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CRITIQUES DE CONCERTS 22 octobre 2018

Première à Angers-Nantes Opéra de Dialogues des Carmélites de Poulenc dans la mise en scène de Mireille Delunsch, sous la direction de Jacques Lacombe.

Dialogues de rêve
© Jef Rabillon

Si la distribution et la direction étaient contestables dans les Carmélites lyonnaises le mois dernier, c’est à Angers-Nantes Opéra que le plateau, d’une intelligibilité inespérée, frôle la perfection, tout comme la direction cassante et ascétique de Jacques Lacombe et les images constamment justes et empathiques de Mireille Delunsch.
 

Théâtre Graslin, Nantes
Le 05/11/2013
Yannick MILLON
 



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  • Faut-il vraiment se faire une raison face à une intelligibilité de plus en plus défaillante dans notre répertoire national, en dehors comme à l’intérieur de nos frontières ? Ce Poulenc nantais sera bien la preuve que comprendre chaque mot de ce qui se dit sur scène est à la fois possible et indispensable, et qu’il n’y a aucune raison de céder à une prétendue fatalité qui n’est que le reflet d’un laisser-aller généralisé.

    Quelle joie de pouvoir entendre ce soir au Théâtre Graslin l’alpha et l’oméga des Dialogues des carmélites, dont la vocalité si particulière, au confluent de Moussorgski et de l’opéra italien mais héritière de Debussy, fait ici l’objet d’une attention scrupuleuse ! Sur ce point, il y a d’ailleurs longtemps que Paris, trop soucieuse de grands noms internationaux, s’est fait damer le pion par les opéras de régions, où l’on sait nettement mieux mettre en valeur notre école de chant.

    Et quand trésors de diction se doublent d’une exacte caractérisation des rôles, on ne peut que jubiler. À l’exception du Chevalier décevant de Stanislas de Barbeyrac, qui cède quelque peu à la tentation d’exposer de grands moyens en devenir, et à qui manquent fragilité et naturel du débit – consonnes surlignées, qui claquent comme en allemand, émission pâteuse.

    Le Marquis solide de Frédéric Caton, un peu accidenté et tendu, n’en mord pas moins dans les mots sans surarticuler, avec un haut registre bien assumé et un matériau en négatif de l’Aumônier au petit vibrato très français et tout éloquence intérieure de Mathias Vidal, onction et naturel irrésistibles.

    Le plateau féminin est quant à lui d’une certaine manière le quinté gagnant. Avant tout autre, la Blanche d’Anne-Catherine Gillet, dans la droite lignée vocale d’une Denise Duval. Cette émission un peu grêle, à l’ancienne, ce timbre écorché-vif, ce mélange de dévotion et de frigidité laissent une incarnation majeure, et, luxe suprême, d’une intelligibilité absolue, y compris dans les aigus les plus haut perchés.

    Il en va de même de la Constance de Sophie Junker, peut-être moins exceptionnellement radieuse que Sabine Devieilhe en purs termes vocaux, mais plus compréhensible dans une tessiture parfois insensée, plus fragile dans sa présence lumineuse, plus variée aussi sur le plan expressif – ces sons non vibrés qui « vont à l’âme ».

    Après la stature écrasante de Sylvie Brunet, Doris Lamprecht est une Première prieure d’une humanité plus sèche, aux déchirures bouleversantes dans l’aigu, au grave proche de la voix parlée, sans gonflement de poitrine opératique si tentant, et d’une exactitude de texte qui laisse percevoir que l’Autrichienne vit en France depuis des années.

    Moins incontestable, Catherine Hunold campe une Nouvelle prieure plus dans le chant, moins dans le texte, mais avec un matériau clair et un haut registre magnifique, délivrant avec facilité une tessiture malaisée, face à la Mère Marie toujours aussi étreignante d’ambiguïté entre dureté et lézardes d’Hedwig Fassbender.

    Si on imagine qu’elle ne fera pas l’unanimité, on doit saluer la direction de Jacques Lacombe, cinglante, dégraissée et d’une ascèse de Carême, dans une veine flagellatoire assez typiquement doloriste que n’aurait pas reniée Bernanos, aux antipodes de la grande ligne larmoyante façon Puccini qu’on insuffle trop souvent à l’orchestre des Dialogues.

    Jouant des ruptures, des silences abrupts et d’une tension rythmique incessante, elle restitue parfaitement à l’ouvrage son caractère d’ovni lyrique. Et si l’Orchestre des Pays de la Loire apparaît fébrile, on retiendra surtout son tranchant et ses merveilleuses couleurs françaises – tutti toujours clairs, basson au timbre incomparable – et sa capacité à ne jamais sonner grand opéra.

    Pour ne rien gâcher, la mise en scène de Mireille Delunsch, étrennée à Bordeaux en février, sage mais au service de la musique, avec un regard de compassion que peut-être seule une femme pouvait poser sur ces victimes de l’intolérance, accorde une vraie épaisseur psychologique à chacune des religieuses, et notamment à Blanche, dont le personnage traverse une réelle maturation dans son approche de la peur.

    On gardera en mémoire de magnifiques images : les appartements du Marquis disparaissant au lointain quand Blanche entre en religion, telle sa vie d’alors irrémédiablement révolue, les rangées de cierges et la cage des détenues descendues des cintres, le peuple désertant progressivement la scène de décollation, un discret ciel étoilé et une atmosphère caravagesque d’intimité étouffante qui font sens à tout moment.




    Théâtre Graslin, Nantes
    Le 05/11/2013
    Yannick MILLON

    Première à Angers-Nantes Opéra de Dialogues des Carmélites de Poulenc dans la mise en scène de Mireille Delunsch, sous la direction de Jacques Lacombe.
    Francis Poulenc (1899-1963)
    Dialogues des Carmélites, opéra en trois actes et douze tableaux (1957)
    Livret d’après la pièce de Georges Bernanos et le nouvelle de Gertrud von Le Fort

    Coproduction avec l’Opéra national de Bordeaux

    Chœur d’Angers-Nantes Opéra
    Chœur de l’Orchestre des Pays de la Loire
    Orchestre national des Pays de la Loire
    direction : Jacques Lacombe
    mise en scène : Mireille Delunsch
    décors & costumes : Rudy Sabounghi
    éclairages : Dominique Borrini
    préparation des chœurs : Xavier Ribes & Valérie Fayet

    Avec :
    Frédéric Caton (le Marquis de la Force), Stanislas de Barbeyrac (le Chevalier de la Force), Anne-Catherine Gillet (Blanche de la Force), Doris Lamprecht (Madame de Croissy), Sophie Junker (Sœur Constance de Saint-Denis), Hedwig Fassbender (Mère Marie de l’Incarnation), Catherine Hunold (Madame Lidoine), Hélène Lecourt (Sœur Mathilde), Christine Craipeau (Mère Jeanne de l’Enfant-Jésus), Mathias Vidal (l’Aumônier), Philippe-Nicolas Martin (Le Second Commissaire / le Geôlier), Marc Scoffoni (Docteur Javelinot / Un Officier), Jean-Jacques l’Anthoën (Le Premier Commissaire), Éric Vrain (Thierry).

     



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