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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Nouvelle production de Don Giovanni de Mozart dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig et sous la direction de Jérémie Rhorer au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Dans la tête de Leporello ?

Comme toujours lorsque Jérémie Rhorer est au pupitre du Théâtre des Champs-Élysées, on a les oreilles rivées sur la fosse. Il est vrai que la mise en scène de Stéphane Braunschweig n’ajoute rien au mythe de Don Giovanni et que le plateau vocal ne renouvelle pas le miracle du quatuor d’Idomeneo, premier volet d’un cycle Mozart qui s’achève sans éclats autres qu’orchestraux.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 25/04/2013
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Pour la Traviata, le flashback est devenu la norme. Les mêmes causes – une ouverture prémonitoire – produisant les mêmes effets, Stéphane Braunschweig applique ce procédé à Don Giovanni. Durant l’Andante donc, Leporello veille le cadavre de son maître, prêt à être incinéré. Mais alors que débute l’Allegro, ce dernier bondit de son chariot, le souvenir de cette ultime journée destinée à s’achever dans les flammes, non de l’enfer – nous ne sommes plus au XVIIIe siècle, que diable ! –, mais d’un crématorium, envahissant la mémoire de son factotum.

    Fantasme ou cauchemar de celui qui aspire à « faire le gentilhomme » ? Ni meilleure ni pire qu’une autre, cette idée fait long feu à l’épreuve du plateau. Le metteur en scène s’avère en effet impuissant à lui donner consistance, comme à des personnages aux contours aussi flous que convenus.

    Voici donc Don Giovanni, forcément notre contemporain, prenant des ecstas et sniffant du poppers – ne manque plus que quelques gorgées de Red Bull – pour s’élancer de lits d’étreintes dérobées à la chambre funéraire. Car que serait Eros sans Thanatos ? Dans cet espace glacial et endeuillé, la Mort rôde à la manière d’Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick, dont la scène d’orgie ésotérique sert à présent de modèle revendiqué dès qu’il s’agit d’évoquer des désirs troubles et collectifs.

    Réputé bon directeur d’acteurs, Braunschweig s’élève sans doute au-dessus de la moyenne établie par l’Opéra de Paris ces quatre dernières saisons, mais il n’en sert pas moins aux spectateurs du Théâtre des Champs-Élysées un certain degré zéro de la mise en scène lyrique actuelle. Rien, en somme, qui puisse les choquer – on est bien loin des géniales intuitions de Dmitri Tcherniakov, littérales par-delà les apparences, et pourtant vouées aux gémonies.

    Le tout valant à peine mieux que la somme des parties, le plateau vocal n’offre pas plus de satisfaction. Bien sûr, un Commandeur qui chante ce que tous les autres, peut-être plus immédiatement noirs ou sonores, éructent ou maugréent est une perle rare. Elle est a pour nom Steven Humes. Certes, le mezzo de Serena Malfi a la saveur d’un fruit tout juste mûr, prêtant aux airs de Zerlina des moues irrésistibles. Nahuel Di Pierro même, qui refusait à son timbre la clarté de sa jeunesse lorsqu’il se prenait pour une basse profonde à l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris, se distingue en Masetto.

    Mais qu’est-il arrivé à Miah Persson, qui doit désormais lutter contre un aigu délabré et récalcitrant ? Quelle idée, aussi, de la distribuer en Elvira, qui exige bien plus d’impact dans le médium, et du même coup n’expose que les carences de cette voix hier si délicieusement fraîche et ingénue ! Le temps n’a pas été plus clément envers Sophie Marin-Degor, dont la Donna Anna, admirable de sensibilité à Tours en mai 2000, peine à atteindre les hauteurs du trio des masques et de Non mi dir comme à moduler une couleur unique et souvent forcée, mais s’acquitte du remplacement de Myrto Papatanasiu avec une probité qui devrait forcer le respect.

    Daniel Behle a beau être un rêve à écouter, il paraît si obsédé par la beauté d’une ligne raffinée parfois jusqu’au susurrement qu’il en devient étranger à tout ce qu’il entoure – à moins que Stéphane Braunschweig corsète Don Ottavio au point que le ténor se risque à peine à lever un bras. Quant à Markus Werba, son Don Giovanni se révèle conforme au souvenir laissé par ses Papageno et Guglielmo, désespérément terne donc, sans que son physique avantageux y puisse rien changer.

    C’est aussi que Leporello lui fait de l’ombre en la personne de Robert Gleadow, assurément plus basse que baryton, avec ce que cela suppose de rondeur et de volubilité dans le bas de la tessiture, mais aussi d’escamotages et autres détimbrages à partir du mi, dont l’air du catalogue multiplie malheureusement pour lui les occurrences. Qu’il nous soit dès lors permis de rappeler que la quête d’interprètes stylistiquement malléables ne doit pas conduire à leur confier des rôles qui dépassent, même de si peu, leurs moyens.

    Ni révolutionnaire, ni romantique, la direction de Jérémie Rhorer serait-elle simplement classique ? À l’opposé de l’ébouriffante déconstruction de René Jacobs, mais à égalité avec son sens inéluctable de la dramaturgie musicale, l’équilibre des tempi, leur enchaînement organique tiennent du miracle. D’autant que le Cercle de l’Harmonie, dont la bouillonnante plasticité produit des couleurs d’une profondeur proprement inouïes dans la scène du Commandeur, semble avoir définitivement trouvé ses marques dans l’acoustique du Théâtre des Champs-Élysées.

    Il n’en arrive pas moins que les faiblesses cumulées des chanteurs et de la mise en scène ne se résolvent pas dans la fosse. De quoi regretter le temps pas si lointain où Jérémie Rhorer étrennait ses Mozart en version de concert au Festival de Beaune, avec des distributions amoureusement concoctées par sa directrice Anne Blanchard.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 25/04/2013
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Don Giovanni de Mozart dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig et sous la direction de Jérémie Rhorer au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes (1787)
    Livret de Lorenzo da Ponte.

    Chœur du Théâtre des Champs-Élysées
    Le Cercle de l’Harmonie
    direction : Jérémie Rhorer
    mise en scène et scénographie : Stéphane Braunschweig
    dramaturgie : Anne-Françoise Benhamou
    costumes : Thibault Vancraenenbroeck
    éclairages : Marion Hewlett

    Avec :
    Markus Werba (Don Giovanni), Miah Persson (Donna Elvira), Daniel Behle (Don Ottavio), Sophie Marin-Degor (Donna Anna), Robert Gleadow (Leporello), Serena Malfi (Zerlina), Nahuel Di Pierro (Masetto), Steven Humes (Il Commentadore).

     



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