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CRITIQUES DE CONCERTS 22 mai 2018

Reprise de l’Affaire Makropoulos de Janáček dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski et sous la direction de Susanna Mälkki à l’Opéra de Paris.

Un nouvel éclairage
© Agathe Poupeney

Deuxième reprise à l'Opéra Bastille de l'Affaire Makropoulos dans la mise en scène quasi définitive de Krzysztof Warlikowski. Ricarda Merbeth et l'ensemble de la distribution pâtissent de la comparaison avec leurs prédécesseurs mais Susanna Mälkki, rompue au répertoire contemporain, crée la surprise dans la fosse en insufflant ampleur et mélancolie à Janáček.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 19/09/2013
Laurent VILAREM
 



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  • Il existe trois sortes de spectateurs pour cette reprise de l’Affaire Makropoulos selon Krzysztof Warlikowski. Les premiers découvrent l'opéra. Gageons que l'histoire concoctée par Janáček leur donne du fil à retordre. Le livret nous plonge en effet dans les méandres d'une affaire juridique au premier acte puis dans les caprices d'une diva mystérieuse au deuxième.

    La mise en scène ne les aide sans doute guère à la compréhension puisque les costumes filent une métaphore appuyée à Marylin Monroe, associée à des extraits cinématographiques (Sunset Boulevard notamment), jusqu'à l'apparition d'un King Kong géant. Le troisième et dernier acte décante enfin les choses, à savoir qu’Emilia Marty (alias Elina Makropoulos) est une immortelle de 337 ans ayant bu un philtre de jeunesse par le passé.

    Bilan probable de l'initiation : un spectacle visuellement intéressant mais frustrant à suivre et difficile à apprécier sur le moment. Il existe aussi l'amateur de Janáček qui découvre pour la première fois la mise en scène de Warlikowski. L'idée du film d'introduction l'installe tout de suite dans l’âge d'or du Hollywood des années 1950, établissant un rapprochement fertile entre Emilia Marty et les stars de cinéma.

    On embarque dès lors pour une prodigieuse réflexion sur la jeunesse éternelle, les pulsions de vie et de mort et la quête de célébrité, avec une insolence qui offre ce que le théâtre a de meilleur à l'opéra, sans jamais occulter la partie purement musicale. Bilan probable du spectacle : une somptueuse soirée qui déploie les possibilités philosophiques et dramatiques d'une œuvre à son maximum d'intelligence théâtrale. Un écueil cependant, l'émotion affleure seulement.

    Et puis, il y a ceux, nombreux aussi, qui ont déjà vu la mise en scène de Warlikowski en 2007 ou en 2009. Pour eux, le bilan se fera plus mesuré, car cette reprise s'avère nettement en-deçà de la précédente. Dès sa première apparition, il faut se rendre à l'évidence, Riccarda Merbeth n'est pas très à l'aise dans sa robe de Marylin. Mais avec abnégation, elle se plie aux exigences physiques réclamées par la mise en scène et finit par triompher d'un rôle complexe grâce à un timbre chaleureux et une musicalité hors-pair.

    C'est ici que le bât blesse. Est-ce la routine d'une production qui a déjà beaucoup tourné ou une équipe vocale moins concernée ? Le spectacle met du temps à décoller. Les déplacements sur scène sont moins rôdés qu'il y a trois ans. On se retrouve ainsi dans un entre-deux entre théâtre et opéra, où des chanteurs maladroits essaient de mimer la spontanéité et la vivacité de l'improvisation théâtrale.

    Le Regietheater y perd sa force de subversion et ses tics apparaissent : faux interludes improvisés, chanteurs sur le devant de la scène à la manière d'un speaker, vidéo conceptuelle qui tourne en boucle. Petit à petit, le décalque s'anime néanmoins, particulièrement dans les scènes de séduction (malgré un ténor, Atilla Kiss-b, court en voix), et le spectacle finit par retrouver sa magie.

    La réussite de la soirée, on la doit également et surtout à Susanna Mälkki, ancienne patronne de l'Ensemble Intercontemporain, qui dirige l'Orchestre de l'Opéra pour la deuxième fois après le ballet Siddharta. Comme on pouvait s'y attendre avec cette experte de musique contemporaine, l'orchestre sonne avec une clarté exceptionnelle. Les bribes mélodiques et les ostinati rythmiques chers à Janáček cinglent et s'enchevêtrent, notamment les apparitions solistes qui sonnent avec une modernité hallucinante.

    Mais la Finlandaise ne se contente pas de faire briller son orchestre. Plus surprenant de la part d'une aguerrie à la musique d'aujourd'hui, elle favorise une lenteur et une épaisseur du son qui sertissent l'ensemble d'une nostalgie et d'une gravité dont on n'avait pas le souvenir avec la direction allante de Thomas Hanus. Et si par l'implication moindre des différents éléments, la scène finale déçoit, l'Affaire Makropoulos selon Warlikowski reste un spectacle inoubliable, qui résonne longtemps après la fin de la représentation.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 19/09/2013
    Laurent VILAREM

    Reprise de l’Affaire Makropoulos de Janáček dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski et sous la direction de Susanna Mälkki à l’Opéra de Paris.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    Věc Makropulos, opéra en trois actes (1926)
    Livret du compositeur d'après la comédie de Karel Čapek

    Chœur et Orchestre de l'Opéra de Paris
    direction: Susanna Mälkki
    mise en scène: Krzysztof Warlikowski
    décors et costumes: Malgorzata Szczesniak
    vidéo : Denis Guéguin
    éclairages : Felice Ross
    préparation des chœurs : Alessandro Di Stefano

    Avec :
    Ricarda Merbeth (Emilia Marty), Atilla Kiss-b. (Albert Gregor), Vincent Le Texier (Jaroslav Prus), Jochen Shmeckenbecher (Dr Kolenaty), Andreas Conrad (Vítek), Andrea Hill (Krista), Ladislav Elgr (Janek), Ryland Davies (Hauk-Šendorf).

     



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