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CRITIQUES DE CONCERTS 21 octobre 2018

Concert Kurt Weill de l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Heinz Kark Gruber, avec la participation de la mezzo soprano Anne Sophie von Otter à la salle Pleyel, Paris.

Péchés véniels
© Harald Hoffmann

« Ma musique, ils l’appellent musique de l’asphalte parce qu’elle sent la grande ville, ce qui est pour moi un compliment », disait Kurt Weill. Asphalte berlinoise des années 1920 que les interprètes de ce soir réussissent finalement à suggérer au fil d’un patchwork d’œuvres rarement jouées dans le cadre de nos concerts classiques. Une soirée originale et séduisante.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 15/11/2013
Claude HELLEU
 



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  • Micro en main, telle une chanteuse de café berlinois des années 1920, Anne Sophie von Otter est la vedette de ce concert consacré à Kurt Weill. Un concert dont le plaisir grandira au fur et à mesure que l’Orchestre philharmonique de Radio France s’éloignera de sa scrupuleuse lecture d’une musique à l’expressionnisme populiste peu traditionnel. Sous la direction de Heinz Karl Gruber, son ambigüité met quelque temps à nous interpeller.

    En première partie, les Sept péchés capitaux se révèlent plutôt véniels. Sur le devant de la scène, en pantalon et veste noirs, décidée, expressive derrière la partition qu’elle ne consulte qu’entre ses interventions, Anne Sophie von Otter, avec la tranquille aisance qu’on lui connait dans d’autres programmes, tient le rôle des deux Anna, Anna 1 et Anna 2, deux sœurs qui sont en réalité la même personne scindée en deux corps et conscience – celle-ci toute relative et fort discrète ! – et dont le parcours en sept étapes, chacune correspondant à un péché capital, dénonce la vilénie de la société capitaliste américaine.

    Aucun vibrato n’altère le mélange de réalisme et d’artifice théâtral que la blonde mezzo soprano joue sans excès ni nous convaincre, la voix souvent couverte par le forte uniforme de l’orchestre, à moins que le micro ne l’avale au hasard de phrases alors inachevées. À ses côtés, les quatre hommes incarnant La famille, les ténors Robert Getchell et David Lefort, le baryton Jean-Christophe Jacques, la basse Geoffroy Buffière, ignorent tout artifice pour projeter leur chant naturellement.

    Dans ce chœur remarquable d’équilibre et d’homogénéité, à un moment superbement a cappella, chacun tour à tour soliste donne le ton des propos odieux inspirés par l’intérêt de l’argent que peut rapporter Anna, dont les péchés se ressemblent jusqu’à l’épilogue triomphant conclu le poing brandi par une Anne Sophie von Otter telle une championne de combat.

    Si les musiciens qui créaient la musique de Kurt Weill venaient de l’univers de la danse, à l’inverse l’Orchestre philharmonique de Radio France n’est guère habitué à se confronter à l’âpreté sarcastique de telles partitions. La Petite musique de Quat’sous, une adaptation de son opéra écrite par le compositeur pour un orchestre d’instruments à vent, met un certain temps à trouver son caractère.

    Est-ce la direction de HK Gruber qui manque de mordant ? La célèbre Ballade de Mackie Messer, un tango peu renversant, du jazz bon enfant se contentent d’une juste lecture. Quand soudain l’entrain s’impose, les vents auparavant peu timbrés trouvent souffle et couleurs.

    La réussite de ce programme inhabituel ne s’affaiblira plus. Revenue avec une veste bleue sur son pantalon noir, Anne Sophie von Otter communique le désarroi de Surabaya Johnny, célèbre song extrait de la comédie musicale Happy End. La voix joue de la résonnance du micro et n’est plus jamais fluctuante.

    Notes tenues, pureté des aigus, chaleur du timbre portent les paroles tristes et amères que l’orchestre soutient, attentif à en accompagner discrètement l’émotion.
    Kurt Weill encore, différent et le même… S’enchaînent d’autres extraits de comédies musicales auxquels les interprètes de ce soir donnent leur typique saveur, âpre et scandée.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 15/11/2013
    Claude HELLEU

    Concert Kurt Weill de l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Heinz Kark Gruber, avec la participation de la mezzo soprano Anne Sophie von Otter à la salle Pleyel, Paris.
    Kurt Weill (1900-1950)
    Les Sept péchés capitaux
    Petite musique de Quat’sous
    Surabaya Johnny
    I am a stranger here myself
    Speak low
    The saga of Jerry
    Anne Sophie von Otter, mezzo soprano
    Robert Getchell, ténor
    David Lefort, ténor
    Jean-Christophe Jacques, baryton
    Geoffroy Buffière, basse
    Orchestre philharmonique de Radio France
    direction : HK Gruber

     


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