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CRITIQUES DE CONCERTS 17 octobre 2018

Concert de l’Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise sous la direction de Mariss Jansons, avec la participation du violoniste Gil Shaham au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Une expérience inoubliable
© Matthias Schrader

Le public qui a eu le bonheur d’entendre Mariss Jansons diriger le prestigieux Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise dans deux œuvres superbement dissemblables en restera marqué à vie. Avant une Symphonie n° 6 de Tchaïkovski au pathétisme transcendé, le Concerto à la mémoire d’un ange d’Alban Berg a connu avec Gil Shaham un interprète à l’humanisme de rêve.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 18/01/2014
Claude HELLEU
 



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  • La vie, l’agonie, la transfiguration : le Concerto à la mémoire d’un ange est inspiré à Alban Berg par la mort de Manon Gropius, la fille d’Alma Mahler-Werfel avec l’architecte Walter Gropius. Elle a dix-huit ans, elle est rieuse et grave, Alban Berg l’aime beaucoup et le concerto qu’il lui dédie l’évoque avec une richesse d’écriture fascinante.

    L’intensité de cette écriture est à la mesure d’une émotion d’autant plus troublante qu’elle repose sur ses défis formels et techniques, les lois sévères imposées par les douze sons devenues les racines d’où s’élèvent les évocations de la partition. Que Gil Shaham ressuscite avec une aisance confondante et par cœur, la légèreté miraculeuse de sa tenue d’archet capable de toutes les acrobaties et des phrasés les plus intenses totalement intégrée à un Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise non moins expressif sous la direction de Mariss Jansons.

    La délicatesse et le lyrisme de l’entrain, l’exubérance relayée par les cuivres, le violoniste les accompagne des siens, visibles sur son visage. Rayonnant du bonheur de jouer un chef-d’œuvre dont l’exigence ne lui pose aucun problème, ni dans sa construction marquée de ruptures et d’oppositions, ni dans la clarté de ses moindres détails, il incarne de même le dramatisme de sa seconde partie, l’attaque du mal, l’agonie, la mort.

    Dans un climat sinistre, souligné par les cors et la percussion, violence et suppliques imposent leur fatalité avant d’éclater dans un tutti orchestral terrifiant. Et c’est la mélodie de l’Adagio final où la citation d’un Choral de Bach apporte l’apaisement d’une tonalité religieuse, nous gardant ébaubis par la transcendance d’un moment exceptionnel offert aussi naturellement.

    L’expressivité des bois, les couleurs des cuivres, la perfection des cordes où violoncelles et contrebasses ouvrent des profondeurs magnifiques, la personnalité de pupitres tous remarquables, nous les retrouvons engagées dans une autre aventure. À leur tête, Mariss Jansons dirige la Symphonie n° 6 de Tchaïkovski.

    Et d’emblée les superlatifs qualifient leur interprétation. Le chant du basson, lugubre, lance un Adagio-Allegro non troppo dont l’Orchestre de la Radio Bavaroise porte l’instrumentation à son incandescence, une incandescence nette, droite, rigoureuse, exaltée par les voix sobrement puissantes des trombones. D’une baguette aussi précise que discrète dans son exigence absolue de clarté, Jansons creuse l’inexorable angoisse sous jacente au lyrisme d’un Tchaïkovski au faîte de son inspiration.

    L’élégance de l’Allegro con grazia avant le troisième mouvement nous y prépare, telle une pause avant son intensité ravageuse. Cet Allegro molto vivace semble témoigner d’un élan dont l’extension orchestrale, magistrale, se suffit à elle-même pour en justifier la force dans un crescendo inflexible. Sous la volonté de Jansons, galvanisées par un orchestre considéré à juste titre comme l’un des plus prestigieux, rectitude et intensité atteignent le sommet d’un parcours où semble triompher la victoire sur soi.

    Et le contraste du quatrième mouvement vient surprendre même ceux qui l’attendent. Adagio lamentoso, les violons fusionnels expriment la douleur qui précède la résignation. Graves des cuivres, graves des cordes, abîmes de l’angoisse et de sa lucidité ouvrent sur le silence… Un silence respecté par le public avant l’ovation faite à l’un des plus grands chefs actuels.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 18/01/2014
    Claude HELLEU

    Concert de l’Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise sous la direction de Mariss Jansons, avec la participation du violoniste Gil Shaham au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Alban Berg (1885-1935)
    Concerto pour violon « à la mémoire d’un ange »
    Gil Shaham, violon
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Symphonie n° 6 en si mineur op. 74 « Pathétique »
    Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise
    direction : Mariss Jansons

     


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