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CRITIQUES DE CONCERTS 25 février 2018

Nouvelle production de Dialogues des Carmélites de Poulenc dans une mise en scène d’Olivier Py et sous la direction de Jérémie Rhorer au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Droit à l’essentiel
© Vincent Pontet

Après Lyon et Angers-Nantes Opéra, les Carmélites finissent en ce premier tiers de saison de consacrer au TCE l’hommage du cinquantième anniversaire de la mort de Poulenc. La mise en scène sobre et efficace d’Olivier Py évite tout débordement tandis que la direction aux contrastes exacerbés de Jérémie Rhorer porte un plateau comportant quelques pépites.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 10/12/2013
Yannick MILLON
 



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  • Olivier Py avait fort à faire après la réussite des Dialogues des Carmélites de Lyon détournés par Christophe Honoré et la reprise à Nantes de ceux, proches de l’idéal, de Mireille Delunsch. On lui saura donc gré d’avoir laissé cette fois au vestiaire les obsessions et tendances à « hurler dans un mégaphone » qui ont récemment encombré son travail, en jouant ici au contraire la carte de la sobriété.

    Le décor minéral de Pierre-André Weitz est un modèle d’ingéniosité, gros cube d’anthracite pourvu de parois coulissantes laissant entrevoir une inquiétante forêt et permettant une belle continuité en opérant tous les changements à vue. On reste surtout impressionné par cette prieure agonisante, épinglée dans son lit au mur de fond de scène tel un papillon dans une vitrine, avec la sensation de regarder la scène du plafond – un procédé courant chez Robert Carsen.

    Py multiplie en outre les références chrétiennes : tableaux d’Annonciation, de Nativité, de Cène puis de Crucifixion durant les interludes, mort de Madame de Croissy et de Blanche dans la position du Christ sur la croix, et image magnifique des index des deux femmes tentant de se toucher au moment de leurs adieux, à la manière de la Création d’Adam de Michel-Ange.

    La direction d’acteurs n’est pas en reste – la tension des corps, l’impatience de Mère Marie devant la naïveté du discours de Madame Lidoine –, tout comme ces menues libertés avec le livret renforçant certaines paroles – le départ anticipé du Chevalier dans le dos de Blanche à la scène du parloir, laissant la dernière réplique de sa sœur résonner dans le vide, ou encore l’auto-dénonciation de Constance, ici le personnage le plus serein du Carmel, endossant le refus initial du martyre imputé clairement par le metteur en scène à Blanche.

    Autant de sous-entendus que l’on retrouve dans la direction très âpre de Jérémie Rhorer, qui trébuche d’abord sur un premier tableau cafouilleux, mais se ressaisit dès l’interlude suivant pour mieux affirmer sa singularité, celle d’une symphonie de timbres, d’une image sonore inédite, bois en retrait et fondus dans les cordes, dissonances impitoyables, profitant de la malléabilité de classe internationale du Philharmonia Orchestra.

    Le jeune chef français distille quelques pianissimi lunaires contrastant d’autant plus avec les attaques forcenées d’un timbalier déchaîné, réinventant une partition aux élans lyriques sous surveillance où il a tendance à transformer les silences en points d’arrêt, mais où les accès de violence ne mettent jamais en péril l’équilibre du plateau du fait d’une généralisation d’accents immédiatement en désinence.

    © Vincent Pontet

    Très satisfaisante dans l’ensemble, la distribution n’en propose pas moins certains choix discutables. Si le Marquis limpide de Philippe Rouillon a le juste caractère bougon de celui qu’on a réveillé pendant sa sieste, le Chevalier longiligne de Topi Lehtipuu, au timbre idéalement mozartien et sans excès de testostérone, bute sur la langue, consonnes trop accentuées, dans un contraste sans appel avec l’Aumônier de la plus évidente simplicité de François Piolino, voix presque sans couverture et élocution distinguée où pas une syllabe ne manque de définition.

    On ne goûte guère en revanche les manières de la Première prieure de Rosalind Plowright, français inacceptable et incarnation en contresens, dont l’expressionnisme proche du grand guignol, qui n’a rien à voir avec le maintien de Madame de Croissy, est au mieux celui d’une Clytemnestre, d’une Kostelnička.

    Le reste du plateau féminin ne sera que source de satisfactions. Pour apparaître un peu abîmée, dans le bas-médium surtout, la voix de Sophie Koch est sans doute actuellement la plus adaptée au personnage de Mère Marie : autoritaire, d’aigu crucifiant mais claire d’élocution sinon toujours précise de diction –, ces e muets, ces voyelles suspectes dans l’aigu –, et où l’humanité affleure constamment sous la dureté.

    Patricia Petibon dresse un portrait de Blanche de La Force suintant le malaise et la détresse et fait honneur au texte de Bernanos, avec le luxe d’éclats dans l’aigu saisissants d’intensité, loin des fioritures de petit rossignol. On lui pardonnera donc bien volontiers un recours un peu facile à des sons droits de première communiante comme expédient expressif.

    Montée dans un train il y a vingt-quatre heures pour remplacer Sandrine Piau empêchée par un microbe, Anne-Catherine Gillet, malgré quelques flottements dans Qui lazarum, fait mieux que sauver les meubles en Constance, avec son soprano français à l’ancienne, d’une pureté diaphane, d’un timbre miraculeux de lumière, et là encore une élocution irréprochable.

    Et terminons par le véritable accomplissement de la Nouvelle prieure absolument radieuse de Véronique Gens, criante de bonté simple, qui malgré une tessiture mal aisée réussit l’exploit de demeurer constamment intelligible, et avec une sensibilité à fleur de timbre, un mélange de dévotion et de fragilité assez unique.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 10/12/2013
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Dialogues des Carmélites de Poulenc dans une mise en scène d’Olivier Py et sous la direction de Jérémie Rhorer au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Francis Poulenc (1899-1963)
    Dialogues des Carmélites, opéra en trois actes et douze tableaux (1957)
    Livret de Francis Poulenc d’après la pièce de Georges Bernanos

    Coproduction avec le Théâtre Royal de la Monnaie, Bruxelles

    Chœur du Théâtre des Champs-Élysées
    Philharmonia Orchestra
    direction : Jérémie Rhorer
    mise en scène : Olivier Py
    décors et costumes : Pierre-André Weitz
    éclairages : Bertrand Killy
    préparation du chœur : Alexandre Piquion

    Avec :
    Patricia Petibon (Blanche de La Force), Sophie Koch (Mère Marie de l’Incarnation), Véronique Gens (Madame Lidoine), Anne-Catherine Gillet (Sœur Constance de Saint-Denis), Rosalind Plowright (Madame de Croissy), Topi Lehtipuu (le Chevalier de La Force), Philippe Rouillon (le Marquis de La Force), Annie Vavrille (Mère Jeanne de l’Enfant Jésus), Sophie Pondjiclis (Sœur Mathilde), François Piolino (l’Aumônier du couvert), Jérémy Duffau (le premier commissaire), Yuri Kissin (le second commissaire / un officier), Mathieu Lécroart (Thierry / Docteur Javelinot / un geôlier).

     



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