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CRITIQUES DE CONCERTS 18 septembre 2020

Der Ring des Nibelungen Hin und Zurück, condensé de la Tétralogie de Wagner dans une mise en scène de Laurent Joyeux et sous la direction de Daniel Kawka à l’Opéra de Dijon.

Le Ring pour les néophytes
© Gilles Abegg

Pari fou que celui tenté à l’Opéra de Dijon par Laurent Joyeux, qui pour sa première mise en scène lyrique s’attaque à rien moins que le Ring, ramené à neuf heures de musique sur deux journées, précédées de prologues contemporains de Brice Pauset. Et au final, une impression plutôt heureuse, grâce avant tout à quatre chanteurs époustouflants.
 

Auditorium, Dijon
Le 13/10/2013
Pierre FLINOIS
 



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  • Le Ring et ses quinze heures de spectacle total, avec son temps dilatĂ©, disponibilitĂ© première demandĂ©e Ă  qui veut s’y consacrer. DisponibilitĂ© qui n’est pas Ă  tous. D’aucuns se sont essayĂ©s, de diverses manières, Ă  contourner l’obstacle.

    Bruxelles, en 1965, a fait Les sommets de la Tétralogie, juxtaposition de quelques grandes scènes, refusant alors de garder un sens global à l’œuvre, visible en seul soir. En 1990, Jonathan Dove et Graham Vick la ramenaient à onze heures, mais avec un orchestre réduit à dix-huit musiciens, contraction reprise pour le Ring Saga d’Antoine Gindt, produit aisé à transporter jusque dans les petits théâtres, à condition d’y consacrer un week-end.

    En week-end justement, Robert Carsen à Cologne avait osé l’intégrale entière, mais avec la contrainte d’une distribution non unitaire. Tandis que Katarina Wagner initiait hier un Ring en 7 heures, pour une journée, à Buenos Aires : orchestre non édulcoré, avec les interludes pour narrer tout ce qui est coupé, au mépris du sens de l’écriture motivique. Plus condensé encore, le Ring für Kinder de Bayreuth, en moins de deux heures, jeune public oblige !

    L’Opéra de Dijon s’inscrit à son tour dans ce jeu de l’écorché, offrant sur un week-end un Ring réduit à quelque 8h30 de Wagner. Le wagnérien souffrira des coupures, forcément discutables : pas de meurtre de Fasolt, Wotan retourné par Fricka sans une once d’argument, le Crépuscule ramené à la durée normale de son seul premier acte… On a parfois l’impression d’un lecteur DVD déréglé sautant de plage en plage.

    Mais c’est pour constater aussi que, vu la densité de l’interprétation, l’instant musical reprend aussitôt ses droits, et force à oublier les manques, les ruptures du discours, même dans cette œuvre où ce discours, ressassé, est la fascination même. On regrettera d’autant plus qu’à ces absences, on ait préféré deux ajouts bien prétentieux de Brice Pauset, Die alte Frau, introduction floue de matériau contant la naissance de la connaissance avant la naissance du monde wagnérien, puis, le lendemain, Die drei Nornen, réécriture agressive, avec impression de déjà entendu, d’une première version de la scène introductive de Götterdämmerung.

    Mais de fait, ce Ring digest n’est pas fondamentalement produit pour le connaisseur, mais pour le nĂ©ophyte : Laurent Joyeux, maĂ®tre d’œuvre de cette sympathique folie qui voit la première de l’œuvre en Bourgogne, affirme que 30% du public met ici les pieds pour la première fois Ă  l’opĂ©ra et, tentant la moitiĂ© de l’expĂ©rience, revient mĂŞme souvent le lendemain. Pour ces « ignorants Â», c’est donc l’occasion d’aborder justement cette hypertrophie du temps et de l’action qui ne sont qu’au Ring. Et on saluera alors le pari, globalement plus que rĂ©ussi.

    © Gilles Abegg

    Certes, la mise en scène irrite souvent plus qu’elle n’enchante. Quand il n’a pas trop gardé le souvenir de Chéreau (Annonce de la Mort), Laurent Joyeux plie le discours à une idée force, la transmission du savoir aux générations futures par le livre. Séduisante, la thématique du papier omniprésent jusque dans les décors (fort beaux, parfois magiques, comme au II de Siegfried) de Damien Caille-Perret, devient maladroitement répétitive quand chacun s’obstine à noter sur son petit carnet ses impressions du moment.

    Heureusement, quand il oublie ces maniérismes, l’action, tenue, explicite, non encombrée d’ajouts inutiles comme on s’y plaît tant aujourd’hui, n’en perd pas pour autant sa lisibilité, son efficacité première – dans les limites de ce que les coupures imposent comme raccourcis.

    Mais c’est ailleurs que l’on trouvera surtout, connaisseur ou innocent, les raisons d’une joie profonde. L’orchestre, rassemblé il y a deux mois – celui de l’Opéra de Dijon ayant déclaré forfait – se montre un peu vert encore ici et là, pas toujours parfaitement équilibré, mais globalement capable de tenir son rôle de narrateur premier. Et on nous a témoigné combien en une semaine, la battue impérative de Daniel Kawka l’a peu à peu métamorphosé.

    Et si certains chanteurs ne sont que de second rang, trahissant un art du chant peu séduisant (Fricka-Waltraute, Loge, et pire encore Donner), ou fatiguant hélas trop vite (Alberich), comment pourrait-on ne pas saluer les prestations insensées de quatre d’entre eux, tenant jusqu’au bout la gageure de l’overdose ?

    Majuscule de timbre, de personnalité, le Wotan élégant, jeune, vif, magnétique de Thomas Bauer ; ahurissante de tenue, d’aigus dardés, la Brünnhilde de Sabine Hogrefe, manquant seulement parfois de dignité pour son état de femme ; époustouflants de santé, d’aisance, de nature, les Siegmund et Siegfried de Daniel Brenna ; impressionnante, la basse de Christian Hübner, cumulant Fafner, Hunding et Hagen, sans oublier l’excellent Mime de Florian Simson. Ce n’est certainement à Bayreuth ces dernières que l’on a pu entendre des rôles principaux de cette tenue.

    Tout le monde – public compris, mais ravi – arrive un peu épuisé à l’Immolation. Mais avec un tel sens de l’oblation partagée qu’on n’a qu’un seul mot en tête : bravo, n’osant quand même pas crier bis !




    Auditorium, Dijon
    Le 13/10/2013
    Pierre FLINOIS

    Der Ring des Nibelungen Hin und Zurück, condensé de la Tétralogie de Wagner dans une mise en scène de Laurent Joyeux et sous la direction de Daniel Kawka à l’Opéra de Dijon.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Der Ring des Nibelungen, Hin und ZurĂĽck
    Livret du compositeur
    Die alte Frau et Die drei Nornen
    texte : Stephen Sazio & Richard Wagner
    musique : Brice Pauset
    Maîtrise de Dijon
    Chœur de l’Opéra de Dijon
    Richard Wagner European Orchestra
    direction : Daniel Kawka
    mise en scène : Laurent Joyeux
    décors : Damien Caille-Perret
    costumes : Claudia Jenatsch
    Ă©clairages : Jean-Pascal Pracht

    Avec :
    Thomas E. Bauer (Wotan / Der Wanderer), Nicholas Folwell (l’Homme / Alberich / Gunther), Andrew Zimmerman (Loge), Florian Simson (Mime), Manuela Bress (Fricka / Zweite Norn / Waltraute), Katja Starke (Erda / Erste Norn), Francisco Javier-Borda (Fasolt), Christian Hübner (Fafner / Hunding / Hagen), Hanne Ross (Woglinde / Freia), Cathy van Roy (Wellgunde), Anna Wall (la Vieille dame / Flosshilde), Yu Chen (Froh), Zakaria El Bahri (Donner), Daniel Brenna (Siegmund / Siegfried), Sabine Hogrefe (Brünnhilde), Josefine Weber (Sieglinde / Dritte Norn / Gutrune).

     



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