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CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2018

Version de concert du Vaisseau fantôme de Wagner sous la direction de Yannick Nézet-Séguin au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Un vaisseau bien ancré
© Marco Borggreve

Une version de concert vaut certes mieux qu’une mise en scène en délire. Très bien mené par Yannick Nézet-Séguin le tumultueux opéra de Wagner a bénéficié de grandes et belles voix, mais a manqué de passion, de mouvement, d’une homogénéité théâtrale que l’on peut bien réaliser même sans vrais déplacements ni agitation inutile. Un peu chacun pour soi et le diable pour tous.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 18/09/2013
Gérard MANNONI
 



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  • Malgré sa construction assez linéaire, le Vaisseau fantôme est un opéra complexe, dérangeant, plongeant aux tréfonds du subconscient de l’âme humaine. La lutte entre le bien et le mal, entre damnation et salut pourrait être manichéenne si elle ne passait ici par une multitude de sentiments humains à géométrie variable comme la cupidité de Daland qui vend sa fille à un inconnu, la jalousie balourde d’Erik qui ne comprend rien à sa future, les fantasmes de Senta qui distingue mal rêve et réalité, les refoulements terribles du Hollandais en permanente frustration.

    Tout cela, en fin de compte, c’est davantage la partie orchestrale et chorale qui l’exprime, dans ses élans tourbillonnants, ses oppositions de thèmes qui surgissent et disparaissent, s’opposent ou s’allient, se bousculent ou avancent côte à côte, dans une fabuleuse trame sonore sur laquelle les airs et ensembles s’inscrivent assez sagement comme des personnages sur une tapisserie.

    S’appuyant sur le superbe Orchestre philharmonique de Rotterdam, aux sonorités idéales pour cette musique, et sur l’admirable chœur du Nederlandse Opera qui semble lui aussi avoir été fait pour cette partition, Yannick Nézet-Séguin brasse magistralement cette matière sonore lui donnant toute sa puissance et son épaisseur sans nuire à sa clarté, même dans ses plus sombres accents. Un travail de clair-obscur formidable. Pour autant, il ne parvient malheureusement pas à créer une homogénéité dramatique crédible entre les interprètes vocaux.

    Ceux-ci sont individuellement brillants. Dans le rôle du Hollandais, on attendait bien sûr Evgeni Nikitin. Stature impressionnante, sans veste et chemise moulant un torse d’athlète, queue de cheval blonde, le physique s’impose, tout comme la voix si grande et au timbre si bien frappé. Il serait plus dans la lignée sombre des George London que dans celle plus sensuelle des Thomas Stewart, mais il lui manque une dimension métaphysique, une intériorité qui peuvent rendre le personnage intéressant au-delà du simple effet vocal. On est forcément atteint par cette voix d’une qualité rare, mais la dimension diabolique, angoissée, désespérée est absente. D’une certaine manière, il y a plus de santé que de désespoir.

    D’autant que la fusion passionnelle ne se fait pas avec la très belle Senta d’Emma Vetter, qui a une très bonne voix pour ce rôle difficile, ampleur, timbre large sur toute la tessiture et beaucoup de sensibilité. On y croit, mais elle ne semble pas très concernée par ce que chante son partenaire, pas plus lui ne paraît l’être de ce qu’elle dit. Chacun chante le mieux qu’il peut, mais pour le public, pas pour les autres chanteurs aussi.

    C’est aussi vrai pour le Daland parfait de Franz-Josef Selig, le puissant Erik de Frank van Aken, et Agnes Zwierko dans le rôle sacrifié de Mary, tandis que Torsten Hofmann en Timonier fait ce qu’il peut d’une voix étriquée à l’émission serrée. Un déploiement vocal presque totalement réussi, mais pas de théâtre, pas de mystère, pas de contacts humains. Bien des opéras en version de concert ont prouvé sur cette même scène et sur d’autres que l’on pouvait, sans rien exagérer, donner une vie aux personnages et surtout faire croire au drame.

    Un beau récital vocal mais l’émotion vient d’abord de l’orchestre et des chœurs. La tempête était bien sur la mer mais pas dans les âmes.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 18/09/2013
    Gérard MANNONI

    Version de concert du Vaisseau fantôme de Wagner sous la direction de Yannick Nézet-Séguin au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Der fliegende Holländer, opéra en trois actes (1843)
    Evgeny Nikitin (Le Hollandais)
    Franz-Josef Selig (Daland)
    Emma Vetter (Senta)
    Frank van Aken (Erik)
    Agnes Zwierko (Mary)
    Torsten Hofmann (le Timonier)
    Chœur du Nederlandse Opera
    Orchestre philharmonique de Rotterdam
    direction : Yannick Nézet-Séguin

     


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