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CRITIQUES DE CONCERTS 21 février 2019

Reprise de Don Giovanni de Mozart dans la mise en scène de Dmitri Tcherniakov et sous la direction de Marc Minkowski au Festival d’Aix-en-Provence 2013.

Aix 2013 (2) :
Don Giovanni trois ans après

© Patrick Berger / Artcomart

En juillet 2010, le Don Giovanni signé Dmitri Tcherniakov avait explosé telle une grenade à la tête des spectateurs du Théâtre de l’Archevêché. Trois ans plus tard, la littéralité décalée de cette fascinante proposition alimente toujours un débat à la hauteur duquel ne s’élèvent ni une distribution en grande partie renouvelée, ni la direction de Marc Minkowski.
 

Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
Le 18/07/2013
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Malgré un accueil nettement moins hostile qu’à la création, le Don Giovanni génialement réinventé par Dmitri Tcherniakov continue de diviser le public et la critique. Du premier, on aura glané quelques remarques plus ou moins fondées. « C’est totalement invraisemblable », s’écrie tout au long du premier acte une dame respectable qui ne s’imposera pas la torture du second, tandis qu’un Américain ricane, mais semble y prendre un plaisir certain.

    De la seconde, on aura constaté l’évolution, parfois radicale. Ainsi, certains ont prétendu comprendre et admettre ce qu’ils avaient voué aux gémonies, quand d’autres ont pris le prétexte des gros plans de la captation récemment parue en DVD chez BelAir Classiques pour crier au génie. D’aucuns, enfin, ont préféré camper sur leurs positions, n’y voyant qu’une fois de plus que l’expression des fantasmes d’un metteur en scène égocentrique. Et nous, qui avions défendu la vision du trublion russe envers et contre – presque – tous nos confrères ?

    Force est de constater que nous gardions des tensions de ce Don Giovanni un souvenir plus prégnant, que la reprise madrilène d’avril dernier n’avait pas non plus ravivé, contrairement au DVD. Demeure une incroyable logique dramaturgique, portée par une lecture terriblement lucide du mythe tel qu’il a traversé les siècles, épuisé mais encore vivace. Car la fascination que dégage ce vieux beau à une époque qui ne devrait plus être dupe d’un discours empreint des conventions de l’opéra du XVIIIe siècle, même réinterprétées – mariage et fidélité comme autant de notions désuètes et galvaudées –, est intacte.

    Par-delà le premier degré du livret, Tcherniakov ne détourne pas la pensée de Mozart et Da Ponte, mais la décale pour la faire entrer en résonance avec les hypocrisies de notre société contemporaine. Car son Don Giovanni est un révélateur. Qui voudrait combler le fossé entre le fantasme et le passage à l’acte, jusqu’à renverser le système des valeurs traditionnelles de la famille incarné par le Commandeur.

    En 2010, les personnages, et à travers eux les interprètes, se jetaient dans l’arène tels des cobayes, le feu sacré chevillé au corps, pour essuyer les plâtres et les huées. Parce qu’ils étaient « des comédiens qui savent chanter », comme le dit Kristine Opolais dans le bonus du DVD, prêts donc à sacrifier leur voix à ce théâtre de l’extrême. En partie renouvelée, la distribution de cette reprise réunit d’abord des chanteurs, que Tcherniakov n’a pu mener aussi loin.

    La Donna Anna de Maria Bengtsson vaut assurément mieux que celle d’une Christine Schäfer absolument réfractaire à Madrid, surtout lorsqu’elle parvient à concentrer un timbre dont la lumière a tendance à se disperser, mais ne peut rivaliser avec l’incarnation physique hallucinée de Marlis Petersen. Plus concerné qu’au Teatro Real sur le plan dramatique, musicalement plus consistant que Colin Balzer, Paul Groves perd hélas le contrôle d’une émission qui lorgne des emplois plus larges que Don Ottavio.

    Convaincu et investi, Rod Gilfry se confond cependant trop avec l'image de Bo Skovhus pour imprimer sa marque à ce Don Juan. D’autant que l’instrument, qui sait se parer dans le murmure du récitatif d’une suavité dont ne pouvait se prévaloir son prédécesseur, n’est pas moins décharné dans les airs et les ensembles. Seul rescapé du plateau initial avec le Commandeur exécrable – mais quelle stature ! – d’Anatoli Kotscherga, le Leporello de Kyle Ketelsen est égal à lui-même, excellent donc, bien qu’un peu standard, et malgré une tendance de plus en plus prononcée à aborder ses aigus comme une basse profonde.

    Joelle Harvey n’a ni la présence troublante de Kerstin Avemo, ni la silhouette, longiligne jusqu’à la caricature, de Mojca Erdman à Madrid, mais sa Zerlina a sur la sécheresse de la première et les acidités de la seconde l’avantage non négligeable d’un soprano lumineux et fruité. L’inverse de Kostas Smoriginas, Masetto ordinaire et peu projeté, dont il est difficile de concevoir par quel miracle il a été engagé pour chanter Escamillo à Salzbourg et au disque avec Simon Rattle et les Berliner Philharmoniker…

    Suite au retrait de Sonya Yoncheva, Alex Penda reprenait en Elvira le flambeau de Kristine Opolais pour les quatre dernières représentations. Le vibrato est plus rapide que jamais, les registres irréconciliables et l’aigu rétréci – ce qui l’oblige, comme tant d’autres désormais, à opter pour la version transposée de Mi tradì –, mais au moins s’élève-t-elle au degré de défonce en deçà duquel mécanique implacable de Tcherniakov ne peut s’emballer.

    Alors que Louis Langrée parvenait au tempo giusto par la liberté quasi spontanée et la souplesse des phrasés et de l’articulation, Marc Minkowski joue la surenchère jusqu’au pléonasme. S’il doit davantage à Sir Georg Solti qu’aux baroqueux en termes de pâte sonore – ce qui n’est un paradoxe qu’en apparence –, le chef français n’en a pas la précision rythmique. Dès lors, l’accélération progressive du mouvement entraîne des décalages de plus en plus fréquents, que même un London Symphony Orchestre exemplaire de clarté ne peut éviter.




    Théâtre de l’Archevêché, Aix-en-Provence
    Le 18/07/2013
    Mehdi MAHDAVI

    Reprise de Don Giovanni de Mozart dans la mise en scène de Dmitri Tcherniakov et sous la direction de Marc Minkowski au Festival d’Aix-en-Provence 2013.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes (1787)
    Livret de Lorenzo da Ponte

    Estonian Philharmonic Chamber Choir
    London Symphony Orchestre
    direction : Louis Langrée
    mise en scène, scénographie : Dmitri Tcherniakov
    costumes : Dmitri Tcherniakov et Elena Zaitseva
    éclairages : Gleb Filshtinsky

    Avec :
    Rod Gilfry (Don Giovanni), Anatoli Kotscherga (Il Commentadore), Maria Bengtsson (Donna Anna), Paul Groves (Don Ottavio), Alex Penda (Donna Elvira), Kyle Ketelsen (Leporello), Kostas Smoriginas (Masetto), Joelle Harvey (Zerlina).

     



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