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CRITIQUES DE CONCERTS 20 février 2018

Concert du pianiste Menahem Pressler, avec la participation de la pianiste Wu Han, du ténor Christoph Prégardien, du quatuor Ebène et du contrebassiste Benjamin Berlioz à la salle Pleyel, Paris.

90 ans de lumière

La joie de vivre présidait cet anniversaire en musique pour celui qui n’a cessé de l’offrir. Entouré de la vénération de ses partenaires, toutes générations confondues, Menahem Pressler a gardé sa place essentielle au piano, doublement héros de la fête donnée en son honneur salle Pleyel, inoubliable pour les bienheureux présents.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 07/11/2013
Claude HELLEU
 



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  • Il arrive, la démarche d’une jeunesse tranquille. Wu Han lui tient le bras. À peine assis, le pianiste légendaire du Beaux Arts Trio et sa partenaire suscitent la rêveuse subtilité de la Fantaisie en fa mineur de Schubert. Wu Han aux basses se révèle la complice idéale de cette sonorité unique, si légère et ferme, limpide et profonde, propre à Menahem Pressler – héritage de son maître Pietri.

    Chaque note exhale le chant d’un phrasé envoûtant, pénètre sa douceur mais aussi son caractère impérieux quand les accords s’affirment en rythmes pointés ou martelés sans la moindre dureté. Qu’importe le petit cafouillage entraîné par la tourne des pages, son humanité nous fait même sourire.

    Allegro molto moderato, largo, Allegro vivace, Tempo primo, en une seule coulée le chef-d’œuvre à quatre mains de Schubert déroule son émotion. La spontanéité des nuances où se mêlent l’amour et la retenue, la décision et la fragilité, où la rébellion conquérante respecte la mélancolie pour que la paix gagne, cette expressivité frémissante nous garde en sa ferveur, émerveillés.

    Ils reviennent à cinq. C’est le jeune Quatuor Ebène qui entoure maintenant Pressler, et la différence de générations va souligner la permanence de la musique pareillement ressentie. On retrouve le grand chambriste tourné vers les archets, insufflant, guidant, épousant l’inspiration du Quintette en la majeur de Dvořák. Leur entente s’épanouit au fil de ses oppositions et fusions, le violoncelle puis l’alto particulièrement présents.

    Une fougue intrépide presse des élans de plus en plus passionnés, les danses folkloriques trépidantes, la sensualité favorise les couleurs de la dumka. Le pianissimo du piano magiquement timbré au cœur du quatuor souligne l’union des musiciens, tous âges confondus. Un ravissement.

    Infatigable, heureux puisqu’il n’aime rien tant que jouer, Menahem Pressler accompagne ensuite Christoph Prégardien. Le ténor semble s’effacer aux côtés de son ancêtre comme ils s’avancent sur la scène. Puis chacun prend sa juste place pour évoquer certaines haltes d’un Voyage d’hiver bouleversant.

    Solaire, immobile, droit, le chanteur projette les mots des rêves et du froid, des souvenirs et de la solitude, et nous les recevons sans en perdre un seul. La beauté du timbre sur toute la tessiture, la chaleur et la rigueur de l’articulation partagent avec celles du piano l’émotion dont Schubert habite ces lieder entre la vie et la mort. Notre émotion lui répond.

    Et qu’interprètent-ils en bis, ces deux compagnons de voyage ? La Truite, évidemment, avant le quintette du même nom, lied lui aussi par son interprétation. Un piano, un violon, un alto, un violoncelle et une contrebasse colorent différemment l’équilibre usuel des quintettes.

    Fondue dans la sonorité des cordes, celle de Menahem Pressler suggère une qualification de circonstance : liquide tant elle est transparente, donnant tout à voir de ses profondeurs. Les arpèges courent, coulent telle l’eau d’une source calme ou jaillissante, la mélodie suit son cours ravissamment changeant.

    Le violoncelle et l’alto enrichissent de leur gravité la liberté et la spontanéité de ce lyrisme parfois méditatif ou mélancolique, plus souvent enjoué. Alors la musique danse, se précipite, sourit entre des solistes complices où les cordes basses honorent particulièrement leurs rôles dans ce quatuor qui entoure un piano naturellement lumineux.

    Parce qu’un premier prix au Concours international Debussy de San Francisco avait lancé la carrière de Pressler en 1946, les Ebène choisissent ensuite d’interpréter le mouvement Très lent du Quatuor de Debussy en cadeau d’anniversaire au patriarche assis à-côté du premier violon. Et le pianiste, pour témoigner son bonheur, rappelle qu’avant tout ce qu’il aime, c’est se produire en public. Et se remet donc au piano en compagnie de Chopin.

    Un feu d’artifice sur scène couronne cette soirée que la joie de vivre a irradiée.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 07/11/2013
    Claude HELLEU

    Concert du pianiste Menahem Pressler, avec la participation de la pianiste Wu Han, du ténor Christoph Prégardien, du quatuor Ebène et du contrebassiste Benjamin Berlioz à la salle Pleyel, Paris.
    Franz Schubert (1797-1828)
    Fantaisie pour piano en fa mineur D 940
    Menahem Pressler & Wu Han, piano
    Antonín Dvořák (1841-1904)
    Quintette pour piano et cordes en la majeur op.81
    Menahem Pressler
    Quatuor Ebène
    Franz Schubert (1797-1828)
    Winterreise D 911 (extraits)
    Christoph Prégardien, ténor
    Menahem Pressler
    Quintette pour piano et cordes en la majeur D. 667 « La Truite »
    Quatuor Ebène
    Benjamin Berlioz, contrebasse
    Menahem Pressler, piano

     


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