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CRITIQUES DE CONCERTS 21 octobre 2018

Reprise de Werther de Massenet dans la mise en scène de Benoît Jacquot et sous la direction de Michel Plasson à l’Opéra de Paris.

Le chant français au sommet
© Julien Benhamou

Reprendre un spectacle devenu mythique et dont un DVD garde le souvenir vivant est toujours une gageure. Le trio Koch-Kaufmann-Tézier pouvait-il être égalé ? La mise en scène n’aurait-elle pas vieilli ? Tous les doutes sont levés. Mené par Deshayes et Alagna, sous la baguette de Michel Plasson, ce Werther renoue avec un triomphe qui est aussi celui des chanteurs français.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 22/01/2014
Gérard MANNONI
 



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  • À ce niveau de qualité en tous domaines, les comparaisons n’ont pas grand sens. Inutile donc de se pencher sur les mérites relatifs et immenses, par exemple, d’un Kaufmann et d’un Alagna dans le rôle-titre. Ce sont deux seigneurs parmi les ténors d’aujourd’hui, chacun avec sa voix, somptueuse, chacun avec son impact scénique, bien à lui. Rappelons plutôt que Roberto Alagna est aujourd’hui en pleine possession de ses exceptionnels moyens vocaux, même s’il peut encore les pousser plus loin en abordant des partitions encore plus lourdes, comme il va le faire cette année avec l’Otello de Verdi.

    Pour l’heure, on ne peut que puiser dans la réserve à dithyrambe pour évoquer son Werther. La voix est absolument celle du rôle, parfaite sur toute la tessiture, menée avec une absolue maîtrise, sans recherche d’effets inutiles. L’interprétation est d’une sincérité absolue, avec ce qu’il faut de pathétique romantique mais aussi de pudeur et d’intériorité. Comme toujours, la diction rend la plus totale justice au texte, aux mots, avec un phrasé et une accentuation d’une exactitude sans faute. Le personnage aussi, très présent, sans ostentation excessive, touchant, dévoré par ses démons intérieurs sans pour autant sombrer dans le mélo larmoyant, existe, vit d’une vraie vie théâtrale.

    Face à cette démonstration de superbe chant français, qu’allait faire Karine Deshayes ? Aurait-elle la force dramatique et vocale de s’imposer aux côtés de cet exemple de monstre sacré ? Charlotte, un peu comme Carmen, peut être et a été abordée par des types de voix bien différents, depuis des grands contraltos comme Denise Sharley, des mezzos puissants comme Rita Gorr, des mezzos plus clairs comme Christa Ludwig ou plus agiles comme Lucia Valentini-Terrani ou Teresa Berganza, des sopranos dramatiques comme Germaine Lubin, Régine Crespin ou Nadine Denize, ou lyriques comme Ninon Vallin ou Jane Rhodes, bref un peu par tous les types de timbres et de voix.

    Karine Deshayes s’est imposée avec éclat en fonction de sa propre personnalité et surtout parce que c’est une excellente musicienne. Comme Alagna, elle fait du beau chant, mais aussi de la belle musique. Si le timbre n’a pas une personnalité aussi marquante que celle d’autres Charlotte, il est riche et peut prendre de vraies couleurs dramatiques avec une puissance que l’on ne soupçonnait pas forcément. C’est une Charlotte sensible, subtile, tout en finesse, elle aussi très vraie, et quelle manière intelligente de ciseler sa partition !

    À ce duo d’exception s’ajoute une troisième très belle voix française, celle de la jeune québécoise Hélène Guilmette, Sophie toute de clarté juvénile, timbre d’une pureté de source, spontanée, naturelle, musicienne avisée également. Et puis, on a la joie de retrouver Jean-Philippe Lafont sur cette scène, Bailli bonhomme et toujours si bien chantant lui aussi. Le Canadien Jean-François Lapointe est un Albert impeccable, même s’il n’a pas la rare qualité de timbre de Tézier. Les autres rôles ont tous des titulaires adéquats.

    Et puis, il y a Michel Plasson au pupitre. Qui d’autre peut rendre pareille justice à toutes les richesses d’une partition qui n’a jamais paru moins pesante ni moins datée ? L’Orchestre de l’Opéra semble prendre un vrai plaisir à se gorger de cette musique à la fois théâtrale et d’une écriture symphonique aussi complexe et fouillée. On est exactement au point d’équilibre de ce romantisme tardif, celui du dernier Brahms aussi, mais qui est déjà comme aspiré vers le vingtième siècle. Et pour lui donner vie et couleur, Plasson a les tempi et les accents les plus exacts possibles, avec une manière d’avancer toujours, d’entraîner la musique vers la conclusion du drame.

    La mise en scène de Benoît Jacquot, dans les décors d’une sobriété parfaite de Charles Edwards, n’a rien perdu de son efficacité, et le spectacle est un triomphe public renouvelé qui sonne comme celui d’un chant français dont la santé est actuellement bien réconfortante pour tous ceux qui ont connu ses heures plus sombres.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 22/01/2014
    Gérard MANNONI

    Reprise de Werther de Massenet dans la mise en scène de Benoît Jacquot et sous la direction de Michel Plasson à l’Opéra de Paris.
    Jules Massenet (1842-1912)
    Werther, drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux (1892)
    Poème d’Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann d’après Goethe
    Maîtrise des Hauts-de-Seine/Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris
    Orchestre de l’Opéra national de Paris
    direction : Michel Plasson
    mise en scène : Benoît Jacquot
    décors et lumières : Charles Edwards
    costumes : Christian Gasc
    éclairages : André Diot

    Avec :
    Roberto Alagna (Werther), Jean-François Lapointe (Albert), Karine Deshayes (Charlotte), Hélène Guilmette (Sophie), Jean-Philippe Lafont (Le Bailli), Luca Lombardo (Schmidt), Christian Tréguier (Johann), Alix Le Saux (Kätchen), Joao Pedro Cabral (Brühlmann).

     



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