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CRITIQUES DE CONCERTS 21 août 2018

Entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de La Fanciulla del West de Puccini dans la mise en scène de Nikolaus Lehnhoff et sous la direction de Carlo Rizzi.

Western aussi dans la salle
© Hermann & Clärchen Baus

Entrée tumultueuse de La Fanciulla del West, septième opéra de Puccini, à l’Opéra de Paris. Donné au Palais Garnier en 1912 sous la baguette de Tullio Serafin par l’Opéra de Monte-Carlo en tournée, dirigé par Georges Sébastian en 1969 salle Favart, l’ouvrage fait son entrée au répertoire sous une forme très controversée.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 01/02/2014
Gérard MANNONI
 



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  • Hurlements d’enthousiasme pour saluer les trois principaux chanteurs de la distribution. Hurlements de rage d’une grande partie du public pour conspuer l’équipe de production. Bref, beaucoup de bruit et d’agitation pour ce spectacle d’un haut niveau vocal, proposé dans une production pour le moins discutable venue de l’Opéra d’Amsterdam

    La Fanciulla del West a la réputation de n’être pas le meilleur opéra de Puccini. Créé au Met sur un livret inspiré par la pièce de David Belasco, l’opéra est une sorte d’épopée amoureuse à la dimension des vastes espaces et des dures conditions de travail de ces aventuriers chercheurs d’or aussi prompts à fraterniser qu’à s’entretuer, vivant de l’odeur de la poudre et de celle du whisky tout en entretenant des rêves jamais réalisés de famille et de retraite paisible.

    La richesse de l’écriture orchestrale exige de grandes voix, soprano et ténor dramatiques, baryton type Verdi. Caruso créa donc le rôle de Dick Johnson, le bandit amoureux, ce qui place la barre très haut. Minnie, tenancière de saloon aussi prompte à dégainer son colt qu’à pouponner ces vilains cow-boys dont elle est la mamma, la grande sœur et l’idéal sexuel féminin fut crée par Emmy Destinn.

    Nina Stemme, Marco Berti et Claudio Sgura relèvent glorieusement le défi. La première, grande voix pleine de timbre, de chair, de musique, est une véritable interprète qui soigne autant son jeu que sa partition. Le deuxième, timbre riche, naturellement large et coloré, vaillant, ne connaît aucune faiblesse sur toute la tessiture et emplit sans pleine le vaste hall de la Bastille. Le troisième, silhouette très cinématographique, n’a rien à leur envier vocalement ni scéniquement. Les autres rôles sont multiples, plus anecdotiques à différents degrés, mais biens tenus.

    Que peut-on reprocher au chef Carlo Rizzi pour justifier les sifflets dont certains le gratifient ? Difficile à dire car l’orchestre sonne bien, le chef laisse se développer avec souplesse les grands élans lyriques et leurs larges phrasés si typiques de l’émotion puccinienne, et les tempi n’ont rien de choquant. Restent toujours ces phénomènes de snobisme parisien et de rejets surgis d’on ne sait où…

    Parlons enfin de la production néerlandaise signée Nikolaus Lehnhoff, qui a un beau palmarès à son actif mais a voulu jouer ici un jeu qu’il maîtrise mal, aboutissant à un résultat cafouilleux et souvent laid, même si les idées de base ne sont pas irrecevables. Plus de chercheurs d’or ni de Far West ni de cow-boys ni de grands espaces, mais l’univers culturel du cinéma des années 1950.

    Le saloon de Minnie est un vaste hangar hanté par une foule de bandits rappelant les hordes d’Al Capone à la poursuite de Tony Curtis, Jack Lemnon et Marilyn dans Certains l’aiment chaud. Hélas, la foule des faux mineurs en longs manteaux de cuir, lunettes noires et colt toujours au bout du poing est pagailleuse, artificielle, et rappelle plutôt les rats de la famille Ratatouille que la Conquête de l’Ouest. Seule Jack Rance, haute silhouette élancée, cheveux longs et démarche hardie, a de l’allure. Mais l’ensemble est mal conçu, mal géré, mal réalisé.

    Après la noirceur du saloon le Polka, le décorateur Raimund Bauer nous surprend au II avec la cabane de Minnie perdue dans une forêt de sapins conçue comme la caravane de grand luxe de quelque star hollywoodienne en tournage. Trônent au premier plan deux grand Bambis aux yeux qui s’éclairent quand la passion brûle dans la chaumière ! C’est plutôt amusant, assez théâtral, mais peu apte à réserver le grenier indispensable où Dick blessé puisse être caché. Alors, il se réfugie sur le toit. On frise le grotesque et le climat dramatique et passionnel tourne en eau de boudin. Dommage !

    Le III est un choc visuel, amoncellement de carcasses de voitures comme celles que l’on revendait à l’époque à Cuba et qui ont servi à tant de road movies. C’est là qu’aura lieu la traque finale menant à la capture de Dick, alias Ramirez, dans un espace réduit et une totale confusion, chasse à l’homme qui devrait se déroulait sous forme de grande cavalcade de western.

    L’arrivée de Minnie qui vient sauver son amoureux à la dernière seconde est celle d’une star de comédie musicale : les voitures s’écartent, apparaît un escalier lumineux genre Casino de Paris et la Fanciulla, vêtue et coiffée à la Judy Garland, descend triomphalement ces marches où elle entraînera Nick vers une nouvelle vie… sans nul doute cinématographique. C’est absolument hors de propos mais d’une audace assez spectaculaire et une fois encore rigolo.

    Mais doit-on trouver rigolo La Fanciulla del West ? Et puis, quelque part, on sent bien que Lehnhoff n’arrive pas vraiment à se débarrasser de ce Far West dont il ne veut pas. Il le gène malgré lui car il est dans le texte, dans le livret et dans la psychologie des personnages, et il finit par noyer dans un fatras peu lisible les quelques bonnes idées qui auraient pu sauver un spectacle finalement navrant.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 01/02/2014
    Gérard MANNONI

    Entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de La Fanciulla del West de Puccini dans la mise en scène de Nikolaus Lehnhoff et sous la direction de Carlo Rizzi.
    Giacomo Puccini (1858-1924)
    La Fanciulla del West, opéra en trois actes (1910)
    Livret de Guelfo Cinini et Carlo Zangarini d’après la pièce de David Belasco

    Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Paris.
    direction : Carlo Rizzi
    mise en scène : Nikolaus Lehnhoff
    décors : Raimund Bauer
    costumes : Andrea Schmidt-Futterer
    éclairages : Duane Schuler
    vidéo : Jonas Gerberding
    préparation des chœurs : Patrick Marie Aubert

    Avec :
    Nina Stemme (Minnie), Claudio Sgura (Jack Rance), Marco Berti (Dick Johnson), Roman Sadnik (Nick), Andrea Mastroni (Ashby), André Heyboer (Sonora), Emanuele Giannino (Trin), Roberto Accurso (Sid), Igor Gnidii (Bello), Éric Huchet (Harry), Rodolphe Briand (Joe), Enrico Marabelli (Happy), Wenwei Zhang (Larkens), Ugo Rabec (Billy Jackrabbit), Anna Pennisi (Wowkle), Alexandre Duhamel (Jack Wallace), Matteo Peirone (José Castro), Olivier Berg (Un postiglione), Daejin Bang (Un baritono).

     



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