout en ne parvenant pas toujours à les équilibrer avec l’orchestre.

    Oedipe est incarné par le wagnérien Stuart Skelton, corps massif pour un visage tendre, un Heldentenor à la voix puissante et persuasive comme il convient à un roi. Jennifer Johnston est une magnifique Jocaste, parfaitement crédible dans sa robe drapée bleue. À mi-voix, elle pressent le malheur qui se dessine. Créon est une basse puissante, Gidon Saks. La récitante Fanny Ardant n’est pas au mieux de sa forme : diction hasardeuse, ton surjoué.

    Les hommes du Monteverdi Choir, aux visages maquillés en blanc comme pour rappeler la peste qui ravage Thèbes, pratiquent un chant millimétré que ce soit dans l’homogénéité des ensembles à l’unisson, ou dans dans les parties à plusieurs voix. Parfois l’un d’entre eux vient incarner un rôle soliste (le berger, le devin), il représente à lui seul le génie de ce chœur créé par Gardiner et nourri par les cantates de Bach.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 23/04/2013
    Olivier BERNAGER

    Concert Stravinski du London Symphony Orchestra sous la direction de Sir John Eliot Gardiner à la salle Pleyel, Paris.
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Apollon Musagète
    Oedipus Rex
    Jennifer Johnston (Jocaste)
    Stuart Skelton (Œdipe)
    Gidon Saks (Créon)
    Fanny Ardant (récitante)
    Monteverdi Choir
    London Symphony Orchestra
    direction : Sir John Eliot Gardiner

     


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