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CRITIQUES DE CONCERTS 19 avril 2019

Nouvelle production de Rigoletto de Verdi dans une mise en scène de Robert Carsen et sous la direction de Gianandrea Noseda au Festival d’Aix-en-Provence 2013.

Aix 2013 (1) :
Le Grand Carsen Circus

© Pascal Victor / Artcomart

Coqueluche du Festival d’Aix-en-Provence lorsqu’il était dirigé par Louis Erlo, Robert Carsen est de retour à l’Archevêché après plus de quinze ans d’absence. Coproduit avec l’Opéra du Rhin et le Théâtre de la Monnaie, son premier Rigoletto ne dépasse pas la moyenne d’un art désormais érigé en système, dont les belles images attendues ne manquent certes par leur effet.
 

Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
Le 16/07/2013
Mehdi MAHDAVI
 



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  • En signant avec une admirable constance des spectacles aussi beaux qu’intelligents, Robert Carsen semblait avoir résolu la quadrature du cercle. Du moins jusqu’aux premières années de ce siècle. Car le metteur en scène, sans doute victime de son succès, sacrifie désormais trop souvent la qualité à la quantité, peinant à renouveler un imaginaire basé sur deux grilles de lecture parfois complémentaires, et chacune associée à une couleur dominante : le bleu pour les approches psychanalytiques ou assimilées, et le rouge pour les mises en abyme.

    Le premier Rigoletto de l’histoire du Festival d’Aix-en-Provence relève assez inévitablement de la seconde catégorie. Non plus un théâtre certes, mais un cirque dans le théâtre, qui permet au Canadien d’adjoindre à son habituelle cohorte de figurants agréables à l’œil une poignée d’acrobates qui ne le sont pas moins. Est-il besoin de préciser que ce qualificatif s’étend à l’ensemble d’une réalisation qui flatte l’œil autant qu’un certain goût du spectacle total avec suffisamment d’entorses respectueuses à la tradition pour donner l’illusion à la frange la plus conservatrice du public d’opéra qu’elle l’est moins qu’elle ne le croit ?

    Dans le désert actuel qu’est l’Opéra de Paris, une telle production serait une aubaine – qui plus est pour remplacer celle, affreusement ringarde, de Jérôme Savary. Mais a-t-elle sa place dans un festival, a fortiori celui d’Aix-en-Provence, dont l’audace théâtrale n’est plus à prouver ? Car une fois admise, voire admirée, la recherche d’images nécessairement vouées au plus bel effet – qu’il s’agisse de Gilda chantant son air sur un trapèze, suspendue au plus près des étoiles, ou de sa chute ultime – ne masque pas la banalité des schémas psychologiques mis en jeu.

    Quand bien même elle serait imputable au livret de Francesco Maria Piave, qui sans doute appauvrit la « création digne de Shakespeare » que Verdi voyait dans le personnage du bouffon difforme du Roi s’amuse de Victor Hugo, un metteur en scène aussi doué devrait la transcender au moyen d’une direction d’acteurs moins mélodramatique, sinon sommaire, et de symboles moins appuyés, même si la trop petite roulotte dans laquelle Rigoletto, clown triste plus que maléfique, a enfermé Gilda parce qu’il refuse de la voir grandir n’est pas sans charme.

    Quant à la nudité fugace du Duc – qui le reste du temps a le doigt sur la braguette –, elle n’échappe à la facilité que dans la mesure où elle peut passer pour un clin d’œil à celle, certainement plus sulfureuse en 1996, de Rosemary Joshua dans Semele de Haendel.

    Si Verdi, qu’il a pourtant peu fréquenté, n’inspire à Robert Carsen qu’un énième spectacle esthétique et cohérent, mais d’un rouge jamais flamboyant, quel opéra pourrait l’inciter à renouer avec les arrière-plans poétiques de ses plus belles réussites des années 1990 et 2000 – dont certaines ont marqué l’histoire du Festival d’Aix-en-Provence ? De la maison des morts, conclusion attendue d’un magnifique cycle Janáček entamé à 1999 à l’Opéra de Flandre ? Réponse en septembre à l’Opéra du Rhin.

    Pour l’heure, le chef d’orchestre vole la vedette au metteur en scène star. Face à un London Symphony Orchestra auquel il insuffle une italianità inespérée, Gianandrea Noseda s’affirme plus encore que dans la récente version de concert de Don Carlo comme un verdien électrisant. D’un geste incisif, il dompte l’acoustique impossible de l’Archevêché où le cœur du drame enfin palpite, et n’en est pas moins poète lorsqu’adoucissant son fouet, il met en lumière une infinité de détails et laisse respirer le chant d’un trio de protagonistes malheureusement peu prodigues de ces grands frissons vocaux dont dépend le succès de Rigoletto.

    S’il passe pour le meilleur interprète actuel du rôle-titre, ou du moins le plus recherché, George Gagnidze confère au bouffon une certaine vérité, mais le timbre demeure étouffé en dépit de l’insolente clarté du haut de la tessiture, privant son incarnation d’envergure. À la Gilda inhabituellement, et fort justement corsée d’Irina Lungu manque l’agilité et la facilité qu’exigent Caro nome. Croisement d’origine contrôlée entre Rolando Villazón et Ramón Vargas, Arturo Chacón-Cruz révèle une émission plus naturelle que le premier, mais nettement moins distinguée que le second. Et puisqu’il l’exhibe avec entrain, il n’est pas défendu de penser que le galbe de son postérieur aurait profité à des aigus tirés à force d’être complaisamment tenus.




    Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
    Le 16/07/2013
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production de Rigoletto de Verdi dans une mise en scène de Robert Carsen et sous la direction de Gianandrea Noseda au Festival d’Aix-en-Provence 2013.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Rigoletto, opéra en trois actes (1851)
    Livret de Francesco Maria Piave d’après le Roi s’amuse de Victor Hugo

    Estonian Philharmonic Chamber Choir
    London Symphony Orchestra
    direction : Gianandrea Noseda
    mise en scène : Robert Carsen
    décors : Radu Boruzescu
    costumes : Miruna Boruzescu
    éclairages : Robert Carsen et Peter Van Praet
    chorégraphie : Philippe Giraudeau
    dramaturgie : Ian Burton

    Avec :
    Arturo Chacón-Cruz (Il Duca di Mantova), George Gagnidze (Rigoletto), Elena Gorshunova (Gilda), Gábor Betz (Sparafucile), Josè Maria Lo Monaco (Maddalena), Michèle Lagrange (Giovanna), Wotjek Smilek (Il Conte di Monterone), Jean-Luc Ballestra (Marullo), Julien Dran (Matteo Borsa), Maurizio Lo Piccolo (Il Conte di Ceprano), Valeria Tornatore (La Contessa, Paggio della Duchessa), Rasmus Kulli (Usciere di corte).

     



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