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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Concert du Philharmonia Orchestra sous la direction d’Esa-Pekka Salonen, avec la participation de la pianiste Hélène Grimaud au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Salonen perd son Sacre
© Nicho Soedling

Ce devait être l'un des grands événements du centenaire de la création au Théâtre des Champs-Élysées. Et pourtant, la vision du Sacre du printemps de Stravinski par Esa-Pekka Salonen déçoit : incontestablement rapide et virtuose, elle demeure par trop clinique et même malmenée par un Philharmonia Orchestra parfois dépassé.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 10/06/2013
Laurent VILAREM
 



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  • Les amateurs de la musique de Witold Lutosławski ont été gâtés en ce début de juin: après une somptueuse Symphonie n° 3 donnée vendredi à Pleyel par le Philharmonique de Radio France dirigé par Jukka-Pekka Saraste, c'est au tour du Philharmonia Orchestra de donner une autre pièce du compositeur polonais sous la baguette d'un autre Finlandais, Esa-Pekka Salonen : la Musique funèbre achevée en 1958.

    Certes, la Troisième Symphonie de vingt-cinq ans postérieure montre un Lutosławski au sommet de ses moyens formels et expressifs, que n'atteint pas tout à fait cette pièce pour cordes dédiée à la mémoire de Bartók. L'introduction rappelle d'ailleurs furtivement la Musique pour cordes, percussions et célesta du Hongrois, mais s'en démarque vite.

    La Musique funèbre n'est pas à proprement parler une musique de jeunesse (Lutosławski avait alors 44 ans) mais c'est la première où son style éclate au grand jour : un lyrisme quasi mahlérien, une stupéfiante perfection formelle (ici, une structure en arche culminant dans un unisson central avant de s'achever dans la désolation d'un violoncelle solo) et une confondante ductilité dans l'orchestration.

    Seule une trop grande maîtrise semble nuire à cette œuvre encore trop parfaite, que les épisodes d'aléatoire contrôlé allaient violemment bousculer dans les partitions suivantes. Brillamment exécutée, cette Musique funèbre est l'occasion d'admirer la cohésion et la chaleur des cordes de l'orchestre londonien. Bien que discrète, la célébration du centenaire de la naissance de Lutosławski se poursuivra par de nombreux concerts à Paris jusqu'à décembre.

    Toujours aussi populaire, Hélène Grimaud entre ensuite en scène pour défendre du clavier le Concerto en sol de Ravel. La pianiste française y fait souffler le chaud et le froid, avec des intentions trop poussées, une virtuosité parfois prise en défaut , et une articulation des deux mains trop différenciées amenant un jeu trop romantique, pour une œuvre qui reste inspirée par le concerto classique, tandis que Salonen pousse de son côté vers une acidité bartokienne, avec notamment des interventions solistes intempestives pour un effet pas toujours heureux.

    Le résultat général déçoit, à l'exception du dialogue de l'Adagio assai médian, où le chef finlandais impose une respiration d'une profonde beauté sur un tapis de cordes d'une transparence enchanteresse. Mais le troisième mouvement, jazzy, confond, lui, précipitation et jubilation.

    Reste que le véritable événement de la soirée devait être l’exécution du Sacre du printemps dont Salonen s'est depuis longtemps fait une spécialité, lui qui s'est imposé en effet tant au concert qu'au disque à deux reprises, dans des optiques relativement différenciées – la première gravure justement avec le Philharmonia, la seconde avec le Los Angeles Philharmonic.

    Et pourtant, force est de constater que la fulgurance proverbiale du Sacre de Salonen garde certes ses qualités – précision analytique hallucinante des timbres, mise en place jubilatoire des rythmes, sauvagerie qui flirte là aussi du côté de Bartók – mais ne fonctionne pas aussi bien, ou en tout cas n'a pas aussi bien fonctionné ce soir.

    Est-ce une fréquentation trop assidue de la partition qui pousse le chef à accélérer toujours davantage ? Toujours est-il que les tempi sont souvent trop rapides pour un orchestre (et un timbalier) parfois dépassé. Cette transparence virtuose permet des gradations et des accélérations époustouflantes (Augures printaniers, Adoration de la terre, Danse sacrale) et plus encore une hallucinante introduction du second tableau, d'une modernité qui rappelle quasiment Ligeti.

    Mais telle qu'elle est donnée ce soir, cette musique ne parvient pas à tisser un fil narratif et séquence par trop une suite de danses vertigineuses mais propres. Le Sacre de Salonen n'a au fond rien de russe, à l'exception d'une... mélodie de Tchaïkovski entendue sur la sonnerie d’un téléphone portable retentissant dans les premiers rangs au plus mauvais silence.

    Rien que cette année, on se souvient à la salle Pleyel d'un Sacre du printemps par un Orchestre de Paris mieux affûté, sous la direction sauvage de Paavo Järvi, qui créait un véritable effroi. Rares étaient ceux il y a trente ans à pousser la machine du Sacre jusqu'à la zone rouge, et il est du mérite de Salonen d'avoir été l'un des premiers chefs à demander des tempi extrêmes, tout en soignant le fini instrumental.

    Mais les orchestres du monde entier ont progressé en majesté ces dernières années. C'est une excellente nouvelle au fond : le champion Salonen doit remettre son titre en jeu.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 10/06/2013
    Laurent VILAREM

    Concert du Philharmonia Orchestra sous la direction d’Esa-Pekka Salonen, avec la participation de la pianiste Hélène Grimaud au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Witold Lutosławski (1913-1994)
    Musique funèbre
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Concerto en sol
    Hélène Grimaud (piano)
    Igor Stravinski (1882-1971)
    Le Sacre du printemps
    Philharmonia Orchestra
    direction : Esa-Pekka Salonen

     


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