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CRITIQUES DE CONCERTS 18 aoűt 2019

La Belle Meunière de Schubert par Michael Schade accompagné au piano par Rudolf Buchbinder au festival de Salzbourg 2013.

Salzbourg 2013 (8) :
Le Pierrot meunière

© Harald Hoffmann

Proposition extrême de Michael Schade et Rudolf Buchbinder que cette Belle Meunière expressionniste où l’on se demande à quel moment le Meunier va éventrer la belle sur laquelle il a jeté son dévolu. Une conclusion décomplexée fait planer le doute : cette approche brutale mais passionnante était-elle délibérée ou due à une pleine voix devenue ingrate ?
 

Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
Le 24/08/2013
Thomas COUBRONNE
 



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  • Nous avons dans l’ensemble toujours adhĂ©rĂ© aux prestations de Michael Schade, qui a de la musicalitĂ©, de l’intelligence, du style. Mais nous devons avouer que cette Belle Meunière nous a laissĂ© rĂŞveur ; on ne sait trop Ă  quoi on a assistĂ© en rĂ©alitĂ©.

    Dans une agogique très élastique, ponctuée de maniérismes typiques de cette génération de chanteurs marquée par les relectures baroques d’un peu tous les répertoires à l’aveugle, attaques par en dessous – une octave tout de même par-ci par-là –, blancheurs de timbre, inégalité systématique des mélismes, le ténor empoigne Das Wandern sur un piano malhabile, boueux, tenu par un Rudolf Buchbinder ici manifestement accroché à la lecture de ses notes.

    On imagine tout de suite le récital bâclé et sans construction, la Belle Meunière de plus où chacun joue les notes avec son savoir-faire, sans s’être posé la moindre question interprétative. Pas impeccable techniquement, en plus : la voix bouge, le vibrato n’est pas beau, et la main droite du piano est sale. Dans Wohin ?, même la mise en place se fait approximative – elle le restera –, puis après un Halt ! endiablé, un Danksagung an den Bach très récitatif expose une matière vocale pas si éloignée de la sécheresse d’un Peter Schreier.

    Mais tout change avec Am Feierabend (n° 5). Pas de tristesse ici, seulement de la colère pure, brutale, histrionique : des arrêts, du rubato, une danse grotesque, un timbre ogresque. Ce n’est pas Werther qui parle, c’est plutôt Wozzeck qui affûte son couteau. Et ce n’est que le début. Der Neugierige (n° 6) expose l’autre versant cyclothymique de ce personnage fou : la dépression, la raréfaction, le vide, dans un tempo jamais loin de s’arrêter où les forte claquent comme des cris acérés. On pourrait tenir le sommet expressif du cycle.

    Il n’en est rien : une construction subtile apparaît bien vite. À intervalle régulier, les n° 6, 12 et 18 sont d’une intériorité très marquée, dans des tempi lentissimes, aux confins du silence, où l’on sent également dans un toucher pianistique particulièrement délicat et hiérarchisant matériau thématique et formules d’accompagnement un mal-être psychologique tangible, presque métaphysique. L’essence du romantisme, d’une certaine manière. On n’avait jamais imaginé Pause si sépulcral, si las, si monomaniaque.

    En regard, les interprètes jalonnent d’une brutalité sans nom le parcours de cet effrayant Meunier ; dans la vraie vie, on appellerait bien vite les autorités pour signaler qu’un individu dangereux harcèle une jeune fille innocente. Certains accès de possessivité font froid dans le dos – Mein ! – quand il ne s’agit pas purement et simplement de sadisme – la punition de la vilaine Meunière dans Eifersucht und Stolz, le ruban vert offert dans Mit dem grünen Lautenband comme, on ne sait, un bonbon pour attirer un enfant ou un fétiche que la victime doit porter au moment du meurtre.

    Dans la berceuse finale, on entrevoit une conception hallucinante de toute cette histoire : le couplet 3 – le Chasseur – met le Ruisseau en colère – est-il fou lui aussi ? Le couplet 4 enfonce le clou : c’est peut-être le Ruisseau – donc la nature – qui est mauvais depuis le début, qui a tout prémédité, lui qui essaie la séduction et la brutalité avec la Meunière, à la manière d’un Erlkönig. Conclusion expressionniste, à l’arrêt, à peine audible.

    Pourtant, trois détails nous troublent et nous empêchent de nous abandonner à l’enthousiasme. Il y a d’abord la question du point de vue : la surprise finale – le Ruisseau est fou – affaiblit et contrecarre la folie du Meunier ; et si c’est le poète qui s’emporte avec ses personnages, cela repose l’éternelle question de l’efficacité ironique, car il faut bien que quelqu’un soit simplement sincère pour qu’on puisse se moquer de lui.

    Ensuite, on n’aura pas entendu une seule belle note de pleine voix du concert. Les aigus joyeux sont systématiquement défigurés – Ungeduld par exemple – et l’on croit entendre glapir Mime dès que Schade cherche à chanter fort. Du coup une lecture beaucoup plus triviale de cette interprétation nous vient à l’esprit, d’autant que notre troisième détail vient nous ébranler : deux bis incongrus montrent un Musensohn plus hystérique que joyeux, et une Truite certes aquatique mais d’un empressement bien indigeste après la mort lunaire du Meunier.




    Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
    Le 24/08/2013
    Thomas COUBRONNE

    La Belle Meunière de Schubert par Michael Schade accompagné au piano par Rudolf Buchbinder au festival de Salzbourg 2013.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Die schöne Müllerin
    Michael Schade, ténor
    Rudolf Buchbinder, piano

     


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