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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de la Gioconda de Ponchielli dans une mise en scène de Pier Luigi Pizzi et sous la direction de Daniel Oren.

Grandes voix pour la Gioconda
© Andrea Messana

Fréquemment à l’affiche dans maints pays et dans bien de nos opéras de région, la Gioconda de Ponchielli n’avait jamais été représentée à l’Opéra de Paris. C’est chose faite, dans une mise en scène purement décorative de Pier-Luigi Pizzi et avec une distribution de grandes voix très applaudies par le public de la première.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 02/05/2013
Gérard MANNONI
 



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  • On a toujours eu du mal à classer La Gioconda dans l’histoire de l’opéra. Est-ce pour cela que Paris a tant tardé à se l’offrir ? On met souvent Ponchielli parmi les véristes. C’est un peu trop tôt. Est-il alors romantique ? C’est un peu tard, mais quand même, il faut reconnaître que cette musique contient un peu de tout, rappelle tout et annonce bien des choses, mais avec un génie pour le moins inégal.

    L’œuvre a pourtant sa personnalité, avec une orchestration massive et un traitement généreux des voix. Et surtout, l’ensemble est absolument typique de son époque, (1876), gorgée de grands spectacles, de grande littérature, de sentiments excessifs. En s’inspirant du Angelo tyran de Padoue de Victor Hugo, Ponchielli et son librettiste Arrigo Boïto mêlent sciemment réalisme populaire, drame romantique, couleur locale italienne et forcément lutte de l’amour pur contre l’amour démoniaque.

    Le sinistre Barnaba annonce Iago jusque dans son ultime intervention qui clôt le drame et le non moins sinistre Alvise est déjà un Otello en puissance, mais qui rate son crime. On a un pied chez Shakespeare et l’autre chez Verdi. Et il y a même un grand ballet à la Meyerbeer, la célèbre Danse des heures qui, d’ailleurs, défendue notamment par un ex-danseur Étoile de l’American Ballet Theatre, Angel Corella, est ovationnée par le public.

    Nous sommes donc à Venise, que Pier Luigi Pizzi a sobrement évoquée en quatre décors, canaux, gondoles, escaliers, cyprès, en noir, gris, rouge, comme les costumes, sans se laisser aller aux délectables délires baroques dont il peut être capable. C’est joli, sobre, efficace, très bien éclairé par Sergio Rossi. Trop prudent ? On ne s’en plaindrait pas s’il y avait une quelconque tentative de mise en scène autre que décorative, un genre de direction d’acteurs ou de caractérisation des personnages autrement que par les costumes et par quelques gestes convenus, vus et passe-partout. Mais rien de rien, aucune distanciation, aucune idée non reçue.

    Certes, les jeans ou les kalachnikovs à la mode seraient bizarre ici, mais, tout en restant fidèle au livret, à l’époque, à l’histoire, on pouvait espérer un traitement vraiment théâtral des protagonistes de ce drame quasi shakespearien où la mort est omniprésente, où l’amour ne peut se réaliser que par le sacrifice de l’innocence. C’est possible. Dans ses mises en scène de Victor Hugo, Jean-Luc Boutté l’avait prouvé à la Comédie Française et, en Grande-Bretagne, Kenneth Branagh a fait de même avec les plus sombres tragédies shakespeariennes.

    Fort heureusement, La Gioconda est un opéra quasiment sans second rôle, tous exigeant de grands moyens, et les voix sont là. Dans le rôle-titre, l’Isolde de la saison prochaine sur cette même scène, Violeta Urmana, déploie ses énormes moyens, sans ménagement, on pourrait dire sans pitié, avec des aigus agressifs, mais c’est généreux, même si quelque retenue ou quelque douceur ne seraient pas de trop par moment.

    Superbes voix, moins brutales, plus malléables et mieux modulées, de Luciana D’Intino en Laura (elle sera Amnéris à la rentrée) et de María José Montiel dans le si bel air du Rosaire de l’aveugle. Des grandes voix qui par leur projection sont toutes bien adaptées à cette salle si souvent difficile pour tant d’autres.

    Vraies satisfactions du côté des hommes. Marcelo Alvarez, qui sera Radamès à la rentrée aussi, par moments un peu timide, est dans l’ensemble idéal en Enzo et mène son Cielo e mare de main de maître. Claudio Sgura est un Barnaba aussi sombre de voix que d’intentions maléfiques et le méchant Alvise bénéficie des amples moyens et du large timbre bien frappé d’Orlin Anastassov.

    Les airs sont balancés à plein gosier et les ensembles ont un tonus qui nous rappelle la grande époque de Vérone où cet opéra triompha si souvent et où la Callas devint célèbre en un soir. Sans oublier la Cerquetti dont l’enregistrement chez Decca avec Gavazzeni reste culte, tout comme celui de la Tebaldi avec Gardelli.

    Au pupitre, Daniel Oren va droit au but sans chercher à trouver dans la partition orchestrale ce qui pourrait être le plus original, voire le plus intéressant, sans se laisser aller, pas plus que Pizzi, à ces délires passionnels déchainés et excessifs qui sont la saveur de ce type d’œuvre.

    Manque d’imagination ? Manque d’italianità ? Volonté de laisser aux voix leur prééminence ? Reste que l’orchestre sonne somptueusement. Dans un autre domaine, il est dommage de rallonger excessivement la soirée par deux entractes d’une demi-heure chacun et un bref précipité. L’opéra, certes magnifique et flamboyant, est déjà long, voire lourd, sans qu’il faille en rajouter dans la durée.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 02/05/2013
    Gérard MANNONI

    Entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de la Gioconda de Ponchielli dans une mise en scène de Pier Luigi Pizzi et sous la direction de Daniel Oren.
    Amilcare Ponchielli (1834-1886)
    La Gioconda, drame en quatre actes (1876)
    Livret d’Arrigo Boïto d’après Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo

    Maîtrise des Hauts-de-Seine/Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Daniel Oren
    mise en scène, décors et costumes : Pier Luigi Pizzi
    éclairages : Sergio Rossi
    chorégraphie : Gheorghe Iancu
    préparation des chœurs : Patrick Marie Aubert

    Avec :
    Violeta Urmana (La Gioconda), Luciana D’Intino (Laura Adorno), Orlin Anastassov (Alvise Badoero), María José Montiel (La Cieca), Marcelo Alvarez (Enzo Grimaldo), Claudio Sgura (Barnaba), Damien Pass (Zuane), Julien Joguet (Un cantore), Kevin Amiel (Isepo), Yves Cochois (Un pilota), Olivier Ayault (Un barnabotto), Nicolas Marie (Una voce), Jian-Hong Zhao (Un altra voce), Letizia Giuliani, Angel Corella (Solistes de la Danse des heures).

     



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