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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2018

Nouvelle production d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski dans une mise en scène de Marie-Ève Signeyrole et sous la direction d’Ari Rasilainen à l’Opéra de Montpellier.

Onéguine à la loupe

En 2012, Marie-Eve Signeyrole signait avec la Petite renarde rusée de Janáček sa première mise en scène, dans le cadre d’Opéra Junior. Toujours à Montpellier, sa vision d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski scrute les personnages à travers les murs d’un appartement communautaire, révélant un regard affûté avec lequel il faudra désormais compter.
 

Corum, Montpellier
Le 21/01/2014
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Que ceux que rebutent l’abondance de notes d’intentions ne se cabrent pas : il n’est pas utile de lire les trois pages rédigées dans le programme de la nouvelle production d’Eugène Onéguine de l’Opéra de Montpellier par Marie-Eve Signeyrole – d’autant qu’elle-même s’y perd parfois. Car sans fléchir ni divaguer, la metteur en scène tient une ligne qui, par-delà les apparences qui trompent encore – et sans doute tromperont toujours – les tenants d’une certaine tradition, ne dévie jamais de celle tracée par Tchaïkovski, lui-même interprète fidèle du roman de Pouchkine.

    Avec surtout un soin méticuleux du détail réaliste mais qui va bien au-delà, rien moins qu’ostentatoire donc, ou même simplement vain, comme chez tant de Regisseure pour qui il n’est guère plus qu’une fin en soi. Ceux-là même qui, dans la transposition à la veille de la démission de Boris Eltsine – il est salutaire à cet égard de rappeler que Vladimir Poutine est au pouvoir depuis près de quinze ans –, ne trouveraient que prétexte à une anecdote banalement documentaire.

    Dans un espace grand ouvert et pourtant confiné, Signeyrole scrute une intimité dérobée par l’insupportable promiscuité, mais rendue possible à force d’indifférence. Filmé en plongée, le dédale des pièces de cet appartement communautaire fait l’effet d’une loupe sur des personnages qui apparaissent dans leur vérité nue. Tatiana, vieille fille empâtée, impossible à caser parce qu’elle rêve sa vie dans des livres, tandis qu’Olga, pour s’échapper à tout prix, se donne, à ce nouveau voisin par exemple, qui a la séduction de n’être pas d’ici, ou prend, et donc agit.

    Les années ont passé, et les ultimes vestiges de l’Union soviétique, mémoire parfois nostalgique d’un passé encore à vif, brûlent. Ne subsiste, usée par le défilé incessant des locataires, qu’une baignoire, métamorphosée en bar à champagne par ces nouveaux Russes dont l’argent coule à flot. Parmi ceux, désaxés, solitaires, oubliés de la vie, silhouettes décalées et poétiques qui peuplaient la Kommunalka, certains ont été mis à la rue, quand d’autres ont pris du grade. Mais Tatiana, dans un rôle différent sans doute, est demeurée l’immuable prisonnière de ces murs rachetés par Grémine.

    Parce que Marie-Eve Signeyrole a souvent collaboré avec le premier et assuré la régie d’un spectacle du second, d’aucuns ont cru devoir déceler, ici une touche de Marthaler, là une pointe de Warlikowski – n’a-t-elle pas d’ailleurs été l’assistante de beaucoup d’autres, grands, médiocres ou épigones de tous bords ? Mais s’il est encore trop tôt pour affirmer que cette production porte une vraie signature, elle révèle le regard aiguisé d’une personnalité avec laquelle il faudra certainement compter dans le paysage si contrasté de la mise en scène lyrique contemporaine.

    Rien de tel dans la fosse, où Ari Rasilainen enveloppe l’Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon dans des teintes jamais franches, dégradés de gris et de pastels, plus fanés en somme que nostalgiques. Ce faisant, il néglige cette pulsation qui bat, palpite et s’emballe au rythme des cœurs, étirant le mouvement jusqu’à le figer.

    Éprouvée par les aigus d’une lettre qui n’en finit plus, la Tatiana de Dina Kuznetsova, émission ample et timbre trop mûr, mérite mieux que de l’indulgence. D’autant qu’à bout de souffle, la sincérité de l’interprète l’emporte. Plus juvénile de silhouette comme de voix – ce que souligne opportunément la mise en scène –, Anna Destraël paraît inévitablement peu idiomatique de couleur, sinon de ligne, au sein d’un plateau féminin complété par une Madame Larina (Svetlana Lifar) et une Filippievna (Olga Tichina) on ne peut plus authentiques.

    Mais quand bien même avoir grandi à Moscou serait une condition nécessaire, elle ne serait pas suffisante. Car s’il surmonte avec élégance le tempo asphyxiant de l’air de Grémine, Mischa Schelomianski reste trop pâle pour prétendre à l’héritage de la grande tradition des basses russes. Ténor à la pâte sombrée mais lumineuse encore – et surtout bien trop sensible et musicien pour sacrifier ce précieux équilibre à la puissance –, Dovlet Nurgeldiyev compose en revanche un Lenski idéalement frémissant.

    Sous ses allures de colosse désinvolte, Lucas Meachem dissimule un art du chant policé, au point que seuls les aigus du duo final arrachent quelque éclat à cet Onéguine à la tessiture feutrée – ceci expliquant peut-être cela…




    Corum, Montpellier
    Le 21/01/2014
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski dans une mise en scène de Marie-Ève Signeyrole et sous la direction d’Ari Rasilainen à l’Opéra de Montpellier.
    Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
    Yevgeny Onegin, scènes lyriques en trois actes et sept tableaux (1877)
    Livret du compositeur et de Constantin Chilovski d’après Pouchkine

    Chœurs de l’Opéra national Montpellier Languedoc-Roussillon
    Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon
    direction : Ari Rasilainen
    mise en scène et décors : Marie-Eve Signeyrole
    costumes : Yashi Tabassomi
    éclairages : Philippe Berthomé

    Avec :
    Lucas Meachem (Eugène Onéguine), Dina Kuznetsova (Tatiana), Anna Destraël (Olga), Dovlet Nurgeldiyev (Lenski), Mischa Schelomianski (le Prince Grémine), Svetlana Lifar (Madame Larina), Olga Tichina (Filippievna), Loïc Félix (Monsieur Triquet) Laurent Sérou (un capitaine, Zaretski).

     



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