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CRITIQUES DE CONCERTS 06 aoűt 2020

Nouvelle production de Siegfried de Wagner dans une mise en scène de Frank Castorf et sous la direction de Kirill Petrenko au festival de Bayreuth 2013.

Bayreuth 2013 (3) :
L’odeur de la poudre

© Enrico Nawrath / Bayreuther Festspiele

Léger regain d’intérêt pour le troisième volet du Ring de Castorf, qui malgré une multiplication des incohérences de lieu questionne sans ménagement les rapports entre les personnages, culminant dans un duo final déjanté qui fera sortir les spectateurs de leurs gonds. Ou le retour de l’odeur de la poudre et des sifflets à roulette à Bayreuth.
 

Festspielhaus, Bayreuth
Le 17/08/2013
Yannick MILLON
 



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  • Depuis combien d’annĂ©es n’a-t-on vu autre chose qu’un Siegfried anti-hĂ©ros sur une scène d’opĂ©ra ? Castorf s’enfonce donc tout naturellement dans la brèche avec son sauvageon petite frappe en blouson de cuir et chaĂ®ne de loubard de sous-prĂ©fecture autour du cou.

    Quant à sa fameuse kalachnikov, dont la salve assourdissante et la forte odeur de poudre ont fait vomir un spectateur il y a quinze jours, elle sert d’alternative habile à l’épée pour dégommer un Fafner juste mafieux, et montre au moins l’étendue de la couardise du personnage, pas même à la hauteur d’un combat au corps à corps.

    Pour le reste, on continue l’éparpillement géographique de ce Ring atomisé, cette fois promené entre un improbable Mont Rushmore américain où trônent dans la roche les figures tutélaires du communisme (Marx, Lénine, Staline et Mao), et l’entrée du RER de l’Alexanderplatz de Berlin, où Siegfried viendra rêvasser sous un réverbère et recevoir la visite de l’Oiseau conçu comme un révélateur de la sexualité sous les atours d’une petite allumeuse en plumes façon Casino de Paris.

    Mais le plus drôle reste l’initiation de Siegfried qui semble succomber aux étincelles provoquées par l’Oiseau, qu’il commence à peloter au tomber de rideau du II. On ne saura jamais s’ils ont consommé, mais une fois Brünnhilde réveillée, notre héros semble plus occupé, comme en période post-coïtum, à examiner le menu d’un restau berlinois qu’à honorer sa future attendant gentiment sur sa chaise. Couple promis à un riant avenir.

    Sous les rires du public, qui se transformeront en bataille rangée quelques minutes plus tard, les amoureux n’ayant rien à se dire passent ainsi leur premier dîner en tête-à-tête à nourrir deux crocodiles – sur Alexanderplatz, quoi de plus normal ? – venant de copuler sous leurs yeux, avant que le héros ne vole au secours de l’Oiseau, débarrassé de ses plumes, en train de se faire engloutir par la vilaine bébête à longues dents.

    © Enrico Nawrath

    Auparavant, on avait pourtant beaucoup aimé la déchéance du Wanderer, grimé tel un Canio à bout de nerfs, déchiré, et empêtré dans une vraie dispute conjugale avec une Erda danseuse de cabaret, qui finira par le supplier à genoux et cherchera à se faire pardonner avec… une pipe. Ou l’art de ruiner l’intelligence théâtrale par un détail too much.

    Toujours est-il qu’au tomber de rideau, la moutarde monte au nez d’une frange du public excédée, amplifiant ses huées par l’utilisation de quelques sifflets à roulette qui crépitent depuis la galerie. On se croirait revenu aux premiers temps du Ring de Chéreau, dont la cohérence globale n’avait rien à voir avec ces séquences théâtrales brillantes mais complètement déconnectées entre elles.

    Dans la fosse, Petrenko suscite toujours autant l’admiration, et si l’on a connu forêts plus inquiétantes, il signe l’une des plus belles scènes du rocher de Brünnhilde que l’on ait entendues, dessinant les volutes de fumée du rideau de feu franchi avec un sentiment d’élévation digne de Parsifal, chaque période appelant la suivante avec une totale évidence dramatique qui est le négatif même de l’éparpillement de la mise en scène.

    L’acoustique de Bayreuth ne fait aucun cadeau au Siegfried de Lance Ryan : si la voix est impressionnante de largeur et d’endurance, que de laideurs dans cette Ă©mission coincĂ©e dans le nez, dans ce chant dĂ©braillĂ© Ă  la demi-teinte proprement hideuse ! Le public ne s’y trompe pas, qui lui fait payer ses manières de butor.

    Wolfgang Koch, la voix toujours autant dans le masque, triomphe sans peine du volet le plus athlétique de Wotan-Wanderer, et affronte ses séries d’aigus sans l’ampleur des grands du passé, mais avec une franchise qui force le respect. Quant à Catherine Foster, elle endosse crânement la partie la plus casse-gueule du rôle de Brünnhilde, plutôt fraîche au réveil, un rien courte sur ses grands aigus mais avec un vrai beau médium qui confirme la féminité du personnage.

    Oiseau à la voix idéalement dragueuse au vu du contexte, Erda aussi peu séduisante de timbre que dans Rheingold, Fafner au beau creux, Mime piaillant à souhait mais parfois un rien trop léger de Burkhard Ulrich, et Alberich de Martin Winkler qui confirme qu’il est bien LA révélation de ce Ring, impérial de stature vocale et de caractérisation.




    Festspielhaus, Bayreuth
    Le 17/08/2013
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Siegfried de Wagner dans une mise en scène de Frank Castorf et sous la direction de Kirill Petrenko au festival de Bayreuth 2013.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Siegfried, deuxième journée du festival scénique Der Ring des Nibelungen (1876)
    Livret du compositeur

    Orchester der Bayreuther Festspiele
    direction : Kirill Petrenko
    mise en scène : Frank Castorf
    dĂ©cors : Aleksandar Denić
    costumes : Adriana Braga Peretzki
    Ă©clairages : Rainer Casper
    vidéo : Andreas Deinert & Jens Crull

    Avec :
    Lance Ryan (Siegfried), Burkhard Ulrich (Mime), Wolfgang Koch (Der Wanderer), Martin Winkler (Alberich), Sorin Coliban (Fafner), Nadine Weissmann (Erda), Catherine Foster (BrĂĽnnhilde), Mirella Hagen (Waldvogel).

     



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