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CRITIQUES DE CONCERTS 20 octobre 2018

Version de concert de Don Carlo de Verdi sous la direction de Gianandrea Noseda au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

On a retrouvé le vrai Don Carlo !

Les forces du Teatro Regio de Turin au grand complet et un plateau réunissant quelques-uns des meilleurs verdiens du moment placés sous la baguette de Gianandrea Noseda, la version de concert de Don Carlo présentée sur la scène du TCE s’annonçait comme un événement. Sans Ramón Vargas, mais avec Stefano Secco, dont la vérité saisit une nouvelle fois dans le rôle-titre.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 28/04/2013
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Il faut d’abord se réjouir, à l’heure où la culture est mise à bas en Italie, que les forces du Teatro Regio de Turin viennent à Paris défendre au grand complet ce monument de notre patrimoine lyrique commun qu’est, même dans sa version en quatre actes, le Don Carlo de Verdi – mais aussi, plus perfidement peut-être, que la mise en scène de Hugo de Ana n’ait pas été du voyage, dès lors que tout ce qu’en laissent transparaître les gestes des chanteurs empeste le cinéma muet…

    Parce qu’il s’agissait de la conclusion d’une série de neuf représentations concentrées dans le temps, Gianandrea Noseda se préoccupe avant tout de ne pas desserrer l’étau autour d’un orchestre plus honnête que brillant – exemple parmi d’autres, l’introduction désespérément chaloupée du III surexpose un violoncelliste meilleur chef de pupitre que soliste.

    Jusqu’au IV, qui enfin se libère, le chef italien interdit tout legato aux cordes, resserre les tempi, parfois non sans précipitation, tend l’arc dramatique – dans une œuvre où le défi consiste justement à ne jamais le relâcher –, au détriment cependant de la souplesse des phrasés et de la variété des couleurs. Une lecture finalement moins adaptée au concert qu’au théâtre et à ses contingences – notamment cette versatilité du climat qui a bien failli décimer la distribution.

    Moulée dans une succession de toilettes aguicheuses, accumulant les poses et prémices de pâmoisons propres aux divas souffrantes et annoncées comme telles, l’Elisabetta de Barbara Frittoli n’en reste pas moins digne dans son maintien. Une fois acceptées les bonnes excuses qui dispensent de s’y attarder, sa prestation vocale l’est inévitablement moins – dommage pour la musicienne, qui sait canaliser la ligne et l’expression tant qu’elle n’a pas à dépasser le sol. L’inverse en somme de Daniela Barcellona.

    Ses antécédents rossiniens garantissent certes l’agilité des vocalises d’une chanson du voile délivrée avec force effets d’étole, mais à quoi bon, puisqu’ils n’empêchent pas la mezzo italienne d’en pousser les aigus à la manière d’un sifflet de locomotive, ni d’exhiber dans le trio des jardins de la Reine une allure plébéienne et des éclats de harengère qui ne seraient pas même acceptables dans Cavalleria Rusticana ? – pour avoir été borgne, la véritable princesse d’Eboli n’en était pas moins de sang noble et pur. Et s’il la précipite au bord du cri, qui dans ce contexte précis fait toujours son effet, l’ambitus au mieux inconfortable, au pire monstrueux d’O don fatale la ménage le temps d’une cantilène hachée, mais émue.

    Même indisposé, et privé dès lors de la maîtrise absolue de son nuancier, Ludovic Tézier s’inscrit dans la lignée des barytons qui au seuil de la mort de Posa – là donc où le souffle vient à lui manquer – respirent le moins possible. Il faut pouvoir se le permettre, comme d’alléger quasiment sans rupture une émission qui trahit depuis quelque temps une certaine tendance à l’empâtement. Ce grand styliste n’en est pas moins prodigue d’éclats dont l’acoustique du Théâtre des Champs-Élysées, plus que le gouffre de l’Opéra Bastille, restitue toute la plénitude.

    Sans doute la basse d’Ildar Abdrazakov est-elle un rien trop creuse pour être authentiquement italienne. Mais le jeune chanteur russe, en vérité à peine plus âgé que le monarque historique, se garde bien d’effets alla Boris Christoff, et surtout de succomber à la tentation de contrefaire les cheveux blancs qu’il n’a pas – le contraste n’en est que plus douloureux pour le grand Inquisiteur de Marco Spotti, grain noir et serré, mais souvent dispersé par les écarts de tessiture, et donc court d’impact. Souffle profond, dynamique souple et intense, diction nette et souveraine, il sera certainement le grand, le très grand Filippo II de ces prochaines années.

    Suite à la défection de Ramón Vargas, Stefano Secco incarne Don Carlo à Paris pour la troisième fois. Qui s’en plaindra ? Car s’il peut parfois sembler à la limite de ses moyens – moins pourtant que dans des emplois a priori plus légers –, le ténor n’a dans ce rôle aucun rival à ce degré d’engagement fébrile, de vérité physique et vocale, ou même simplement de clarté du timbre et des mots, jusque dans un aigu tranché dans le vif de l’instrument. Et puis l’Infant n’espère-t-il pas endosser un habit trop large pour ses épaules débiles ?




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 28/04/2013
    Mehdi MAHDAVI

    Version de concert de Don Carlo de Verdi sous la direction de Gianandrea Noseda au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Don Carlo, opéra en quatre actes (1884)
    Livret de Joseph Méry et Camille du Locle d’après le drame de Friedrich Schiller, traduit en italien par Achille de Lauzières et Angelo Zanardini

    Stefano Secco (Don Carlo)
    Barbara Frittoli (Elisabetta di Valois)
    Ildar Abdrazakov (Filippo II)
    Ludovic Tézier (Rodrigo, Marchese di Posa)
    Daniela Barcellona (la Principessa Eboli)
    Marco Spotti (il Grande Inquisitore)
    Roberto Tagliavini (un Frate)
    Erika Grimaldi (Voce dal Cielo)
    Sonia Ciani (Tebaldo)
    Luca Casalin (un Araldo reale)
    Dario Prola (il Conte di Lerma)

    Orchestre et chœur du Teatro Regio Torino
    préparation des chœurs : Claudio Fenoglio
    direction : Gianandrea Noseda

     


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