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CRITIQUES DE CONCERTS 19 aoűt 2019

Nouvelle production de la Walkyrie de Wagner dans une mise en scène de Dieter Dorn et sous la direction d’Ingo Metzmacher au Grand Théâtre de Genève.

Ring Genève (2) :
Une Walkyrie d’orfèvre

© Carole Parodi

Alors que tant de Ring prétendument chambristes retournent leur veste dès le deuxième volet, Ingo Metzmacher ne cède pas un pouce des intentions de son Or du Rhin dans cette Walkyrie d’un raffinement de textures inouï. La mise en scène de Dieter Dorn, pour être plus illustrative que dans le prologue, n’en demeure pas moins un modèle d’efficacité.
 

Grand Théâtre, Genève
Le 16/11/2013
Yannick MILLON
 



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  • DĂ©jĂ  captivant par son sens du retour aux fondamentaux mythiques dans Rheingold en mars dernier, Dieter Dorn poursuit dans la mĂŞme veine avec cette Walkyrie peu rĂ©volutionnaire mais constamment intelligente, au service de la dramaturgie wagnĂ©rienne, avec des moyens guère Ă©loignĂ©s du théâtre de trĂ©teaux et une direction d’acteurs constamment juste.

    On s’inquiète ici avant tout de donner corps et vie aux figures tragiques plus humaines de la Première journée, sans contorsions imbitables ou conjectures fumeuses : le tableau où Siegmund narre ses origines, devant un Hunding engloutissant sa pomme sans perdre une miette d’appétit, face à une Sieglinde maladroite, étreinte, prise d’une commisération si intense qu’elle pourrait poignarder son odieux mari, dit les enjeux de la manière la plus lisible.

    Le travail sur les corps, sur la posture de Wotan, sa proximité avec sa fille, la dureté d’affrontements physiques crédibles – ce Siegmund qui n’aurait pas une chance face à son hôte sans l’intervention de la Walkyrie, l’écroulement brutal de Hunding – sont autant de vrais moments de théâtre.

    Dorn privilégie d’ailleurs le savoir-faire à l’ancienne plutôt que les technologies de l’invisible. Pour preuve, cette vingtaine de figurants déplaçant pans de décors et accessoires, et cette illustration naïve mais toute poétique des éléments irréalisables du livret : les béliers humains de Fricka, ce Grane noir manipulé par deux marionnettistes, très évocateur mais ne cherchant pas à nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

    Mais la mise en scène vaut surtout par sa manière d’occuper le temps wagnérien, dans des monologues qui n’ont jamais paru aussi courts : Wotan progressivement emmuré par des miroirs le mettant face à ses contradictions, ce sentiment d’immensité cosmique autour du drame humain avec un plateau dépourvu de fond de scène, délimité pour l’image finale du rocher, simplissime mais d’un superbe effet, par un vrai rideau ondulant.

    Loin des déclarations d’intentions de neuf chefs sur dix cherchant à alléger le Ring, à lui donner un éclairage plus impressionniste mais qui passé l’Or du Rhin tendent à ouvrir les vannes des décibels, Ingo Metzmacher semble pour l’heure le premier à garder vraiment le cap de la musique de chambre et de la fluidité sans se laisser gagner par une orchestration qui sait être rutilante.

    Une fluidité qui n’est d’ailleurs pas tant question de tempo que de gestion des contrastes, toujours dans des textures diaphanes qui ne seront sans doute pas du goût des wagnériens historiques, mais qui valent une narration limpide et surtout la plus grisante scène du feu qu’on ait entendue en direct – un piccolo transcendant.

    Le plateau, extrêmement bien coaché quant à la netteté d’élocution, profite amplement de ces conditions sonores optimales. Will Hartmann en premier lieu, Siegmund seulement lyrique, en rien taillé Helden, mais dont la belle vaillance claire, la voix jamais gonflée est un baume après tant de baryténors poussifs.

    Il est jusqu’à Michaela Kaune, qui nous avait tant écorché les oreilles à Salzbourg et Bayreuth, d’apparaître métamorphosée par les textures orchestrales, Sieglinde d’une diction insoupçonnable, au bas médium jamais forcé, même si les grands aigus du rôle la voient légèrement retomber dans son péché de stridence.

    Pépites d’une distribution soignée, la Fricka d’Elena Zhidkova, noyau très centré et admirablement dardé, avec une autorité sidérante qui fait naturellement ployer son infidèle époux, et le Hunding noir sans excès de Günther Groissböck, enfin dans une salle à sa mesure.

    Passons en revanche assez vite sur le Wotan de Tom Fox, timbre rocailleux et belle autorité mais qui termine à bout, encombré depuis le départ par une émission éraillée et un grave proche de l’extinction de voix, en nous réjouissant qu’il ait réussi à imposer une présence, et qu’il cède la place pour l’éprouvant Wanderer de Siegfried en février.

    Car cette soirée reste surtout l’illustration de l’évolution favorable de la carrière de Petra Lang, dont la voix s’est nettement stabilisée, dont l’intonation a gagné en précision, et dont le timbre un peu écorché, évoquant les fêlures d’une Martha Mödl, colle idéalement à Brünnhilde, avec même une pléthore de nuances, un art de la conduite de la phrase qui nous valent un Der diese Lieb bouleversant d’amour compassionnel.




    Grand Théâtre, Genève
    Le 16/11/2013
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de la Walkyrie de Wagner dans une mise en scène de Dieter Dorn et sous la direction d’Ingo Metzmacher au Grand Théâtre de Genève.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Die Walküre, première journée du festival scénique Der Ring des Nibelungen (1870)
    Livret du compositeur

    Orchestre de la Suisse romande
    direction : Ingo Metzmacher
    mise en scène : Dieter Dorn
    décors & costumes : Jürgen Rose
    éclairages : Tobias Löffler

    Avec :
    Will Hartmann (Siegmund), Tom Fox (Wotan), Günther Groissböck (Hunding), Michaela Kaune (Sieglinde), Petra Lang (Brünnhilde), Elena Zhidkova (Fricka), Katja Levin (Gerhilde), Marion Ammann (Ortlinde), Lucie Roche (Waltraute), Ahlima Mhamdi (Schwertleite), Rena Harms (Helmwige), Stephanie Lauricella (Siegrune), Suzanne Hendrix (Grimgerde), Laura Nykänen (Rossweisse).

     



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