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CRITIQUES DE CONCERTS 12 juillet 2020

Musique et récit au Théâtre Grévin dans le cadre du Festival d'Ile de France

De la musique comme un roman trop policé
© Eric Sebbag

Dans la programmation décidément originale du Festival d'Ile de France, le concert-spectacle donné le 26 août dernier n'était pas des moins captivants. Articulé autour de la lecture d'un roman policier, il a néanmoins mieux démontré le talent du comédien Didier Bezace que celui des musiciens de l'ensemble Boréades.
 

Théâtre Grévin, Paris
Le 26/08/2000
Eric SEBBAG
 



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  • La formule musique avec récitant semble décidément très en vogue cette année. On se souvient par exemple de Sami Frey contant la belle Maguelonne aux côtés de Christoph Prégardien et d'Andréas Staier à la Comédie des Champs-Élysées en juin dernier ; ou encore cet été au dernier Festival Couperin, de l'acteur Manuel Blanc essayant vainement d'accrocher la prose de Goethe sur l'archet d'un Jérôme Pernoo sciant maladroitement les suites pour violoncelle de Bach. Un croisement impossible qui s'étira trois heures durant.

    Pour le concert-spectacle donné fin août au Musée Grévin, l'intégration entre récit et musique était encore plus poussée qu'à l'ordinaire, l'un et l'autre se chevauchant à plusieurs reprises, alors qu'usuellement, ils restent aussi parallèles que les rails d'un train. Située dans l'Italie de la Renaissance, la matière textuelle consistait en un roman policier dans le style délicieusement suranné des Mysteries à l'anglaise. Meurtres, adultères, travestissements, agapes somptueuses, fange gluante, poursuites, rapts, exécutions, les auteurs Jill Staynes et Margaret Storey (littérairement unis sous l'unique sobriquet d'Elizabeth Eyre) connaissent leurs gammes sur le bout de la plume.

    © Eric Sebbag


    Piano d'abord, tempo fluide avec une articulation déliée. Mezzo ensuite, quelques accidents distillés avec une parcimonie presque scientifique pour maintenir l'attention, des dynamiques aussi étagées que l'Empire State Building de New York. Et puis tempo accelerando, des sforzando de plus en plus nombreux, des silences brusques suivis de déferlements rythmiques scandés avec une pulsation d'airain : toute la palette agogique y passe comme à un conseil de révisions des muses. Mais quel est ce musicien inspiré ? Il a pour tout instrument un gosier monté de deux cordes vocales et il exhibe un gros bouquin en cuir relié dans lequel il plonge le plus clair du temps deux petites lunettes avides de coups de théâtres. Même s'il lui est arrivé de bafouiller à deux ou trois reprises - il lit -, Didier Bezace possède un art magistral de la progression dramatique. De bout en bout, il tient le public en haleine par son seul souffle.

    C'est justement cette dernière qualité qui manque aux musiciens des Boréades dont le vent tiède distille un répertoire renaissance mâtiné de baroque, comme ne l'indique pas le programme. Caccini est en effet l'un des pères du style dramatique qui caractérise cette dernière période. Mais Isabelle Bonnadier semble l'oublier. Et malgré un joli filet de voix, son Amarilli est très poli et la chanteuse semble presque s'excuser de venir briser le captivant récit policier. La même impression domine pour ses partenaires : le flûtiste Benoit Toïgo joue propre mais sans la souplesse et l'élan d'un Pedro Memelsdorff, quant au soutien de la viole et du luth, il est d'un entrain bien trop sage et policé. Tant et si bien que l'ensemble musical paraît meubler et jouer les intermèdes plutôt qu'illustrer et dynamiser l'action. On ne s'étonne plus alors d'un parfum de "déjà entendu sur France-Culture" à l'issue du spectacle. Reste un grand musicien du verbe : Didier Bezace.


    Extraits de Mort d’une duchesse d’Elizabeth Eyre lu par Didier Bezace
    Musiques de Lassus, Verdelotto, Le Roy, Caccini… par l’ensemble Les Boréades.


    Pour ceux qui apprécient le mélange musique et récit, Jean-François Heisser interprétera les Variations Diabelli de Beethoven en compagnie de Michel Butor le 23 septembre prochain au Théâtre des Bouffes du Nord de Paris.




    Théâtre Grévin, Paris
    Le 26/08/2000
    Eric SEBBAG



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