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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2018

Version de concert de Pénélope de Fauré sous la direction de Fayçal Karoui au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Double triomphe pour Pénélope
© Serge Derossi / Naïve

Au Théâtre des Champs-Élysées, la fête continue ! Après la grande célébration du Sacre du Printemps, voici celle d’un autre événement de l’année 1913, la quasi résurrection de l’opéra de Gabriel Fauré et René Fauchois d’après Homère : Pénélope, avec une distribution superlative. Double triomphe pour Pénélope Antonacci et Ulysse Alagna.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 20/06/2013
Olivier BRUNEL
 



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  • Pénélope fut donné sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées le 10 mai 1913, deux mois après sa création à Monte-Carlo. Fauré réticent l’écrivit quasiment la main forcée par sa créatrice Lucienne Bréval pour qui René Fauchois avait écrit le livret.

    D’autres interprètes suivirent : Germaine Lubin et Suzanne Balguerie à l’Opéra Comique, Marisa Ferrer et Suzanne Joyol à l’Opéra, Régine Crespin, en concert au Théâtre des Champs-Élysées (miraculeusement sauvegardée par le disque), puis à Vichy et Buenos Aires, Jessye Norman en studio. Pour cette quasi résurrection, le Théâtre des Champs-Élysées a eu le nez creux en demandant à l’Italienne Anna Caterina Antonacci, dont on sait les prouesses phonétiques, de reprendre ce flambeau.

    Mais le succès de la soirée est surtout un succès d’ensemble tant la distribution est excellente, bien chantante et dans un français impeccable. Des quatre prétendants, deux particulièrement se détachent et pas seulement par l’importance de leurs parties : le baryton Edwin Crossley-Mercer, impeccable et impérieux Eurymaque, et le ténor Julien Behr, timide et sincère Antinoüs.

    On a connu plus de sûreté vocale à Vincent Le Texier qui chante le rôle d’Eumée avec noblesse mais un peu de relâchement. Belle tenue en revanche du côté des dames de la Reine, Khatouna Gadeli (Melantho), Sophie Pondjiclis (Cléone) mais surtout la Nourrice Euryclée de Marina de Liso.

    Roberto Alagna apparaît quant à lui dans une forme vocale exceptionnelle, comme toujours payant comptant pour un public en partie conquis d’avance. Le rôle d’Ulysse n’est pas simple et évolue vocalement (il incarne successivement Ulysse déguisé en vieillard, puis le héros de retour enfin reconnu) de la légèreté à des éclats quasi wagnériens. On a droit comme souvent avec ce ténor si doué vocalement à un déplorable mélange de styles plutôt qu’à la retenue qui s’impose.

    Rien de tel chez Anna Caterina Antonacci, elle aussi éblouissante de santé vocale, habillée comme la majesté qu’elle incarne, superlative de noblesse autant dans les phrasés que dans son impeccable élocution française et connaissance parfaite des subtilités du français chanté. Le plus extraordinaire reste sa pénétration d’un rôle difficile, et à qui en l’occurrence la version de concert évite tous les excès que l’on peut redouter, et de savoir démontrer autant vocalement que physiquement combien sont précieuses patience et vertu.

    Mais Pénélope, c’est aussi un tissu orchestral tout à fait singulier, que Fauré a dû tisser et détisser plus d’une fois pour aboutir à une telle unité. L’Orchestre Lamoureux n’est peut être pas, en terme de performance purement technique et instrumentale, le meilleur choix possible mais Fayçal Karoui sait en tirer le meilleur surtout dans la continuité dramatique, parfois au prix de quelques excès sonores mais toujours dans une pureté de style admirable.

    Là encore, pour une fois, on ne regrette pas l’option de la version de concert, tant la partition recèle de beautés purement symphoniques qui auraient peut-être été ensevelies dans une fosse d’orchestre.

    Pour l’anecdote, et pas pour l’honneur hélas, si le triomphe mesuré à l’applaudimètre est partagé entre Ulysse et Pénélope, c’est à Roberto Alagna que vont toutes les fleurs, un véritable dépôt de gerbe, un simple bouquet tendu par une dame très digne à la non moins digne Anna Caterina Antonacci qui méritait pourtant que l’on déposât un jardin à ses pieds…

    Et, la coda du final bissée par un Alagna déchaîné, débraillé, ayant après l’entracte tombé la veste, déboutonné en partie sa chemise… Le moins glorieux d’une soirée qui se serait accommodée de plus de sobriété et à laquelle on ajoute un troisième triomphe, celui d’une partition enfin réhabilitée.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 20/06/2013
    Olivier BRUNEL

    Version de concert de Pénélope de Fauré sous la direction de Fayçal Karoui au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Gabriel Fauré (1845-1924)
    Pénélope, opéra en trois actes (1913)
    Livret de René Fauchois d’après l’Odyssée d’Homère
    Anna Caterina Antonacci (Pénélope)
    Roberto Alagna (Ulysse)
    Vincent Le Texier (Eumée)
    Edwin Crossley-Mercer (Eurymaque)
    Marina de Liso (Euryclée)
    Julien Behr (Antinoüs)
    Sophie Pondjiclis (Cléone)
    Jérémy Duffau (Léodès)
    Khatouna Gadelia (Mélantho)
    Marc Labonette (Ctésippe)
    Chœur Lamoureux
    préparation : Patrick Marco
    Orchestre Lamoureux
    direction : Fayçal Karoui

     


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