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CRITIQUES DE CONCERTS 02 juin 2020

Cinquième Symphonie de Bruckner par les Wiener Philharmoniker sous la direction de Christian Thielemann au festival de Salzbourg 2013.

Salzbourg 2013 (5) :
Bruckner épuisé

© Silvia Lelli

Triste concert de matinée que cette exécution de la Cinquième Symphonie qui déçoit plus encore qu’elle ne promettait. Naguère héraut des grands Bruckner à l’ancienne, Christian Thielemann se perd dans des lenteurs lénifiantes et transitions interminables. Le Philharmonique de Vienne a beau faire tout son possible, Bruckner en ressort lessivé.
 

GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
Le 10/08/2013
Yannick MILLON
 



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  • On a beau savoir que Christian Thielemann est un chef très inĂ©gal, y compris au sein d’un mĂŞme rĂ©pertoire – comparer les ratages successifs de ses Ring et les rĂ©ussites de ses autres Wagner est riche d’enseignement –, on ne s’explique pas comment il a pu rĂ©ussir Ă  ce point la Cinquième de Bruckner lors de son investiture Ă  Munich en 2004, et la rater dans les grandes largeurs avec un orchestre pourtant supĂ©rieur ce matin Ă  Salzbourg.

    Dans l’intervalle, son approche typiquement germanique, à l’ancienne, faite de poids, d’art des transitions, de longueur de vue, s’est faite sa propre caricature. À Munich, carrure, poigne, hauteur de vue et sonorité marmoréenne servaient une interprétation impériale et immense.

    Neuf ans plus tard, l’assise est devenue encroûtement, la hauteur de vue perte du fil conducteur, la poigne laisser-aller, et le marbre s’est effrité au point que cette nouvelle Cinquième n’est pas loin de l’image associée à Bruckner dans les pays latins : une musique pachydermique, poussive dans ses répétitions avachies, en un mot teutonne.

    Il faut dire aussi qu’au bout de bientôt quinze ans de présence quasi continue à Bayreuth, le chef allemand a fini par wagnériser Bruckner, comme le firent déjà du vivant du compositeur les mauvais conseilleurs parmi ses élèves cherchant à atténuer les ruptures et changements de climat abrupts de son langage en les lissant.

    Car il s’agit bien ici d’une manière de tourner le dos à la singularité même des compositions du maître de Saint-Florian, sans même évoquer un Ländler complètement plombé de caractère dans la partie centrale du Scherzo. Et si Thielemann n’a jamais aimé les attaques franches, préférant rentrer dans le son en rondeur, et amortir les accords finaux, il se parodie là encore, vidant le son orchestral de son énergie vitale même – un énoncé de fugue boueux, incompréhensible de longueur d’archet dans le Finale.

    On a d’une certaine manière l’impression qu’au terme d’un règne relativement court au Philharmonique de Munich (2004-2011), le Berlinois s’est laissé hanter par le fantôme de Celibidache, dont il n’a pourtant en rien le magistère analytique ou la patience d’élaboration, mais dont il commence à singer les tempi quasi intenables – ici quatre-vingt-cinq interminables minutes.

    On est d’autant plus navré que les Wiener sonnent une fois encore en splendeur, avec leurs couleurs lumineuses et crépusculaires à la fois, ce cor viennois opalescent, la somptuosité des vents à investir la phrase musicale, la douceur infinie des piani de flûte et de clarinette, et toujours ces cordes soyeuses qui sont sans doute les plus belles du monde.

    Devant cette approche cotonneuse et rondelette, on se demande bien l’intérêt d’avoir multiplié les cuivres requis par la partition sans que cela ne s’entende à aucun moment, ou doublé une partie de timbales sous l’étouffoir dans les roulements finaux des premier et dernier mouvements.

    Car voir le pauvre Anton Mittermayr retenir sans cesse sa force de frappe mythique semble un beau gâchis de potentialités dans cette Cinquième de Bruckner qui s’annonçait anthologique, et qui restera un grand flop. C’est qu’on a beau se trouver dans le plus luxueux train du monde, avec une locomotive qui peine autant dans les montées, le voyage n’a rien d’une partie de plaisir.




    GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
    Le 10/08/2013
    Yannick MILLON

    Cinquième Symphonie de Bruckner par les Wiener Philharmoniker sous la direction de Christian Thielemann au festival de Salzbourg 2013.
    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n° 5 en sib majeur
    Wiener Philharmoniker
    direction : Christian Thielemann

     


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