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CRITIQUES DE CONCERTS 02 juillet 2020

Nouvelle production de la Défense d’aimer de Wagner dans une mise en scène d’Aron Stiehl et sous la direction de Constantin Trinks au festival off de Bayreuth 2013.

Bayreuth off 2013 (2) :
Wagner à l’italienne

Deuxième volet du cycle consacré aux opéras de jeunesse de Wagner à Bayreuth, dans le cadre de la programmation 2013 du festival, mais exilé dans le gymnase de l’équipe locale de basketball. Pourtant, au final, cette Défense d’aimer s’avère une production assez merveilleuse, en tous points supérieure au Rienzi de la veille.
 

Oberfrankenhalle, Bayreuth
Le 08/07/2013
Hermann GRAMPP
 



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  • Après un Rienzi pour le moins décevant, le festival off consacré aux ouvrages de jeunesse de Wagner se poursuit à Bayreuth avec Das Liebesverbot, qui surprend tant par la qualité de l’œuvre que par l’exécution proposée. Et pourtant, voilà certainement l’opéra de Wagner occupant la lanterne rouge en termes de popularité, y compris parmi les trois « erreurs de jeunesse Â» du maître.

    Il est vrai qu’avec ce Liebesverbot, Wagner s‘éloigne le plus de ce qui sera son esthétique propre : alors que son premier opéra, les Fées, était dans le style romantique allemand, Rienzi une imitation du Grand opéra français, la Défense d’aimer ressortit plutôt au genre italien, approche la plus éloignée du wagnérisme. Et pourtant, il est intéressant de constater à quel point certains aspects du Wagner mûr s’y annoncent déjà.

    L’action est basée sur le Mesure pour mesure de Shakespeare et traite de l’interdiction du carnaval et de l’amour prénuptial à Palerme, dans une action virant progressivement à la turbulente comédie à l’italienne dans la tradition des Noces de Figaro, où la fameuse interdiction d’aimer sera levée in fine.

    L’œuvre apparaît d’une cohérence dramaturgique assez remarquable pour l’époque, le poème étant déjà de la plume du compositeur lui-même. La durée exagérée de l’opéra demande qu’on y opère des coupures, mais on décèlera ici ou là certains moments wagnériens lorgnant largement sur l’avenir.

    Dans la scène du monastère, un thème très familier surgit : l’Amen de Dresde, que Wagner réutilisera dans Tannhäuser et surtout Parsifal. On découvre également des traitements orchestraux inouïs, comme au II la transition entre la grande scène de carnaval et le calme du duo Isabella-Mariana, quand bois et cors créent des couleurs ensorcelantes dignes du futur Lohengrin.

    Le miracle de cette soirée réside toutefois dans la manière dont toute l’équipe s’adapte au caractère de cet opéra comique. Le metteur en scène Aron Stiehl s’approche de la trame avec légèreté, prend la comédie au sérieux (sans s’en moquer) et insuffle une vitalité théâtrale digne des Offenbach de Laurent Pelly.

    L’action est située successivement dans la jungle pour les scènes burlesques, dans un cadre austère pour les scènes du monastère puis dans une pièce avec une pléthore de tiroirs chiffrés représentant les lois et les cellules de prison. Juste assez intimiste et intérieure pour les airs et duos, la mise en scène sait recourir au comique, sans jamais tomber dans le ridicule, y compris dans la scène finale présentant des hommes des cavernes à tendance transsexuelle.

    La distribution est au diapason. Reinhard Dorn conçoit Brighella comme un second Osmin, profondément sonore et très buffo. Le jeu de Thomas Pursio (Friedrich) est un peu raide, mais son expression vocale sans faille. Les gentilhommes Claudio (David Danholt) et Luzio (Bernhard Berchthold) ont l’allure de Siciliens gominés, mais luttent tous deux avec leurs aigus. Dans les rôles secondaires, c’est Jürgen Kurth qui excelle en Angelo, dans la scène finale façon Âge de pierre.

    Mais tout comme dans Rienzi, ce sont les dames qui offrent le plus de matière à satisfaction. Viktorija Kaminskaite est une Dorella sexy dans son bikini léopard, se tirant admirablement de ses airs, Anna Schoeck une Mariana humble et chaleureuse, Christiane Libor une Isabella tout simplement sublime, atteignant à un degré de chant céleste rarement entendu dans du Wagner, fût-il de jeunesse.

    Pourtant, ce soir, le vrai miracle resterait la prestation de l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig sous la baguette de Constantin Trinks. Les coupures ont été remarquablement élaborées (suivant les standards établis par Sawallisch en 1983), chaque détail est clairement travaillé (et répété). Le jeune maestro, qui a montré des qualités straussiennes et wagnériennes louées à plusieurs reprises dans ces colonnes, fait preuve ici d’une superbe maîtrise du caractère italien.

    Les ensembles, prenants, ont un vrai souffle, les climax sont excellemment amenés, et les moments plus calmes touchent au merveilleux (pour ne rien dire du silence abyssal dans le duo Friedrich-Isabella au I). On sent l’expérience du Wagner de la maturité, chaque couleur est ouvragée, mais Trinks sait aussi se faire d’une légèreté toute transalpine. Une soirée grandiose à plus d’un titre.




    Oberfrankenhalle, Bayreuth
    Le 08/07/2013
    Hermann GRAMPP

    Nouvelle production de la Défense d’aimer de Wagner dans une mise en scène d’Aron Stiehl et sous la direction de Constantin Trinks au festival off de Bayreuth 2013.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Das Liebesverbot oder die Novize von Palermo, opéra en deux actes (1836)
    Poème du compositeur

    Chor der Oper Leipzig
    Gewandhausorchester Leipzig
    direction : Constantin Trinks
    mise en scène : Aron Stiehl
    décors : Jürgen Kirner
    costumes : Sven Bindseil
    lumières : Christian Schatz
    préparation des chœurs : Alessandro Zuppardo

    Avec :
    Thomas Pursio (Friedrich), Bernhard Berchthold (Luzio), David Danholt (Claudio), Dan Karlström (Antonio), Jürgen Kurth (Angelo), Christiane Libor (Isabella), Anna Schoeck (Mariana), Reinhard Dorn (Brighella), Sejon Chang (Danieli), Viktorija Kaminskaite (Dorella), Martin Petzold (Pontio Pilato).

     



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