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CRITIQUES DE CONCERTS 26 février 2018

Suite du cycle Chostakovitch l’Orchestre du Théâtre Mariinski sous la direction de Valery Gergiev, avec la participation du pianiste Daniil Trifonov, de la soprano Veronika Djoeva, de la basse Mikhail Petrenko et du violoncelliste Gautier Capuçon à la salle Pleyel, Paris.

Face à l’Union soviétique
© Marco Borggreve

L’osmose entre Valery Gergiev, l’Orchestre du Mariinski et Chostakovitch a permis d’entendre les six symphonies au programme des trois concerts, dont la pénultième avec Veronika Djoeva et Mikhail Petrenko, et Daniil Trifonov dans le Concerto pour piano, sous un éclairage idéalement russe, auquel Gautier Capuçon s’est magnifiquement intégré dans le concerto pour violoncelle.
 

Salle Pleyel, Paris
Le 03/12/2013
Claude HELLEU
 



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  • Figure exceptionnelle, Valery Gergiev éblouit régulièrement un public fanatique de sa direction flamboyante. À mains nues, il aborde tous les répertoires avec un sens de l’efficacité extraordinaire, notamment lorsqu’un tel tempérament plonge dans les mêmes racines que celles du compositeur, en l’occurrence celles de Chostakovitch.

    Un voyage lourd d’émotions, de souffrance, de rébellion, de provocations. Vécue tragiquement par le compositeur, l’histoire de la nation russe sous-tend l’œuvre tour à tour encensée, vilipendée, interdite, reconnue, d’un musicien auquel elle inspire l’intensité d’une écriture au-delà des mots sous le régime soviétique.

    Gergiev commence par la Symphonie n° 9, écrite en 1945 et sans doute la plus légère des quinze. L’orchestre excelle à aviver la moindre intention de l’œuvre théoriquement écrite à la gloire de Staline, où l’ironie remplace la monumentalité qu’attendait celui-ci – d’où sa colère. Bois et cuivres, archets tirés au cordeau, le rythme serré dynamise un entrain qui bientôt vire à la caricature.

    Le contraste sera d’autant plus saisissant avec la Symphonie n° 4, composée en 1936, période de la mise au pilori du compositeur pour son opéra Lady Macbeth de Mzsensk. De sommets en abîmes, l’intensité porte le pessimisme de l’œuvre. L’orchestre gigantesque suit au plus près la densité de sa polyphonie luxuriante.

    Gergiev habite les outrances de sa disparité d’un souffle grandiose. La perfection des pupitres permet aussi bien l’extrême violence des sonorités que leur désolation.
    Les fortissimi telluriques, les éruptions volcaniques, les déferlements de désespoir ou de fatalisme, l’accablement ou la rage relèvent de la même inspiration – jusqu’à leur désincarnation au bord du vide.

    En 1969, au-delà de toute influence politique, la Symphonie n° 14 se confronte à la mort en un cycle de onze poèmes dont Veronika Djoeva et Mikhaïl Petrenko ressuscitent l’intensité douloureuse. Danse macabre, visions fantasmagoriques, plainte désolée, résonnances de catacombe, déchirement, angoisse, solitude…

    L’anxiété de Chostakovitch, auquel on a reproché son formalisme, lui inspira aussi en 1937 la Symphonie n° 5. Sans un regard pour la partition, Gergiev et son orchestre en dégagent la force galvanisante qui, à la création, enthousiasma le public et continue à le transporter ainsi poussée à ses paroxysmes.

    Tutti des cordes à l’unisson parfaits, souple et intransigeante clarté des plans d’une musique aux couches si denses, éloquence des pupitres et de leurs solistes, précision, respiration et surtout inspiration des phrases rendent tangible l’osmose née des mêmes racines entre interprètes et compositeur.

    Le Largo de la Symphonie n° 6, composée en 1939, ouvre le troisième concert. Son pathétisme austère se concentre dans une polyphonie de timbres que l’Orchestre du Théâtre Mariinski irise avec autant d’expressivité que de naturel. Comme il stimule l’emphase d’un Presto final ostensiblement bruyant.

    Les méandres de la Symphonie n° 10, œuvre de 1953 que Chostakovitch avait conçue comme un portrait de Staline, concluent ces voyages. Sonorités lugubres et stridentes disent l’angoisse face à la vie politique de l’époque. Est-ce la fatigue des musiciens ? Rigoureusement en place, le ton ne s’identifie plus tout à fait aussi bien avec une partition qui s’éternise quelque peu.

    Deux concertos ont complété ces exécutions des symphonies. Qui connaît Daniil Trifonov a retrouvé ses attaques prodigieuses, sa netteté percussive, ses incroyables bondissements, son inventivité dans le Concerto pour piano n° 1. La tête penchée, il entre dans le clavier sans jamais s’isoler de l’orchestre. Son délire transcende l’ironie, l’impertinence et le lyrisme d’une partition écrite en 1933, période faste.

    À tous ces Russes a su s’intégrer dans le Concerto pour violoncelle n° 1 (1959) Gautier Capuçon en digne successeur de Rostropovitch pour en exalter les registres extrêmes, les rythmes obstinés et les changements métriques en totale complicité avec l’orchestre.




    Salle Pleyel, Paris
    Le 03/12/2013
    Claude HELLEU

    Suite du cycle Chostakovitch l’Orchestre du Théâtre Mariinski sous la direction de Valery Gergiev, avec la participation du pianiste Daniil Trifonov, de la soprano Veronika Djoeva, de la basse Mikhail Petrenko et du violoncelliste Gautier Capuçon à la salle Pleyel, Paris.
    1er décembre :
    Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
    Symphonie n° 9 en mib majeur op. 70
    Concerto n° 1 pour piano et trompette en ut mineur op. 35
    Daniil Triponov, piano
    Timur Martynov, trompette
    Symphonie n° 4 en ut mineur op. 43
    2 décembre :
    Symphonie n° 14 pour soprano, basse et orchestre de chambre op. 135
    Veronika Djoeva, soprano
    Mikhail Petrenko, basse
    Symphonie n° 5 en ré mineur op. 47
    3 décembre :
    Symphonie n° 6 en si mineur op. 54
    Concerto pour violoncelle et orchestre n° 1 op. 107
    Gautier Capuçon, violoncelle
    Symphonie n° 10 en mi mineur op. 93
    Orchestre du Théâtre Mariinski
    direction : Valery Gergiev

     


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