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CRITIQUES DE CONCERTS 18 septembre 2019

Première au festival d’été de Salzbourg de Norma de Bellini dans la mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser et sous la direction de Giovanni Antonini, en coproduction avec le festival de Pentecôte.

Salzbourg 2013 (9) :
La modernité de Norma

© Hans-Jörg Michel

Très attendue, Cecilia Bartoli fait taire tant les détracteurs de son tempérament agité que les réserves sur ses limites baroques. Une Norma aussi moderne, aussi dramatique, aussi rigoureuse, on n’avait jamais vu ni entendu cela. Un spectacle servi par deux comprimari de grande classe, un orchestre théâtral et une mise en scène profondément humaine.
 

Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
Le 24/08/2013
Thomas COUBRONNE
 



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  • Après un Giulio Cesare dĂ©sopilant, c’est non plus Ă  l’Égypte mais Ă  la Gaule que s’attaque le tandem Caurier-Leiser Ă  Salzbourg avec une Norma très attendue, voulue par Cecilia Bartoli pour son Festival de PentecĂ´te. Sans surprise, le point commun entre les deux productions est moins la question de l’envahisseur romain que l’excellence de la production.

    Exit les panaches de centurions et les sangliers d’Astérix, il s’agit ici de résistance, et Norma la décideuse parce qu’elle a le savoir sera tout naturellement la directrice d’une école française sous l’Occupation.

    Dans une scénographie exemplaire d’économie et d’évocation – l’irruption des Nazis après la récréation sous le regard de la directrice de dos frappe fort dès l’ouverture – où la prêtresse de la lune allume la grosse ampoule blanche du plafonnier à son entrée en scène, les résistants enterrent leurs victimes sous le plancher de la salle de classe, dont le malheureux Flavio passé à tabac dans les règles de l’art.

    Un simple rideau noir réduit le plateau à la chambre de Norma avec, occupation oblige, une armoire masquant l’accès à la chambre des enfants, tandis que les éclairages cinématographiques de l’école s’y concentrent en un cadre de lumière de plus en plus écrasant au fil des scènes. Le mobilier, les objets sont exploités avec une maîtrise assez époustouflante, où l’on n’est jamais agacé par l’accessoire, mais où personnages et figurants puisent un réalisme, une immédiateté libérateurs.

    La direction d’acteurs, dans sa minutie et surtout sa maîtrise du temps, instille une tension durable sous un naturel apparent ; on peut ainsi croire à ce dilemme entre amour et loyauté, au fond très ordinaire, partagé par tous les résistants à toutes les dictatures, et même les heurts manifestes de la transposition – la dimension sacrée en particulier – ne posent aucun problème, tant l’adoration des résistants pour Norma est crédible – la directrice de l’école n’est-elle pas la représentante non seulement du savoir mais de la moralité, de l’intégrité, du civisme ?

    Et pour ne pas croire aux tourments de Cecilia Bartoli, il faudrait avoir un cœur bien sec, tant elle se révèle ici l’alternative à Callas. Certes la voix est ténue, dépourvue de l’aura de pathos de celle qui a marqué le rôle par l’humanité de son interprétation, mais en marchant sur les traces de la Malibran, qui fut une des plus acclamées Norma du XIXe siècle, elle atteint par des chemins opposés à la même qualité d’incarnation.

    Pas ici de timbre écorché, bouleversant par la vulnérabilité qui le traverse, par le feu que les mots lui insufflent, mais un très beau chant, une pudeur magnifique alliés à une rigueur musicale exemplaire. Rigueur littéraire aussi, tant les paroles modèlent le phrasé et le legato, tant les coloratures rhétoriques et jamais décoratives – les piqués avec Adalgisa –, les modulations de la dynamique accompagnent les mots. Générosité théâtrale enfin, avec une franchise, une humilité vraiment touchantes.

    C’est aussi que la diva s’est acoquinée avec le chef baroqueux Giovanni Antonini et La Scintilla : les corone proportionnées, les tempi cursifs, tenus, et le rubato ne semblent plus un caprice dicté par le confort vocal, les nuances se font précises, les staccati soignés – les notes répétées de Casta diva sans attaque par en dessous mais tout en douceur, avouons que nous en avions rêvé – et l’on entend enfin ce qu’est aussi la musique de Bellini : une héritière de Haendel !

    Les contrastes de dynamique, de tempo, de modes d’attaques de l’orchestre répondent à un Chœur de la Radio-Télévision suisse de Lugano d’une exactitude diabolique, tant dans le texte que dans le phrasé, alternant piani suspendus et éclats cinglants.

    Le Pollione ambigu de John Osborn, aussi velouté que séducteur, aussi agile que fuyant, aussi arrogant qu’innocent, déploie de belles nuances, une franchise de timbre et de diction très élégantes, et une virtuosité exemplaire, avec un moelleux à la Bergonzi, lumineux et élégiaque, tandis que Rebeca Olvera apporte avec son rayon de pure lumière vocale un angélisme très touchant malgré une couleur parfois très claire, ouverte, entre le soprano blond et la soubrette, qui peut-être déconcertera les habitués mais rappelle qu’elle est une enfant pour Norma.

    La compréhension entre les deux femmes n’a plus rien ici d’une péripétie post-métastasienne, comme trop souvent, et paradoxalement, c’est en retournant gratter dans le classicisme de cette œuvre qu’on découvre sa modernité.




    Haus fĂĽr Mozart, Salzburg
    Le 24/08/2013
    Thomas COUBRONNE

    Première au festival d’été de Salzbourg de Norma de Bellini dans la mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser et sous la direction de Giovanni Antonini, en coproduction avec le festival de Pentecôte.
    Vincenzo Bellini (1801-1835)
    Norma, tragedia lirica en deux actes (1831)
    Livret de Felice Romani

    Coro della Radiotelevisione svizzera, Lugano
    Orchestre La Scintilla
    direction : Giovanni Antonini
    mise en scène : Patrice Caurier & Moshe Leiser
    décors : Christian Fenouillat
    costumes : Agostino Cavalca
    Ă©clairages : Christophe Forey
    préparation des chœurs : Diego Fasolis & Gianluca Capuano

    Avec :
    Cecilia Bartoli (Norma), Rebeca Olvera (Adalgisa), John Osborn (Pollione), Michele Pertusi (Oroveso), Liliana Nikiteanu (Clotilde), Reinaldo Macias (Flavio).

     



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