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CRITIQUES DE CONCERTS 18 février 2018

Concert de l’Orchestre national de France sous la direction de Daniele Gatti, avec la participation de la pianiste Khatia Buniatishvili au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

La Grande Bellezza
© Pablo Faccinetto

Brillante soirée d’orchestre pour ce concert qui suit de peu l’ouverture de saison du National au TCE. Tout feu tout flamme aux côtés de la pianiste Khatia Buniatishvili dans un Rachmaninov bien faible, Daniele Gatti défend une vision karajanesque très séduisante du Roméo et Juliette de Tchaïkovski et des poèmes romains de Respighi.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 26/09/2013
Yannick MILLON
 



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  • On a assez écrit que Daniele Gatti peut être affreusement inégal d’un concert à l’autre, au point qu’on peine à se faire une idée définitive sur son art de la direction, pour reconnaître sa maestria les bons soirs. Et ce concert de rentrée au Théâtre des Champs-Élysées compte indubitablement parmi ceux-ci.

    Il y a quelque temps qu’on n’avait plus entendu en direct le National, et force est de constater que son image sonore a gagné en ampleur, perdant petit à petit le côté un peu malingre de ses cordes, de sorte qu’on ne remarque plus comme un exotisme la clarté française de ses admirables bois dans les répertoires autres qu’hexagonaux.

    Qu’on nous pardonne de passer vite sur les Variations sur un thème de Paganini de Rachmaninov, tant l’œuvre nous paraît creuse, basée sur le thème le plus bête du monde varié avec des trésors d’ingéniosité mais aussi à la manière des jeux du cirque, convoquant jusqu’au Dies irae grégorien pour assaisonner un exercice d’une totale vacuité dont s’acquittent la digitalité infernale de Khatia Buniatishvili – confirmée dans un Prokofiev martellato en bis – et les saillies au cordeau du National.

    Privilégiant une battue souple et un rubato de bon aloi, contenu dans des limites tout à fait acceptables, Daniele Gatti cherche avant tout à donner du poids dramatique à l’ouverture-fantaisie Roméo et Juliette de Tchaïkovski, qui marque le début d’un cycle consacré tout au long de la saison au compositeur russe.

    Faisant phraser les cordes à plein archet, tout en longueur et en soutien dans l’entrée de l’épisode de la rixe – au point d’en perdre sa baguette –, il instille au fur et à mesure une tension croissante, à son acmé lorsque Capulet et Montaigu croisent le fer, pulsation imperturbable et accents tranchants de la percussion. Faisant chanter admirablement les cordes dans les pages plus lyriques, il bâtit une dramaturgie où filtre sans cesse le chef d’opéra.

    Après l’entracte, le programme se concentre sur les deux premiers volets du triptyque romain de Respighi, les plus extérieures Fêtes romaines n’ayant jamais suscité le même intérêt des grands chefs. Dans Fontaines de Rome, l’ONF opère des miracles de subtilité dans la douce lumière matutinale de Valle Giulia, bois en état de grâce, cordes en sourdine diaphanes.

    On retrouvera le même climat, versant crépusculaire, pour la Villa Médicis, où le tintement d’un célesta et d’une cloche sur la septième viendront à peine troubler un mi majeur limpide et lumineux, après les éclaboussures sonores du char de Neptune dans la lumière de midi de la Fontaine de Trévi où les cuivres se font impériaux, dans une superbe démonstration d’impressionnisme musical, aux gradations chromatiques multiples chez un Gatti inspiré comme rarement.

    Dans les Pins de Rome, le maestro marche clairement sur les pas de Karajan, et après de cursifs jeux d’enfants devant la Villa Borghèse, creuse dans les tréfonds de l’orchestre et du ralentissement pour faire résonner le chant de pèlerins des Pins près d’une catacombe, où son phrasé de cordes frôle tout de même le désarticulé.

    On goûte en revanche le moment d’apesanteur des Pins du Janicule, entre chant de rossignol sur bande magnétique et la clarinette de rêve, aux attaques immatérielles de Patrick Messina, petite parenthèse hors du temps, comme pour mieux préparer le dernier volet, pièce de choix pour tout maestro qui se respecte.

    Dans la lente mais très régulière montée des légions romaines sur la Via Appia, Gatti construit un crescendo constant, d’un fondu orchestral prodigieux, aux antipodes des coups de boutoir d’un Toscanini, mais avec une vraie force intérieure et une spatialisation des buccins au balcon du TCE qui donne l’impression de remplir l’immensité du Capitole.

    Dans le sillon du long métrage de Paolo Sorrentino sorti au printemps en déclaration d’amour à la Ville éternelle, Gatti nous invitait ce soir à sa manière à goûter la Grande Bellezza de Rome.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 26/09/2013
    Yannick MILLON

    Concert de l’Orchestre national de France sous la direction de Daniele Gatti, avec la participation de la pianiste Khatia Buniatishvili au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Roméo et Juliette, fantaisie symphonique op. 40
    Sergei Rachmaninov (1873-1943)
    Variations sur un thème de Paganini op. 43
    Khatia Buniatishvili, piano
    Ottorino Respighi (1874-1936)
    Fontane di Roma
    Pini di Roma
    Orchestre national de France
    direction : Daniele Gatti

     


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